Scandale des méthodes de
lecture
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http://www.apprentissage-lecture.com
Le spectacle qu'offrent les méthodes d'apprentissage de la lecture en
particulier à caractère global (méthode globale, méthodes mixtes ...) est
celui de la division : d'un côté, une partie du corps enseignant qui les défend
et, de l'autre, les parents qui protestent contre elles.
Alors, de deux choses, l'une : ou bien les méthodes de lecture souffrent de sérieux
problèmes, ou bien les parents sont pris d'un délire collectif.
Que doit-on en penser réellement ?
Constatons que le motif de protestations des parents réside dans l'indigente
qualité de l'apprentissage de la lecture par les enfants, laquelle se trouve au
centre des débats récurrents autour de l'école et qui est à l'origine de
plusieurs tentatives de réformes entreprises par le Ministère de l'Éducation
nationale. Le fait est donc indéniable.
En conséquence, il ne peut pas s'agir de délire collectif des parents, mais
plutôt de difficultés graves intrinsèques aux méthodes d'apprentissage de la
lecture.
Où les problèmes se localisent-ils ?
Ils se situent dans la conception des conditions dites "naturelles"
d'apprentissage et les fondements épistémologiques sous-jacents.
1) Les conditions "naturelles"
D'une part, comme l'enfant apprend à construire tout seul son langage,
pareillement il lui faut apprendre à construire tout seul son acquisition de la
lecture (les méthodes de type global semblent convenir à ce modèle pédagogique).
D'autre part, il faut prendre en considération tous les aspects de la vie de
l'enfant (ses dispositions, ses rythmes, sa disponibilité, ses besoins, son intérêt
...).
En outre, l'enfant acquiert le langage avant d'apprendre à lire et dans cette
mesure, l'apprentissage de la lecture doit procéder de la langue orale vers la
langue écrite.
Le premier argument ignore que les conditions d'apprentissage d'une matière
scolaire telle que l'apprentissage de la lecture sont complètement différentes
de celles dont bénéficie l'apprentissage du langage.
Le deuxième argument n'intègre pas suffisamment le concept de complexité
caractéristique du réel qui exige des décisions et des actions conséquentes.
Le troisième et dernier argument est léger et la réfutation en a déjà été
apportée en mainte occasion y compris dans la série d'articles publiés sur ce
portail.
2° Les bases scientifiques
D'un côté, la méthode de connaissance scientifique employée demeure
discutable et nous l'avons évoqué ailleurs sur ce site.
De l'autre côté, les méthodes d'apprentissage de la lecture ont été conçues
en ignorant la nature et le principe de fonctionnement d'une langue humaine.
André Inizan, inspecteur de l'Éducation nationale et défenseur d'une
pratique différente de la méthode globale (malheureusement, les mêmes causes
produisant les mêmes effets, toutes les méthodes de type global mènent à des
résultats similaires marqués par une attitude chez l'enfant qui consiste en la
devinette en matière de lecture !) n'est pas tendre lorsqu'il se livre à une
critique de la pratique de celle-ci aujourd'hui dans les écoles.
Il a qualifié cette pédagogie de "pratique en dépit du bon sens"
qui conduit l'enfant à "lire" "bagnole" pour
"voiture" et "dégobillé" pour "vomi" !!
Personne n'est mieux placé qu'André Inizan pour connaître et dénoncer les
graves défauts de la méthode globale.
Cela étant, comment une méthode pédagogique de lecture qui conduit à lire
"bagnole" ce qui est écrit "voiture" est-elle recevable ?
Dans cette logique aberrante, certains ont soutenu que lire "papa"
pour "père" ne posait pas de problème !
La question obsédante est la suivante : comment a-t-on pu laisser
s'instaurer de telles méthodes à l'école ?
Au demeurant, est-ce des méthodes ? La réponse est formelle : non.
Si l'on prétend le contraire, alors il faudrait déterminer leur statut théorique
et méthodologique.
Le débat engagé avec André Inizan et publié sur ce site apporte les premiers
éléments d'explications, ainsi que l'article intitulé "Faiblesses de la
science".
Le scandale des méthodes de lecture réside dans leur conception en toute méconnaissance de la nature et du fonctionnement de la langue française, ou plus généralement des langues humaines, qui constituent l'objet d'étude de la linguistique.
Au terme de l'analyse, c'est à toutes les méthodes de type global que peut
s'appliquer la critique d'André Inizan.
Les méthodes à caractère global sont des pratiques aux antipodes du bon sens.
On comprend qu'elles mènent logiquement à l'illettrisme, phénomène dont l'étendue
ne cesse d'être observée depuis des années et que se proposent de prévenir
et de combattre les réformes de 2002 et 2003 du Ministre de l'Éducation
nationale.
On s'est finalement rendu compte de l'erreur qui avait été commise.
Mais, les uns, qui ne peuvent pas se défaire de leurs habitudes, persistent
dans cette voie tandis que les autres tentent, sans y parvenir à présent, de bâtir,
comme cela se doit, la méthode d'apprentissage de la lecture principalement
autour de la linguistique.
Les méthodes d'apprentissage de la lecture font l'objet de contestations générales
depuis de nombreuses années sur deux plans qui sont ceux de la théorie et des
résultats de la pratique.
Le rendement n'est pas satisfaisant, pas plus que les fondements scientifiques
qui sont censés les sous-tendre.
Les défauts de chaque plan revêtent un caractère rédhibitoire.
Par conséquent, la question ne se pose pas de savoir si les méthodes de
lecture sont ou non mauvaises ; elles le sont. La question n'est pas non plus de
savoir si elles doivent être ou non abandonnées ; elles doivent l'être.
En résumé, les méthodes d'apprentissage de la lecture sont à redéfinir
complètement dans le cadre de la syntaxe en linguistique contemporaine, comme
l'avait été l'ensemble de tous les contenus de l'enseignement de la langue
française dans tout le système éducatif et à tous les niveaux de la scolarité.
L'exception dont elles ont été l'objet à ce jour par rapport à la profonde rénovation
de l'enseignement du français dans le système scolaire depuis un quart de siècle
est totalement injustifiée.
Les réformes de 2002 et 2003 du Ministre de l'Éducation nationale s'inscrivent
dans la perspective du changement dont l'exigence s'impose.
6 décembre 2003 / 27 janvier 2004