Les réformes
des méthodes de lecture en 2006
par le Ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien
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Sachant que
les méthodes syllabiques ont été proscrites dans le milieu scolaire,
trois grands groupes d’approches occupent depuis quelques décennies le
champ pédagogique de la lecture : les méthodes globales, les méthodes
mixtes et les méthodes phonologiques. Un premier élément de différenciation
est qu’à l’inverse des méthodes phonologiques, les méthodes
globales et les méthodes mixtes ne sont pas conçues par des
scientifiques. Cela étant, les méthodes mixtes se définissent, y
compris par leur dénomination même, comme intermédiaires entre les méthodes
globales et les méthodes phonologiques, ce qui veut dire qu’elles
reposent à la fois sur les unes et sur les autres. Force est de constater
que les méthodes globales sont en totale inadéquation à leur objet.
Quant aux méthodes phonologiques, nous avons découvert seulement en juin
2006 qu’elles résultaient
d’une erreur d’adaptation , au siècle dernier, des apports de la
linguistique à la didactique de lecture, ce qui a conduit à la
confusion que l’on peut observer à l’heure actuelle dans les
tentatives qui présentent une vue d’ensemble des méthodes de lecture,
laquelle confusion est signalée également dans des publications de
l’Observatoire national de la lecture. Au reste, un dénominateur commun
aux trois groupes de méthodes est la non-validation en particulier par
les neurosciences. Il s'explique ainsi que le
Ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien se soit orienté
vers une perspective qui n’est ni celle des méthodes globales, ni celle
des méthodes mixtes, ni celle des méthodes phonologiques (1). Dans un rapport présenté en novembre 2005 au Ministre de l’Éducation nationale, l’Observatoire national de la lecture fait état de l’existence de plusieurs dizaines de livres de lecture pour le CP. Ils sont généralement des œuvres de non-scientifiques qui, aux prises avec les difficultés des méthodes disponibles, ont entrepris de construire celle qu’ils estimaient pouvoir leur donner satisfaction. C'est ces difficultés qui justifiaient des réformes, engagées une fois de plus par le Ministre de l'Éducation nationale. Par ailleurs, l'expérience empirique, si elle est nécessaire, s'avère insuffisante à elle seule pour mettre au point une méthode pédagogique comme celle de l'enseignement de la lecture et c'est ce que montre la situation actuelle qui a entraîné une modification des programmes. A cet égard, un des mérites de la méthode préconisée par le Ministre de l'Éducation nationale Gilles de Robien est sans doute d'avoir dépassé le stade empirique.
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Dans l'éternel débat autour des méthodes de lecture à
l'école que l’on sait et auquel tous les Ministres de l'Éducation nationale
se sont trouvés confrontés sans pouvoir proposer d'alternative concrète et, a
fortiori, crédible, Gilles de Robien vient de réagir avec volonté et courage
en mettant fin aux méthodes non syllabiques en vigueur et en préconisant la réintégration,
dans l'enseignement de la lecture, des méthodes syllabiques ou plutôt alphabétiques (2). De surcroît, il
recommande une méthode précise, alphabétique, pour apprendre à lire, ce
qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait jamais tenté de faire avant lui ! La méthode
de lecture prônée par le Ministre est désignée du nom de "méthode à départ
phono-synthétique" dans une conférence de presse tenue le 5 janvier 2006.
Mais, quels sont les fondements et la valeur
scientifique de la méthode à départ phono-synthétique ? Pour répondre,
citons et analysons ce qu’en dit le Ministre de l’Éducation nationale. Il résume
en des termes ci-dessous le contenu pédagogique de la méthode dans la circulaire
"Apprendre à lire" du 3 janvier 2006 à destination des recteurs et des inspecteurs d’Académie,
des formateurs d’IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres),
des conseillers pédagogiques et des directeurs d’écoles :
« Je demande aux maîtres d’utiliser des méthodes
qui commencent par l’apprentissage des "éléments", et
permettent aux enfants de faire méthodiquement le rapport entre la forme écrite
d’une lettre et le son qu’elle donne. »
Un point d'observation concernera le propos, le
plus fondamental qui est précisément l'aspect scientifique. Pour ce faire, on
se focalisera sur une seule notion (3), apparemment banale (mais ce n'est qu'une
apparence ...), celle de "forme écrite", qui est appliquée à la démarche
pédagogique de lecture et renvoie entre autres champs de disciplines, aux
neurosciences, à la psychologie et à la linguistique. Passons très rapidement
en revue ces trois domaines afin de montrer en quoi ils infirment ou, au
contraire, confirment
la "méthode à départ phono-synthétique" prônée par le Ministre
de l'Éducation nationale et, finalement, questionner le lien qu'il peut y avoir
entre la "méthode à départ phono-synthétique" et la "méthode
linguistique" de lecture développée par l'auteur de ces lignes qui la définit
comme la version scientifique de la méthode alphabétique (4).
Les neurosciences
La région du cerveau spécialisée pour la lecture appartient au champ perceptif, c'est-à-dire à une zone cérébrale dont la fonction est de reconnaître les formes, les objets ou les êtres. Par suite, l'apprentissage de la lecture relève avant tout du domaine visuel impliquant alors ce qui est écrit, les "éléments" (qui sont les lettres et leurs assemblages) (sur ce plan, d’après les conclusions des travaux d'imagerie cérébrale, les neurones commencent par reconnaître les éléments simples que sont les lettres, avant de passer aux éléments complexes que sont les assemblages de lettres) (il s'ensuit que l'apprentissage de la lecture est mené à partir de la langue écrite pour aller vers la langue orale comme il ressort de l’expression « une lettre et le son qu’elle donne » de l’extrait cité).
En résumé, les résultats de la recherche sur l'imagerie de la zone cérébrale spécialisée pour la lecture valident la démarche d'apprentissage de la lecture basée sur les éléments écrits (lettres et assemblages des lettres), démarche dans laquelle aux éléments reconnus et identifiés viennent se rattacher des sons. Ceci revient à considérer qu'il y a d'abord la forme visuelle qui se présente et s'installe puis l'image auditive qui arrive et s'y associe. On a, de ce fait, le couple "forme visuelle" / "image auditive", dans cet ordre et pas l'inverse. Cela suppose un principe linguistique sur la base du système de relations graphies-phonies en l’occurrence lettres-sons.
La démarche de la "méthode à départ phono-synthétique" de lecture correspond à l'ordre qui vient d'être établi. En revanche, celle de la méthode phonologique ou "démarche phonologique" présentée dans le rapport de novembre 2005 remis au Ministre et appartenant aux méthodes non alphabétiques répond plutôt à l'ordre opposé et non validé par le scann cérébral.
Ainsi, la méthode à départ phono-synthétique prend appui, conformément au mode de fonctionnement du cerveau et des langues humaines à système d’écriture, sur des données perceptives et visuelles. Elle est, de ce fait, validée notamment par les neurosciences et la linguistique.
La psychologie
La présence de la psychologie de la forme s'observe dans le segment terminologique étudié, celle-là même sur laquelle la méthode globale et assimilée s'est appuyée pour développer l'hypothèse d'un apprentissage global et semi-global ou mixte de la lecture. En réalité, il n'est guère possible d'abstraire du système explicatif rigoureux et cohérent d'une démarche de lecture la psychologie de la forme (comme tout objet, une lettre est une forme, simple, et un mot est une suite de formes ..., faits qui ont été mal perçus par la méthode globale et dérivée) ainsi qu'il ressort également des travaux de neurosciences qui ont inspiré le contenu pédagogique de la méthode de lecture recommandée par le Ministre de l'Éducation nationale.
Toutefois, la différence est essentielle entre
les travaux de neurosciences et ceux de psychologie de la forme telle que l'a
perçue la méthode globale et apparentée : dans le premier cas, la démarche
conduit de la partie au tout tandis que dans le dernier, elle va du tout à la
partie, avec en filigrane le postulat fondamental qu'en matière de langues
humaines en l'occurrence la dimension écrite et donc visuelle, les neurones,
ainsi que le révèle leur scann, apprennent en partant des éléments simples
(la partie en l'espèce les lettres) pour aller vers les éléments complexes
(le tout en l'espèce les assemblages de lettres). La différence vient donc de
la façon dont la méthode globale et apparentée a interprété les données de
la recherche en psychologie de la forme.
Bref, les conclusions qui ont conduit à la méthode globale
et dérivée procèdent d'erreur d'analyses et d'interprétations (ainsi que
nous l'avons montré dans un article intitulé "Méthode de lecture à départ
global : une option décisive" et publié sur le site www.apprentissage-lecture.com).
Il reste que la méthode globale et assimilée est réfutée par les travaux d'imagerie cérébrale en tant que méthode d'enseignement de la lecture en raison de son modèle d’approche à départ global et mixte (semi-global) qui n’est pas logique au regard de la nature et du fonctionnement des langues humaines ! Contrairement à la cohérence de la démarche de la méthode à départ phono-synthétique et de celle de la méthode linguistique fondées sur un modèle à base du système de correspondances entre les graphies et les phonies ou les lettres et les sons construit sur des données perceptives !
De la sorte, les soubassements psychologiques de
la méthode à départ phono-synthétique sont tout à fait valables.
La linguistique
Pour la linguistique comme pour les neurosciences
(vraisemblablement parce que les deux disciplines travaillent sur une même base
de données visuelles qui sont celles de la communication écrite), procéder
par l'écrit ou la langue écrite en matière d’enseignement de la lecture est
une exigence imposée par les résultats de la recherche théorique et de la
recherche expérimentale. Ceci dit, comme l'oral, l'écrit dont il vient d'être
question est un concept linguistique. Les catégories de l'écrit ou de la
communication écrite, dites également catégories linguistiques, sont les
lettres, les syllabes, les mots, les phrases, les textes et les sens.
La méthode à départ phono-synthétique et la méthode
linguistique ont pour objet d'enseignement les catégories de l'écrit énumérées,
qui sont celles de la langue. Elles s'y prennent de la même manière avec les mêmes
ressources et sont sous-tendues par des conceptions scientifiques identiques.
Il s'ensuit que les expressions "méthode à départ phono-synthétique"
et "méthode linguistique" appliquées à l'enseignement de la
lecture sont sémantiquement et linguistiquement équivalentes.
Comme on peut en juger à travers les analyses qui viennent d'être menées, la méthode de lecture recommandée dans la circulaire « Apprendre à lire » du 3 janvier 2006 par le Ministre de l'Éducation nationale Gilles de Robien repose sur des fondements dont la valeur scientifique ne saurait être contestée dans l’état actuel des connaissances. Au-delà des champs disciplinaires évoqués et dans le cadre desquels elle s'inscrit, la méthode de lecture préconisée par le Ministre de l'Éducation nationale est défendable également du point de vue de la méthodologie de la recherche et de la science post-modernes.
Dans le même ordre d’idées, la perspective phonologique de la lecture largement adoptée par les IUFM, les établissements scolaires et les cabinets d’orthophonie n’a pas été retenue par le Ministre de l’Éducation nationale. A cet égard, un trait aujourd’hui commun à la plupart des méthodes non alphabétiques est une « démarche phonologique », incompatible avec les lois de fonctionnement du cerveau. Étant donné que c’est souvent ce type de méthode non validé neuroscientifiquement qui est dispensé en amont dans les IUFM et en aval dans les écoles, il se comprend que les résultats scolaires en lecture en soient le reflet malgré l’investissement des enseignants dans la tâche qui leur incombe.
Au regard des critères généraux classiques d’évaluation scientifique, il apparaît clairement que la « méthode à départ phono-synthétique » est à forme essentiellement linguistique. Quels en sont alors le contenu, l’organisation et la progression ? Ils se dessinent dans un discours du 9 mars 2006 du Ministre de l’Éducation nationale qui a déclaré : «L’enseignement systématique et précoce du déchiffrage est la méthode la plus efficace pour apprendre à lire à un enfant. Systématique, c’est-à-dire progressif, exhaustif, organisé.» Les qualificatifs de progressif, exhaustif et organisé qui définissent la méthode à départ phono-synthétique sont partagés par la méthode linguistique de lecture dont la marque est une grande exigence de rigueur d’organisation, de progression et de règles générales simples et explicites.
Parce qu’elles portent sur les langues humaines qu’étudie la linguistique, toutes les méthodes d’apprentissage de la lecture sont à contenu essentiellement linguistique. Leur problème fondamental commun est celui d’organisation et de progression, lequel soulève en amont la question de modèles de référence théoriques de science et de méthodologie de la recherche sous-jacents. C’est notamment d’un essai d’approfondissement de ces diverses notions précisément que la méthode linguistique de lecture tire à la fois son originalité et sa validité.
La nouveauté des programmes définis le 3 janvier 2006 par le Ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien réside, au-delà du retour à la méthode dite syllabique ou alphabétique, dans la transmission des savoirs et des savoir-faire explicites en matière d’enseignement de la lecture. Le concept d’explicite est une marque de valeur scientifique.
Bernard WEMAGUE
15 septembre 2006
(1) C’est l’occasion ici pour nous d’apporter, en
passant, une rectification à l’idée avancée dans nos écrits antérieurs
selon laquelle les conceptions des méthodes de lecture n’auraient pas prix en
compte les progrès de la recherche en linguistique survenus au siècle dernier.
Elle est à reformuler. En approfondissant l'étude des résultats des travaux scientifiques qui ont une conception
phonologique de l’enseignement de la lecture, nous avons découvert en juin
2006 que les méthodes phonologiques,
dites encore phonémiques ou phoniques, provenaient d’erreur d’application
des apports de la recherche en linguistique à la didactique de lecture. Les résultats
de cette application sont si éloignés de la réalité des apports concernés
que tout lien entre ceux-ci et les méthodes de lecture nous est demeuré
longtemps insoupçonné en dépit de questionnement lancinant dans la mesure où
la construction de la méthode de lecture ne peut être envisagée hors du
domaine de la linguistique et où l’enseignement du français a été
totalement repensé en fonction de celle-ci dans l’ensemble du système
éducatif (il n'y avait donc aucune raison que le domaine de la lecture en fût
l'exception !). Nous reviendrons sur ce point avec des analyses détaillées dans un texte ultérieur.
Les difficultés générées par les méthodes phonologiques et leur
invalidation par les neurosciences suffisent à mettre en doute les arrières-fonds
conceptuels de ces méthodes.
Une méthode phonologique, c’est, en substance, celle qui procède du langage
parlé vers la langue écrite. L’organisation et la progression (qui sont des
fondamentaux de la didactique), au sens académique, en deviennent
tout simplement impossibles ! Il s’agit alors de le démontrer, d’une
part, dans des applications pratiques et, d’autre part, sur des fondements théoriques.
Nous y consacrerons un autre article.
(2) Nous l’avons déjà souligné à maintes reprises
ailleurs, le terme « alphabétique » appliqué à la méthode de
lecture est passible de reproches d’un point de vue scientifique ; celui
de « syllabique » l’est encore davantage sous le même angle de
perspective. En effet, le qualificatif "syllabique" suggère une
méthode qui serait élaborée avec des syllabes ; l'examen des livres de
lecture ne révèle pas d'existence de telle méthode et l'on n'est donc pas
fondé de parler de "méthode syllabique". En revanche, le
qualificatif "alphabétique" laisse entendre une méthode construite
au moyen des lettres de l'alphabet ; à l'analyse, tous les manuels de lecture
sans exclusive répondent à cette définition et, par conséquent, il
correspond mieux que "syllabique" à la réalité décrite. Lorsqu'on
ouvre un livre de lecture, on y trouve les lettres de l'alphabet et leurs
différents niveaux de combinaisons (y compris les syllabes), ce qui signifie
clairement que la langue française se transcrit à l'aide des lettres de
l'alphabet. Dans ces conditions et ceci est signalé en passant, introduire la
phonétique et la phonologie dans l'enseignement de la lecture d'une langue
alphabétique et parler de "son" et de "phonème" est
difficilement défendable en termes logiques et scientifiques et surtout
pédagogiques (de ce dernier point de vue, l'enseignement de la lecture autant
que l'apprentissage sont demeurés hautement problématiques, ce que démontrent
les résultats fortement controversés que l'on sait et les réformes qu'ils ont
induites). Redisons-le, c'est une erreur d'adaptation de la linguistique
au domaine de la lecture qui a introduit la phonétique et la phonologie dans la
langue à écriture alphabétique qu'est le français. D'ailleurs, la dissonance
entre alphabet d'un côté, phonétique et phonologie de l'autre au sein
de la langue, trahit cette erreur. Il y a mélange des genres au départ de la
confusion dans la taxinomie des méthodes de lecture fournie dans les
publications à disposition aujourd'hui dans le secteur.
Les réalités recouvertes par les notions de syllabique et d'alphabétique sont des données
linguistiques. Il convient alors logiquement de caractériser la méthode de
lecture fondamentalement de « linguistique » pour en marquer le
caractère théorique et scientifique opposé au caractère empirico-descriptif et critiquable de
« syllabique » et « alphabétique », descriptif et théorique
correspondant à deux étapes distinctes de l’histoire de la pensée
scientifique au cours de laquelle le passage du premier au second constitue une
évolution et une rupture !
(3) Dans tous les textes de réformes pédagogiques de la
lecture du Ministère de l'Éducation nationale y inclus celui de 2006, il y a
des aspects très positifs et ceux qui le sont moins (et alimentent des
polémiques sans pouvoir raisonnablement justifier de rejet en bloc des textes en cause) d'un
point de vue scientifique. Seuls nous intéressent dans ces pages, comme pour
les instructions de 2002 et 2003, les aspects positifs des instructions de 2006.
Parce qu'elle tient son autorité de l'objectivité, la science est
profondément éthique et impose de faire la part de ce qui est exact et de ce
qui l'est beaucoup moins. En cela, ses armes sont celles de la logique
argumentative qui n'a pas à voir avec la polémique. Par voie de conséquence,
on peut débattre d'un thème sans qu'il soit nécessaire de polémiquer. On
peut surtout exprimer son profond désaccord sur un sujet sans forcément se
livrer à des diatribes contre l'adversaire. Bien comprise, la science est
également respect de soi et des l'autres. Sinon on ne fait plus oeuvre
scientifique ! Science dont le statut demeure la question cruciale et
primordiale !
(4) Il y a lieu de faire noter que si la langue française
devait un jour être retranscrite phonologiquement, ce qui est on ne peut plus
souhaitable, hormis le passage de l'alphabet "alphabétique" à
l'alphabet "phonologique", peu de choses changeraient par rapport à la
vision linguistique de la méthode de lecture que nous avons présentée.
Une transcription phonologique de la langue française aurait un intérêt
majeur : les difficultés d'enseignement et d'apprentissage de la lecture
seraient réduites de plus de 50 % ; est-ce une sinécure (également en termes
de gain de temps et d'investissement humain et donc économique) ?
Au reste, une écriture phonologique comporte beaucoup moins de risques
d'illettrisme qu'une écriture alphabétique, parce qu'à chaque phonème
correspond une prononciation et une seule indépendamment du contexte et de la
position du phonème dans les syllabes des mots. L'écriture alphabétique, qui
est celle de la langue française à l'heure actuelle, confronte à de grosses
difficultés et à d'importants risques d'illettrisme en raison de sa
complexité orthographique ; l'énoncé d'un grand nombre de règles de
prononciation devient alors un impératif pour surmonter les difficultés qui
ont conduit à ce jour à de multiples réformes des programmes d'enseignement
de la lecture sans beaucoup de réussite.
A ce sujet, les méthodes phonologiques sont réfutées par les neurosciences à
cause de leur mode d'approche qui va des sons (phonèmes, que n'utilise pas
aujourd'hui la transcription de la langue française) aux graphies (qui
transcrivent actuellement la langue française) plutôt que l'inverse. On
se rend compte de toute évidence du problème soulevé par la démarche en
termes logiques ! Par contre, les méthodes alphabétiques sont validées par
les neurosciences en raison de la cohérence de leur procédure qui mène des
lettres de l'alphabet (lettres alphabétiques, qu'utilise en ce moment la
transcription de la langue française) aux sons correspondants. Ajoutons que
parce qu'elles ont une conception qui est profondément non seulement
phonologique mais encore sémantique de l'enseignement de la lecture, les
méthodes phonologiques engagent leurs activités pédagogiques par des phrases
sinon des mots du langage parlé pendant que les méthodes alphabétiques,
elles, partent des mots écrits ou de la langue écrite, d'où de profondes
différences entre méthodes phonologiques (ou phonémiques ou encore phoniques)
et méthodes alphabétiques.
Lorsqu'on sait que depuis de nombreuses années les pédagogies de lecture
basculent de plus en plus des méthodes globales et semi-globales ou mixtes aux
méthodes phonologiques (davantage dispensées dans les IUFM), on mesure les
difficultés potentielles et on comprend les résultats corollaires actuels.