La réactualisation des méthodes de lecture


L'impératif qui s'impose à l'heure actuelle aux méthodes d'apprentissage de la lecture est celui de leur mise à jour par rapport, d'une part, aux instructions officielles en général et aux "nouveaux programmes" du 20 février 2002 en particulier et, d'autre part, aux progrès de la pensée et de la connaissance scientifiques des décennies écoulées.

C'est le travail qui est à effectuer. 
A ce sujet, certains commentateurs ont rattaché l'émergence de la méthode mixte aux avancées de la linguistique tout spécialement autour des années 1970.  Sur ce point, les références à la linguistique dans certains manuels d'apprentissage de la lecture ne vont guère au-delà de leurs présentations ou de leurs introductions.

En somme, l'élaboration de leurs contenus ne s'inspirent pas des théories contemporaines de la linguistique, même si l'on peut repérer dans quelques-uns d'entre eux des transcriptions phonétiques qui sont sans réelle pertinence pour leur objet ; plus exactement, le concept de règle central dans la manière dont la linguistique conçoit les langues humaines demeure implicite dans les manuels de lecture. 
C'est là que se trouve l'axe problématique majeur des méthodes actuelles d'apprentissage de la lecture.

Dans les milieux scolaires et orthophoniques sont constatés l'emploi prédominant de la méthode mixte par les enseignants et celui de la méthode phonétique par les orthophonistes. 
Sous l'angle épistémologique, les enseignants reconnaissent le caractère discutable des présupposés théoriques sous-jacents à la méthode mixte ; de leur côté, les orthophonistes s'accordent sur les difficultés des notions premières qui sous-tendent la méthode phonétique. Les uns et les autres admettent encore que les taux d'échecs en lecture sont anormalement élevés et pensent que les méthodes utilisées sont sans corrélation avec ces taux et lorsque la question causale sur ce point se fait insistante, ils avancent qu'il existe plusieurs facteurs. On peut le voir, la réponse n'est pas entièrement satisfaisante !

Pour les tenants de la méthode globale et de la méthode mixte, le problème des méthodes d'apprentissage de la lecture est d'ordre politique et réside dans l'insuffisance des moyens que les autorités y affectent, ce à quoi Luc Ferry a rétorqué, non sans raison, que l'accroissement de ces moyens a été constant au cours des années passées mais que les résultats scolaires dont ceux de l'apprentissage de la lecture en particulier ne se sont pas améliorés pour autant. 
Par conséquent, le problème se trouve ailleurs.

Lorsqu'on y regarde de plus près , cela ne fait aucun doute, les faiblesses conceptuelles des méthodes d'enseignement de la lecture sont les premières responsables des taux élevés d'échecs qui sont enregistrés. 
A ce propos, les méthodes sont passibles d'objections fondamentales sur deux aspects principaux qui sont les énoncés théoriques implicites et les résultats pratiques, le dernier point découlant naturellement du premier. 
Par ailleurs et comme nous l'avons déjà fait remarquer, d'un point de vue scientifique, l'existence même d'une pluralité de méthodes est une preuve tangible des défaillances incriminées. 
Au reste et dans le même sens, la littérature sur les méthodes d'apprentissage de la lecture souligne qu'il y a autant de méthodes mixtes que d'enseignants ! Sur ce point, une opinion assez largement partagée dans le système éducatif et scientifiquement réfutable est l'idée selon laquelle c'est chaque instituteur qui doit concevoir sa méthode pédagogique de lecture ! 
Cela explique sans doute la raison pour laquelle le Ministère de l'Éducation nationale n'était jamais intervenu dans le secteur pour donner des directives à suivre ; cela explique en partie également l'existence actuelle d'un nombre impressionnant de méthodes et de manuels d'apprentissage de la lecture. Toutefois, c'est une idée qui est scientifiquement indéfendable !

Incontestablement, les méthodes de lecture sont en grande difficulté !

Dans ce contexte, les "nouveaux programmes" du 20 février 2002 et la réactualisation des méthodes d'enseignement et d'apprentissage de la lecture qu'ils entraînent étaient devenus, plus qu'une nécessité, un absolu !

Les vives critiques portées sur les manuels scolaires par le Ministre de l'Éducation nationale dans plusieurs rapports dont le dernier en date remonte en août 1999 sont la traduction de cet impératif.

Les efforts menés par la méthode linguistique de lecture ont été de réactualiser la méthode de lecture au regard des programmes officiels de l'école et aux progrès des connaissances scientifiques les plus récents.

L'exemple vaut dans toutes les matières et à tous les niveaux du système éducatif.

Bien que peu de scientifiques et, à plus forte raison, de non-scientifiques, le soulignent, la conception théorique de l'étude de la pensée et de la connaissance scientifiques s'est profondément rénovée au cours des dernières décennies. 
Dans ce contexte, il s'agit de réactualiser les contenus des programmes scolaires par rapport aux progrès scientifiques. 
Voilà pourquoi l'exemple de réactualisation de la méthode d'apprentissage de la lecture est à reprendre par tous les secteurs et à tous les niveaux du système éducatif.

D'un autre côté, pour écrire un ouvrage scolaire, fut-il destiné à l'apprentissage de la lecture par les enfants de l'école maternelle ou de l'école élémentaire, l'expérience de pédagogue, pour indispensable qu'elle soit, n'est pas suffisante et la situation actuelle plaide en ce sens ; il faut encore l'expérience de scientifique ou de chercheur. Car un enseignement vraiment efficace passe nécessairement par des recherches préliminaires. Voilà pourquoi des compétences de scientifique ou de chercheur sont indispensables à l'enseignant à tous les niveaux, sans exclusive, du système éducatif. Pour celui qui se propose de rédiger un ouvrage pédagogique, des recherches scientifiques préalables doivent s'effectuer sur le contenu et, par-dessus tout, sur la façon de l'enseigner et de l'apprendre le plus facilement possible, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui ; pareillement, pour l'enseignant par rapport à une leçon quelconque, des recherches scientifiques doivent se mener auparavant sur la manière de la transmettre et celle de l'acquérir aussi aisément que faire se peut.  C'est pour ces raisons qu'écrire un manuel scolaire et enseigner se révèlent des tâches difficiles et qui requièrent une véritable spécialisation.
Il se pose alors le problème de la formation (universitaire et professionnelle) des enseignants sur laquelle les syndicats du même nom ont toujours fait porter fortement l'accent à juste titre. Le niveau de formation universitaire des enseignants est très poussé à l'heure actuelle en comparaison avec les deux ou trois dernières décennies ; la plupart détiennent une maîtrise ou un doctorat (équivalant à Bac + 4, Bac + 5, Bac + 6 ...) ou ont passé le C.A.P.E.S. ou l'agrégation et pourtant, les résultats scolaires, qu'il s'agisse de l'enseignement primaire, de l'enseignement secondaire ou de l'enseignement supérieur, ne suivent pas de façon significative ni quantitativement ni qualitativement (les échecs massifs particulièrement en D.E.U.G. ne sont pas sans relation avec la qualité des enseignements dans le secondaire et le primaire).
Ce qui est alors à soumettre au questionnement, c'est la conception théorique de la science en sous-jacence à cette formation. Elle est tout simplement à repenser fondamentalement et, en aval, les enseignements de l'ensemble du système éducatif et leurs contenus.
Des gens, y compris parmi des élus de la nation -et non des moindres puisqu'il s'agissait d'anciens énarques-, s'étaient déclarés favorables il y a quelques années déjà à la suppression de l'E.N.A. (École nationale d'administration) et, tout récemment, d'autres se sont prononcés pour celle de l'I.U.F.M. (Institut Universitaire de Formation des Maîtres), c'est-à-dire des institutions réputées et chargées de la formation des hauts fonctionnaires de l'État et des enseignants qualifiés, et c'est parce que leur efficacité ne paraît pas probante aujourd'hui. Cela ne signifie donc pas que ces catégories de personnels de la fonction publique sont totalement inutiles et le resteront de manière définitive. Leurs rôles peuvent devenir très utiles à la société si l'on conçoit différemment les contenus de leurs formations.

 

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