Présentation
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Par rapport à
l’apprentissage de la lecture, une découverte fondamentale en sciences
cognitives est que, limitée, la mémoire immédiate ne peut retenir que
péniblement les listes de plus de sept éléments, de là la tendance
générale chez les usagers à communiquer verbalement par groupes de deux
à trois chiffres les numéros de compteurs d’eau, de gaz et
d’électricité, de sécurité sociale, de téléphone, de carte bleue, etc. |
Nos travaux relatifs à la lecture se sont intéressés naturellement, en prenant appui sur les nouvelles conceptions théoriques émergeantes de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique, aux travaux déjà existants dans le domaine, ainsi qu’aux programmes pédagogiques du Ministère de l’Éducation nationale dans lesquels nous avons trouvé des éléments fort positifs de construction de la méthode de lecture.
Voici un premier aperçu de l'état des lieux : ce qui caractérise le plus les recherches théoriques et les méthodes de lecture est une grande discordance des conceptions et des approches. Face au spectacle déroutant offert par ces domaines, l’idée principale qu’il importe de retenir pour comprendre la critique formulée est la suivante : scientifiquement, la théorie et la méthode de lecture pertinentes s’appuient sur l’analyse du fonctionnement du système nerveux, de la cognition et du langage. Cette donnée échappe à la plupart des travaux théoriques et des méthodes de lecture, d’où l’extrême divergence des points de vue qui y est constatée.
La thèse centrale est qu’il n’est plus logiquement possible
de traiter de la thématique de la lecture en laissant dans l’ombre les principes
de fonctionnement de la langue française, de l’apprentissage et des structures
cérébrales. Si l’apprentissage de la lecture se heurte à de sérieux obstacles,
c’est parce que les méthodes utilisées ne sont pas conçues à la lumière des
données scientifiques issues des recherches de linguistique, de sciences
cognitives et de neurosciences, domaines disciplinaires suggérés par un texte
relativement récent du Ministère de l’Éducation nationale. Le problème de fond
des méthodes de lecture est celui des bases scientifiques. Au terme d’un examen
approfondi, scientifiquement, les méthodes de lecture sont très partiellement
conformes aux fonctionnements du cerveau, de la pensée et du français.
Les conclusions suivantes s’imposent.
Grâce aux connaissances scientifiques actuellement disponibles, on ne peut plus
parler du problème de méthode d'enseignement de la lecture sans se fonder sur le
mode de fonctionnement du cerveau, des structures mentales et du français écrit,
lequel mode de fonctionnement résulte de la recherche en neurosciences, en
sciences cognitives et en linguistique générale, l’ensemble de toutes les
données étant inscrites dans le cadre de la science et de la méthodologie de la
recherche scientifique. Il s’ensuit que la question essentielle n’est plus de
savoir si la méthode de lecture doit être globale, syllabique, mixte,
phonétique, phonologique, phonémique, interactive, intégrative ou autre, mais de
déterminer le contenu matériel de la méthode sur la base du mode de
fonctionnement du cerveau, des facultés mentales et de la langue française
écrite tel qu’il ressort des produits de la recherche en neurosciences, en
sciences cognitives et en linguistique générale. Nous avons appelé cette méthode
"méthode de lecture neuro-cogni-linguistique " ou simplement "méthode
linguistique de lecture".
Ces acquis de la recherche scientifique conduisent à ajuster la méthode de
lecture aux enfants ; sur ce point, alors que c’est les enfants qui doivent
s’adapter aux méthodes de lecture, c’est la méthode linguistique de lecture qui
est adaptée aux enfants. En d’autres termes, la méthode linguistique de lecture
est conçue selon la manière dont les mécanismes cérébraux et cognitifs des
enfants fonctionnent ainsi que d'après le mode de fonctionnement du français
moderne.
Notre but principal est de bâtir la méthode de lecture qui repose essentiellement sur les programmes du Ministère de l’Éducation nationale, les neurosciences, les sciences cognitives, la linguistique générale, la science et la méthodologie de la recherche scientifique. Nous précisons à cet égard que l'un des derniers programmes d’enseignement de la lecture définis par le Ministère de l’Éducation nationale se prévaut de références aux neurosciences, aux sciences cognitives et à la linguistique.
L'auteur, linguiste et
méthodologue, a, également comme axe de réflexion, la théorie de la science,
question redoutable et incontournable lorsqu'on pratique l'activité de
recherche de surcroît scientifique.
A la réflexion, les difficultés des méthodes de lecture sont d'origine
scientifique. En matière d'élaboration de méthode de lecture, le travail
scientifique commence véritablement avec la définition du statut des critères
d'organisation et de progression du contenu pédagogique qui est une activité
proprement scientifique et donc extrêmement sélective. Voilà pourquoi la
quasi-totalité des concepteurs de méthodes de lecture n'intègre que quelques
critères d'organisation et de progression au reste peu ou pas pertinents.
Conséquence : les méthodes de lecture se retrouvent dans un état de grandes
difficultés. Elle se poursuit avec une conception pédagogique basée sur les
fonctionnements des structures cérébrales, des processus cognitifs et du
français écrit.
Jusqu’en 2005, notre réfutation des méthodes de lecture était établie sur les
bases théoriques de la linguistique générale, de la science et de la
méthodologie de la recherche scientifique postmodernes ; depuis 2006, les
références scientifiques à l’appui du nouveau programme du Ministère de
l’Éducation nationale nous ont donné l’occasion de découvrir que les
neurosciences ainsi que les sciences cognitives permettaient également de
récuser les méthodes de lecture. La présentation initialement en deux colonnes
du menu principal de la page d’accueil de ce site Internet traduisait cette
évolution. Ainsi, la réfutation des méthodes de lecture s’articule autour de la
linguistique générale qui étudie la nature et le mode de fonctionnement du
langage et des langues humaines ; des neurosciences qui ont pour objet d’étude
la spécificité et les mécanismes fonctionnels du cerveau notamment dans les
processus d’apprentissage de la lecture ; des sciences cognitives qui étudient
entre autres la construction mentale du savoir chez l'apprenant ; de la science
qui a pour objet l'étude de la réalité ; de la méthodologie qui détermine la
manière d'élaborer la connaissance. Nous avons pu établir également que la
théorie des relations en mathématiques aide à récuser les méthodes de lecture.
Cet ensemble de disciplines fondamentales permet de montrer, chacune à sa façon,
l’inadéquation des méthodes d'enseignement de la lecture et, par contraste, les
éléments pertinents de la bonne méthode de lecture.
Au bout du compte, la thèse
défendue par rapport à la thématique de la lecture est la suivante. Au vu, d'une
part, des résultats de la recherche théorique contemporaine sur l'apprentissage
éducatif en général et l'apprentissage de la lecture en particulier et, d'autre
part, de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique
postmodernes, les méthodes d'enseignement de la lecture sont, sous de nombreux
aspects, antinomiques avec les mécanismes cérébraux et cognitifs d'apprentissage
chez l'enfant ainsi qu'avec le mode de fonctionnement de la langue française
écrite et c'est les mécanismes cérébro-cognitifs qui doivent s'adapter aux
méthodes de lecture.
Les progrès de la recherche scientifique sur la lecture durant la présente
décennie permettent désormais de débattre de la problématique de l'enseignement
et de l'apprentissage dans le domaine en prenant appui sur des faits solidement
établis. Les progrès sont dus à trois disciplines qui sont la linguistique, les
neurosciences et les sciences cognitives. Elles permettent de définir avec
précision l'objet de la connaissance ; d'appréhender le mode de fonctionnement
du cerveau au cours de l'activité d'apprentissage ; de cerner les composantes
cognitives qui élaborent l'objet de la connaissance. En somme, la méthode de
lecture conçoit son contenu pédagogique suivant les fonctionnements du réseau
cérébral et cognitif et de la langue française écrite ainsi que suivant la
théorie des relations en logique mathématique. Elle est adaptée aux élèves et ce
n'est pas les élèves qui s'adaptent à elle.
Bernard Wemague