Présentation

 

Par rapport à l’apprentissage de la lecture, une découverte fondamentale en sciences cognitives est que, limitée, la mémoire immédiate ne peut retenir que péniblement les listes de plus de sept éléments, de là la tendance générale chez les usagers à communiquer verbalement par groupes de deux à trois chiffres les numéros de compteurs d’eau, de gaz et d’électricité, de sécurité sociale, de téléphone, de carte bleue, etc.
De la même façon dans le domaine de l’apprentissage de la lecture, les enfants peuvent difficilement mémoriser une séquence et a fortiori un mot entier de plus de sept lettres ne correspondant pas à une unité phonétique (l'oralisation est constitutive de la mémorisation), d’autant que la plupart du temps les méthodes de lecture n’enseignent pas les lettres de l’alphabet et privilégient la compréhension du sens des textes en passant par celui des mots ; d'où le bien-fondé, au plan scientifique, de ce qui s'appelle traditionnellement "méthode syllabique", pratiquée en exclusivité par la Finlande avec d'excellents résultats qui font de son modèle d'enseignement un exemple suivi par de nombreux pays à travers le monde, dont la France en 2006.
Au vu du fonctionnement du langage en l'espèce le français et sous l'éclairage des acquis des recherches actuelles en neurosciences et en sciences cognitives, il convient de faire apprendre les lettres de l’alphabet et de décomposer en syllabes les mots écrits présentés aux enfants et destinés à la construction de l’apprentissage de la lecture. Ces procédés pédagogiques comportent de nombreux avantages : connaissance des structures et des fonctionnements des mots, facilité d'apprentissage, lecture exacte et sûre, acquisition solide de l'orthographe ...

Nos travaux relatifs à la lecture se sont intéressés naturellement, en prenant appui sur les nouvelles conceptions théoriques émergeantes de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique, aux travaux déjà existants dans le domaine, ainsi qu’aux programmes pédagogiques du Ministère de l’Éducation nationale dans lesquels nous avons trouvé des éléments fort positifs de construction de la méthode de lecture.

Voici un premier aperçu de l'état des lieux : ce qui caractérise le plus les recherches théoriques et les méthodes de lecture est une grande discordance des conceptions et des approches. Face au spectacle déroutant offert par ces domaines, l’idée principale qu’il importe de retenir pour comprendre la critique formulée est la suivante : scientifiquement, la théorie et la méthode de lecture pertinentes s’appuient sur l’analyse du fonctionnement du système nerveux, de la cognition et du langage. Cette donnée échappe à la plupart des travaux théoriques et des méthodes de lecture, d’où l’extrême divergence des points de vue qui y est constatée.

La thèse centrale est qu’il n’est plus logiquement possible de traiter de la thématique de la lecture en laissant dans l’ombre les principes de fonctionnement de la langue française, de l’apprentissage et des structures cérébrales. Si l’apprentissage de la lecture se heurte à de sérieux obstacles, c’est parce que les méthodes utilisées ne sont pas conçues à la lumière des données scientifiques issues des recherches de linguistique, de sciences cognitives et de neurosciences, domaines disciplinaires suggérés par un texte relativement récent du Ministère de l’Éducation nationale. Le problème de fond des méthodes de lecture est celui des bases scientifiques. Au terme d’un examen approfondi, scientifiquement, les méthodes de lecture sont très partiellement conformes aux fonctionnements du cerveau, de la pensée et du français.

Les conclusions suivantes s’imposent.
Grâce aux connaissances scientifiques actuellement disponibles, on ne peut plus parler du problème de méthode d'enseignement de la lecture sans se fonder sur le mode de fonctionnement du cerveau, des structures mentales et du français écrit, lequel mode de fonctionnement résulte de la recherche en neurosciences, en sciences cognitives et en linguistique générale, l’ensemble de toutes les données étant inscrites dans le cadre de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique. Il s’ensuit que la question essentielle n’est plus de savoir si la méthode de lecture doit être globale, syllabique, mixte, phonétique, phonologique, phonémique, interactive, intégrative ou autre, mais de déterminer le contenu matériel de la méthode sur la base du mode de fonctionnement du cerveau, des facultés mentales et de la langue française écrite tel qu’il ressort des produits de la recherche en neurosciences, en sciences cognitives et en linguistique générale. Nous avons appelé cette méthode "méthode de lecture neuro-cogni-linguistique " ou simplement "méthode linguistique de lecture".
 
Ces acquis de la recherche scientifique conduisent à ajuster la méthode de lecture aux enfants ; sur ce point, alors que c’est les enfants qui doivent s’adapter aux méthodes de lecture, c’est la méthode linguistique de lecture qui est adaptée aux enfants. En d’autres termes, la méthode linguistique de lecture est conçue selon la manière dont les mécanismes cérébraux et cognitifs des enfants fonctionnent ainsi que d'après le mode de fonctionnement du français moderne.

 Notre but principal est de bâtir la méthode de lecture qui repose essentiellement sur les programmes du Ministère de l’Éducation nationale, les neurosciences, les sciences cognitives, la linguistique générale, la science et la méthodologie de la recherche scientifique. Nous précisons à cet égard que l'un des derniers programmes d’enseignement de la lecture définis par le Ministère de l’Éducation nationale se prévaut de références aux neurosciences, aux sciences cognitives et à la linguistique.


L'auteur
, linguiste et méthodologue, a, également comme axe de réflexion, la théorie de la science, question redoutable et  incontournable lorsqu'on pratique l'activité de recherche de surcroît scientifique.
A la réflexion, les difficultés des méthodes de lecture sont d'origine scientifique. En matière d'élaboration de méthode de lecture, le travail scientifique commence véritablement avec la définition du statut des critères d'organisation et de progression du contenu pédagogique qui est une activité proprement scientifique et donc extrêmement sélective. Voilà pourquoi la quasi-totalité des concepteurs de méthodes de lecture n'intègre que quelques critères d'organisation et de progression au reste peu ou pas pertinents. Conséquence : les méthodes de lecture se retrouvent dans un état de grandes difficultés. Elle se poursuit avec une conception pédagogique basée sur les fonctionnements des structures cérébrales, des processus cognitifs et du français écrit.
Jusqu’en 2005, notre réfutation des méthodes de lecture était établie sur les bases théoriques de la linguistique générale, de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique postmodernes ; depuis 2006, les références scientifiques à l’appui du nouveau programme du Ministère de l’Éducation nationale nous ont donné l’occasion de découvrir que les neurosciences ainsi que les sciences cognitives permettaient également de récuser les méthodes de lecture. La présentation initialement en deux colonnes du menu principal de la page d’accueil de ce site Internet traduisait cette évolution. Ainsi, la réfutation des méthodes de lecture s’articule autour de la linguistique générale qui étudie la nature et le mode de fonctionnement du langage et des langues humaines ; des neurosciences qui ont pour objet d’étude la spécificité et les mécanismes fonctionnels du cerveau notamment dans les processus d’apprentissage de la lecture ; des sciences cognitives qui étudient entre autres la construction mentale du savoir chez l'apprenant ; de la science qui a pour objet l'étude de la réalité ; de la méthodologie qui détermine la manière d'élaborer la connaissance. Nous avons pu établir également que la théorie des relations en mathématiques aide à récuser les méthodes de lecture. Cet ensemble de disciplines fondamentales permet de montrer, chacune à sa façon, l’inadéquation des méthodes d'enseignement de la lecture et, par contraste, les éléments pertinents de la bonne méthode de lecture.

Au bout du compte, la thèse défendue par rapport à la thématique de la lecture est la suivante. Au vu, d'une part, des résultats de la recherche théorique contemporaine sur l'apprentissage éducatif en général et l'apprentissage de la lecture en particulier et, d'autre part, de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique postmodernes, les méthodes d'enseignement de la lecture sont, sous de nombreux aspects, antinomiques avec les mécanismes cérébraux et cognitifs d'apprentissage chez l'enfant ainsi qu'avec le mode de fonctionnement de la langue française écrite et c'est les mécanismes cérébro-cognitifs qui doivent s'adapter aux méthodes de lecture.
Les progrès de la recherche scientifique sur la lecture durant la présente décennie permettent désormais de débattre de la problématique de l'enseignement et de l'apprentissage dans le domaine en prenant appui sur des faits solidement établis. Les progrès sont dus à trois disciplines qui sont la linguistique, les neurosciences et les sciences cognitives. Elles permettent de définir avec précision l'objet de la connaissance ; d'appréhender le mode de fonctionnement du cerveau au cours de l'activité d'apprentissage ; de cerner les composantes cognitives qui élaborent l'objet de la connaissance. En somme, la méthode de lecture conçoit son contenu pédagogique suivant les fonctionnements du réseau cérébral et cognitif et de la langue française écrite ainsi que suivant la théorie des relations en logique mathématique. Elle est adaptée aux élèves et ce n'est pas les élèves qui s'adaptent à elle.

Bernard Wemague

b.wemague@numericable.fr

 

 

 

 

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