Dans
l’optique d’une pédagogie scientifique, nature et fonction
(1) participent du système de concepts caractéristiques de l’ordre de
connaissances explicites.
A ce titre, leur présence dans l’ensemble des champs de disciplines va de
soi. Voilà pourquoi leur abord est relativement précoce dans l’étude de la
langue et plus exactement en grammaire concernant les mots et les phrases au
regard de la compréhension de texte ou de l’accès au sens.
Ainsi, l’intérêt des notions de nature et de fonction se porte
avant tout sur les unités qui véhiculent du sens et qui sont les mots et les
phrases, ce qui constitue un trait marquant des méthodes de lecture telles que
les méthodes globales et les méthodes phonologiques.
La question est de savoir si les méthodes de lecture sont fondées à minimiser
l’importance des lettres et des syllabes et, finalement, à se passer des
concepts de nature et de fonction par rapport aux unités
qu’elles représentent.
La
grammaire traditionnelle distingue quatre catégories d’unités qui, hormis le
sens, sont les lettres, les syllabes, les mots et les phrases. D’après la
variable sémantique, elles se scindent en deux groupes ; les unes, les
mots et les phrases, sont pourvues de sens tandis que les autres, les lettres et
les syllabes, en sont privées. L’enjeu du sens a conduit la plupart des méthodes
de lecture à s’édifier sur les mots et les phrases. L’accès au sens
suppose la compréhension par laquelle certains auteurs définissent la lecture.
La compréhension du mot et de la phrase repose sur leurs analyses grammaticale
et logique ainsi que sur leurs analyses en éléments constitutifs. A tous les
niveaux, les analyses s’appuient sur deux critères essentiels en matière de
connaissance qui sont ceux de nature et de fonction. Il s’agit,
dans les méthodes de lecture, de mots et de phrases. Ces méthodes accordent un
faible intérêt aux lettres et aux syllabes en tant qu’unités dépourvues de
significations et, de ce fait, font abstraction des notions de nature et
de fonction.
Dans
la conception théorique contemporaine, la linguistique générale est l’étude
de la nature et du fonctionnement des langues humaines. Dans cette
définition volontairement schématique, les notions qui intéressent le sujet
au premier chef sont celles de nature et de fonctionnement, qui
sont à l’évidence en rapport avec nature et fonction.
Dans la conception linguistique de la pédagogie de la lecture, nature et
fonction concernent non seulement les mots et les phrases, mais encore les
lettres et les syllabes et l’on parle alors, d’un point de vue purement
formel mais en lien avec des significations, des différents cas de figure qui
suivent :
1) analyse des phrases, ou analyse logique, portant sur la nature et la fonction
des propositions contenues dans les phrases ou les textes ;
2) analyse des mots, ou analyse grammaticale, concernant la nature et la
fonction des mots dans les phrases ;
3) analyse des syllabes, ou analyse syllabique :
- en termes d’organisation des mots, il s’agit de l’analyse des mots en
syllabes ;
- en termes de typologie des syllabes, il s’agit de distinction entre les syllabes
ouvertes et les syllabes fermées (2)
- en termes de constitution et de prononciation des lettres, il s’agit de
l’analyse de la composition des lettres en syllabes et de celle du
comportement phonétique positionnel et contextuel des lettres dans les syllabes (3)
;
4) analyse des lettres, ou analyse alphabétique, traitant de la classification
des lettres du système alphabétique en consonnes, voyelles et semi-consonnes
ou semi-voyelles.
En
définitive, parmi les facteurs explicatifs profondément méconnus des carences
et du bilan mitigé des méthodes de lecture se compte l’absence des notions
essentielles de nature et de fonction en tant que critères
d’analyse des éléments qui favorisent l’appréhension du sens.
L’absence des notions de nature et de fonction par rapport aux
éléments qui entrent dans la conception et la construction des méthodes de
lecture, contrairement à l’ensemble des domaines de savoirs, n’est pas
justifiée.
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Problématique fondamentale De quelle manière peut-on
tenter de résumer l’ensemble des questions de fond posées aux méthodes
de lecture ? A travers les trois défauts majeurs de conception et de
construction qui suivent. |
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Bernard
Wemague
Septembre 2007
(1) Dans le domaine des savoirs,
le terme nature implique la réponse à la question « A quel
ordre d’unités appartient cette donnée (comme un mot ou une proposition
…) ? ». C’est, pour ainsi dire, le statut qui est défini pour
chaque type d’entités afin de lui permettre de remplir convenablement son rôle
notamment dans la communication. Quant au terme fonction, il désigne le
rôle joué par un ordre d’unités en l’occurrence dans une phrase.
(3) comportement phonétique
positionnel d’une lettre = façon de prononcer une lettre selon la position
(en début, en intérieur et en fin de syllabe) ; comportement phonétique
contextuel d’une lettre = façon de prononcer une consonne selon soit la
voyelle qui la précède, soit la voyelle qui la suit, soit à la fois la
voyelle qui la précède et la voyelle qui la suit.