La méthode mixte et l'illettrisme
Dans "Lettre à tous ceux qui aiment l'école", le Ministre de l'Éducation
nationale constate que "les chiffres de l'illettrisme ... stagnent ou
empirent depuis plus de dix ans" et que "les meilleurs spécialistes,
tout autant que les enseignants dans les classes, sont d'accord entre eux sur
l'ampleur du problème".
Ni la réalité des difficultés rencontrées par les méthodes de lecture en général ni le problème d'illettrisme ne fait plus débat ; la situation est connue de tout le monde. Il s'agit alors de savoir quel est le rapport entre les méthodes de lecture dont la méthode mixte en particulier, devenue progressivement la référence dans le secteur (la notion descriptive "mixte" suggérant l'idée d'intégration d'éléments d'origines diverses et donc celle de complétude), et l'illettrisme.
La responsabilité de la méthode mixte est facile à établir dans
l'illettrisme en soi et l'étendue du phénomène.
La mémorisation globale des mots prive les apprenants, d'une part, de
l'impérieuse reconnaissance discriminatoire des unités constitutives des mots
et, d'autre part, de leurs règles phonétiques explicites et, conséquemment,
entraîne chez eux l'incapacité de la restitution sonore correcte des mots dans
la lecture d'une phrase.
Depuis plus d'une dizaine d'années, la méthode mixte règne presque sans
partage dans le champ pédagogique de la lecture et l'étendue du phénomène
d'illettrisme observée sur la même période est une indication du lien de
causalité entre la méthode mixte et l'illettrisme, lien qui, à l'examen, se
révèle logique.
En dernière analyse, toutes les méthodes d'apprentissage de la lecture à point de départ global génèrent par là même l'illettrisme. Sous une autre formulation, les méthodes de lecture peu attentives au principe d'organisation des mots mènent inéluctablement à l'illettrisme (et c'est le relais familial qui évite souvent ce problème à l'enfant).
Faute d'alternative scientifiquement crédible, la méthode mixte avait fini
par s'imposer dans le domaine d'apprentissage de la lecture.
De ce fait et par
une sorte de phénomène de mode, la tentation était et reste forte, chez ceux
qui sortent des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres), de se
tourner vers elle sans se poser trop de questions sur sa validité théorique et
pratique.
Parce qu'elle demeure la plus employée par les enseignants dans les classes,
la méthode mixte de lecture est tout autant celle à travers laquelle s'étend l'illettrisme.
Ainsi se trouve justifié son abandon.
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En dépit de toutes les dispositions qui ont
été prises, une
amélioration des résultats de l'apprentissage de la lecture n'a pas été
enregistrée. Il y a lieu d'ajouter que, depuis plus d'une dizaine d'années, le nombre de candidats au concours d'entrée dans les IUFM qui sont titulaires d'un diplôme de doctorat est en constante augmentation, ce qui signifie que beaucoup d'instituteurs détiennent actuellement un doctorat. Ce haut degré de formation universitaire des instituteurs ne semble pas, du moins pour l'instant, avoir d'impact sur les résultats scolaires de l'apprentissage de la lecture chez les enfants et ce qui est alors à interroger, c'est, en amont, la valeur des contenus des enseignements (et, par-delà, celle de la théorie de la science sous-jacente) à tous les niveaux dont secondaire et supérieur reçus par les élèves puis les étudiants d'hier devenus les enseignants d'aujourd'hui. La sévérité des critiques formulées par les étudiants y compris ceux des IUFM à l'égard des enseignements qui leur sont dispensés est d'ailleurs, de ce point de vue, révélatrice. |