L’exigence pédagogique d’explicite de la décomposition syllabique des mots 

 

 

Le découpage syllabique favorise l’accès à l’organisation et au fonctionnement des mots qui déterminent la capacité de reconnaissance et d’identification de ces mots.

 

 Une logique sous-tend les langues humaines dotées de système d’écriture, ce que l’on a désigné du nom de « code alphabétique » : en première analyse sommaire, résultat de l’association des graphies à l’émission de voix, laquelle voix est porteuse conventionnellement de l’information à communiquer appelée « sens ». La langue parlée sert de point de départ au projet. A l’unité d’émission vocale sont reliés un ou plusieurs symboles graphiques suivant le nombre de sons de l’unité vocale.

A l’observation, la dialectique repose sur des mots tels que [kamera], « caméra », correspondant aux émissions vocales (ka], [me] et [ra] dont les équivalences non orales sont « ca », « mé » et « ra » dénommées « syllabes » et plus précisément « syllabes écrites ».

Ce qui mérite réflexion est le découpage syllabique associé à l’émission vocale.

 

La décomposition en syllabes des mots du français obéit à la logique phonétique évoquée qui s’appuie profondément sur des conventions : conventions sur les graphies en tant que telles, comme la lettre-consonne « c » dans « caméra »,  [kamera], et le groupe de lettres « que » dans « pastèque », [pastεkә] (ou [pastεk]), qui transcrivent le son consonantique [k] ; ou la lettre-voyelle « o » dans « dodo », [dodo], et le groupe de voyelles « eau » dans « bateau », [bato], qui transcrivent le son vocalique [o]. On a ainsi un son noté conventionnellement par un ou plusieurs lettres de l’alphabet usité.

 

 Par rapport au principe de l’émission vocale, le découpage syllabique des mots tels que « ca mé ra » pour « caméra » et « ba teau » pour « bateau » ne soulève pas de difficulté. Le problème apparaît dans la représentation graphique de l’unité vocale comme « teau » dans « bateau », pour des raisons purement conventionnelles.

 

Phonétiquement, les exemples [kamera], « caméra », et [bato], « bateau », ont pour schémas formels de représentation CVCVCV et CVCV successivement, C étant un symbole servant à désigner les consonnes et, V, les voyelles dans la composition des mots.

Reconsidérons l’exemple [pastεkә] (ou [pastεk]), « pastèque » ou syllabiquement « pas tè que ». Le schéma formel de représentation en est CVCCVCV (ou CVCCVC). La différence importante avec le schéma CVCVCV précédent réside dans la séquence de consonnes CC distinctes l’une de l’autre et qui correspondent aux lettres « s » et « t » dans [pastεkә] (ou [pastεk]), « pastèque » ou « pas tè que » ; toutefois, cette séquence de consonnes non homophones n’entraîne pas de problème quelconque de prononciation.

 

Cela dit, les méthodes orales s’opposent au mode de découpage syllabique académique des mots tels que « fosse » et « fesse » qui est « fos se » et « fes se » et auquel elles préfèrent « fo sse et « fe sse ( ?) ». Sur ce point, contrairement à « fo sse », on ne trouve pratiquement pas « fe sse », ce qui tend à montrer qu’il ne s’agit pas d’un bon découpage syllabique, et l’argumentation se renforce par un exemple tel que « j’a ppe lle » qui doit être canoniquement plutôt « j’ap pel le » correspondant à [ʒapεlә] (ou [ʒapεl]) dont la représentation formelle est CVCVCV (ou CVCVC). Au demeurant, à l’inverse de « fo sse » et de « fe sse », « fos se » et « fes se » se prêtent aisément, comme « pas tè que » qui comporte des syllabes de structures formelles comparables, à l’énoncé de règles générales simples, rigoureuses et cohérentes.

Il s’ensuit que les méthodes de lecture se trompent (1) en accolant les consonnes doubles dans la décomposition syllabique des mots.

 

Les avantages de la décomposition syllabique des mots sont indéniables ; en voici les trois principaux :

1) Le découpage syllabique apporte à l’enfant des repères qui lui simplifient et facilitent la reconnaissance et l’identification des mots.

2) La réutilisation d’une même syllabe en partie ou en totalité dans différents mots facilite le travail d’apprentissage.

3) La séparation des syllabes les unes des autres permet de mieux les distinguer et de connaître la façon de les prononcer.

 

En revanche, l’enfant a beaucoup de mal à s’y retrouver avec les mots présentés sous leur forme globale, d’autant plus que les méthodes de lecture ne font pas apprendre les lettres de l’alphabet, comme les méthodes globales et les méthodes orales.

 

Le découpage syllabique des mots est plus qu’une nécessité ; c’est une exigence de l’enseignement et de l’apprentissage explicites, rigoureux, solides et efficaces de la lecture.

 

Bernard Wemague

Mai 2008

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(1) Depuis l’avènement de l’approche pédagogique de la lecture d’inspiration phonologique dans les années 1970, le modèle de découpage syllabique classique des mots n’a plus cours chez bien des chercheurs. Ils sont obligés pourtant de le pratiquer pour les consonnes doubles en fin de ligne ; en conséquence, l’intérêt n’en est pas dérisoire et son enseignement s’impose en vue de la dictée et de la copie à l’école primaire et au collège. Au reste, aucun texte de quelque nature qu’il soit ne le délaisse. Dans ces conditions, certains ont-ils raison de vouloir l’ignorer, même provisoirement  ? La réponse est négative. Le modèle de découpage syllabique habituel des mots du français correspond à la valeur pédagogique fondamentale d’explicite d’organisation et de fonctionnement des mots conduisant à une maîtrise des propriétés caractéristiques des syllabes des mots qui sont en particulier l’identité des lettres, l’ordre nécessaire obligatoire des lettres et la prononciation des syllabes, ce qui assure la reconnaissance et l’identification des mots.