Les résultats de l’apprentissage de la lecture
Comme le révèle le classement des
élèves français dans les rapports de l’OCDE pendant la décennie passée, une des
principales critiques faites aux méthodes de lecture est que les élèves ne
comprennent pas ce qu’ils lisent. D’où proviennent alors ces difficultés de
compréhension de ce qui est lu ? Elles originent d’un déficit d’oralisation
(laquelle renferme en elle-même la mise en œuvre de règles de réalisations
phonétiques des mots écrits) pour autant que des connaissances claires et
précises des règles de prononciation des syllabes des mots écrits ne sont pas
transmises aux élèves au cours des activités d’apprentissage de la lecture.
L’analyse en profondeur des contenus matériels des méthodes de lecture mène à
cette conclusion. Faute de connaissances explicites de la prononciation des
composantes syllabiques des mots écrits, les résultats de l’apprentissage de la
lecture ne peuvent être que mitigés, de là le peu d’enthousiasme qu’ils
suscitent habituellement.
En effet, l’orthographe du français est assez compliquée puisqu’elle n’est pas
phonologique et la conception des méthodes de lecture ne s’adapte pas bien à cet
état de fait. L’exemple de la lettre c donné précédemment en témoigne.
Rappelons-le. La petite liste des mots choisis dans ce but est celle qui suit,
pour la forme non décomposée en syllabes et la forme segmentée en syllabes :
cerceau, écorce, carence, cuisse, efficacité, succès, spectacle, croc, sec, tic,
tactile, porc, parc, ticket, cécité, coccinelle, électricité, cochon,
technicité, chlore, respect, direct, chacun, chorale, chocolat, échec,
conducteur, construction, viaduc, conscience, donc, fonction ; cer ceau, é cor
ce, ca ren ce, cu is se, ef fi ca ci té, suc cès, spec ta cle, croc, sec, tic,
tac ti le, porc, parc, tic ket, cé ci té, coc ci nel le, é lec tri ci té, co
chon, tech ni ci té, chlo re, res pect, di rect, cha-cun, cho ra le, cho co lat,
é chec, con duc teur, cons truc ti on, vi a duc, con sci en ce, donc, fonc ti
on.
Les différentes formes syllabiques qui incorporent la lettre c sont : ca, cer,
ce, ceau, cé, cès, ci, co, coc, con, cons, cor, cu, cun, donc, fonc, duc, suc,
truc, cle, lec, sec, spec, pect, croc, parc, porc, rect, sci, tac, tic, tech,
cha, chec, cho, chon, chlo.
Comme la lettre c, chaque lettre de l’alphabet français subit des
transformations de prononciation suivant le contexte et la position que les
méthodes de lecture n’intègrent pas dans leur construction. Puisque les
modifications phonétiques des lettres de l’alphabet selon le contexte et la
position ne sont pas enseignées, la maîtrise en est mal assurée et face aux
textes, les élèves éprouvent des difficultés de reconnaissance et
d’identification des mots qui se répercutent sur l’accès au sens des mots, des
phrases et des textes.
Finalement, l’apprentissage de la
lecture est non seulement long en termes de durée, mais encore insuffisamment
acquis. Dans ces conditions, il est difficile pour les élèves d’avoir une
lecture rapide et expressive et, en même temps, d’être attentifs au sens de ce
qu’ils lisent (1). Les complications de l’orthographe du français et les
carences (2) des contenus pédagogiques des méthodes de lecture ne permettent pas d’automatiser
l’acquisition du code écrit telle que l’attention des élèves soit suffisamment
libérée pendant la lecture pour élaborer la compréhension de ce qui est lu. La
méthode linguistique de lecture pallie ces carences (cf. Livret 1b.
Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP dont la présentation est
conçue selon la manière dont les lettres se prononcent suivant les contextes et
les positions dans les syllabes des mots écrits du français) (3).
L’acquisition des règles de prononciation des mots écrits est explicite et
centrale dans la méthode linguistique tandis qu’elle est négligée ou demeure
intuitive dans les méthodes de lecture. La différence est fondamentale :
l’apprenant est sûr de sa lecture (parce qu’il s’appuie sur des règles exactes
de prononciation dont il a conscience) ou ne l’est pas (parce qu’il ignore les
règles de prononciation qui sont constitutives de l’apprentissage de la
lecture). L’apprentissage de la lecture, c’est l’apprentissage des règles de
lecture des mots écrits, des phrases et des textes accompagné de celui d’accès à
la compréhension. L’apprentissage du code et du sens.
Le trait le plus caractéristique en même temps que le plus facilitateur de
Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP réside
dans une conception et une présentation des contenus pédagogiques d’après les
règles de prononciation reliée au sens. Il ne s’agit donc pas d’apprendre des
règles abstraites, mais essentiellement d’assimiler la prononciation de telle
séquence de lettres dans tel contexte et telle position dans les mots écrits du
français, ce qui aboutit par ailleurs et naturellement à l’acquisition de
l’orthographe.
La philosophie qui sous-tend la pédagogie est celle d’un apprentissage fondé sur
des règles du français simples à construire pour le cerveau et claires à
mémoriser pour l’esprit ou la cognition.
Bernard Wemague
6 juillet 2009
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(1) Une bonne maîtrise de la lecture optimise la vitesse de
déchiffrage des mots permettant ainsi au cerveau de se concentrer sur la
compréhension du sens de ce qui est lu.
(2) Un élève de lycée, un étudiant d'université, un enseignant ..., qui lisent pourtant correctement un mot tel que "essentiellement", peuvent-ils en expliquer les règles de prononciation ? Beaucoup n'y parviendraient qu'assez péniblement et cela traduit les faiblesses profondes des méthodes de lecture avec lesquelles ils ont appris à lire. Les faiblesses de l'orthographe visées par les critiques dans les débats autour de l'école résultent de celles des méthodes d'enseignement de la lecture.
(3) L’apprentissage de la lecture est construit sur les structures des mots (ceux du français écrit) et sur les fonctionnements des lettres et des syllabes qui composent les mots, et c’est un apport original de la méthode linguistique de lecture. Il s’agit en fin de compte d’un travail de fond sur les syllabes propres aux mots écrits de la langue française que les élèves apprennent à lire. Ce type de travail conduit à une reconnaissance et à une lecture instantanées des mots écrits, comparables à celles des élèves finlandais dont la langue est transcrite phonologiquement favorisant par là même un apprentissage sûr et une compréhension aisée.