Les objections fondamentales aux méthodes de lecture

 


La question cruciale est de savoir comment il convient de concevoir la méthode de lecture par rapport au mode de fonctionnement du cerveau, de fonctionnement de la cognition et de fonctionnement du français dans l'état actuel des connaissances y compris celui de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique..

Mise provisoirement à part la dimension de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique, les reproches dont sont passibles les méthodes de lecture peuvent s’articuler autour de huit grands axes, très rapidement schématisés ci-dessous :

 

1) Les enfants doivent s’adapter aux méthodes de lecture alors que c’est l’inverse qui résulte de la recherche scientifique (1).

 

2) Les méthodes de lecture sont antinomiques avec le mécanisme cérébral d’apprentissage chez les enfants pour autant qu’elles ne vont pas des éléments visuels les plus simples aux éléments visuels (2) les plus complexes et aux prononciations correspondantes, ainsi que le montre la recherche expérimentale en neurosciences.

 

3) Les méthodes de lecture sont non compatibles avec le mécanisme cognitif d’apprentissage chez les enfants en raison de leur contenu pédagogique à faible potentiel d'explicite (3) au regard de la recherche théorique contemporaine sur l’apprentissage relevant de l’éducation comme il apparaît des travaux de sciences cognitives.

 

4) Les méthodes de lecture sont mal inspirées des résultats de la recherche en linguistique générale dans la mesure où elles ont laissé dans l’ombre le concept essentiel et fondateur de règle, laquelle définit fondamentalement et régit les catégories de la langue en l’espèce celles du français.

 

5) Les méthodes de lecture se sont trompées en introduisant de bonne foi la phonologie dans le français dont le système d’écriture n’est pas phonologique (4) et en partant des phonies pour aller vers les graphies dans la démarche pédagogique.

 

6) Il y a un manque de valorisation des lettres et des syllabes dans les méthodes de lecture (5). Il s'agit, de façon précise, des lettres de l'alphabet de transcription actuelle et des syllabes correspondant à celles des mots du français.

 

7) Les méthodes de lecture ne sont pas en phase avec le fonctionnement de la langue française puisqu’elles passent sous silence les règles positionnelles et contextuelles (6) des lettres de l’alphabet dans les syllabes des mots.

 

8) Les méthodes de lecture sont non conformes aux exigences de la pédagogie de par l'absence d'organisation et de progression réelles marquées par des critères de définition peu ou pas pertinents, laquelle absence est due à une orientation à caractère phonologique.

 

En toute rigueur logique, l'élaboration de la réponse, à chacune des critiques qui relève d'une discipline spécifique, doit s'inscrire dans le cadre particulier de ladite discipline et dans le cadre général de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique.

La meilleure méthode de lecture est celle qui est aussi irréprochable que possible vis-à-vis de l’ensemble des aspects impliqués et des disciplines sous-jacentes ainsi que vis-à-vis de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique.

En tant que réponse aux objections soulevées et en termes de nouveautés, la méthode linguistique de lecture fait correspondre le mode de fonctionnement du français aux mécanismes du cerveau et de l'apprentissage chez les enfants.

 

Bernard Wemague
Février 2008

 

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(1) Par exemple, un enfant qui, pour divers motifs, serait amené à reprendre plusieurs fois le CP dans des établissements différents aurait de grands risques d’être confronté à autant de méthodes de lecture que d’écoles ! Cela signifie que le mécanisme cérébro-cognitif de l’enfant, qui est unique et fonctionne de la même manière, doit composer à chaque fois avec la méthode de lecture à laquelle il est soumis. C’est cet état de fait qui n’est pas logique et constitue un trait de la non-pertinence des méthodes de lecture. 

Mais, l’exemple quotidien et particulièrement illustratif demeure celui des parents qui, avec une méthode dite syllabique, enseignent le soir en famille la lecture à leur enfant qui, le lendemain à l’école, doit travailler comme ses camarades avec une méthode non syllabique.

Ainsi, ce n’est pas les méthodes de lecture qui s’adaptent aux enfants, mais les  enfants qui s’adaptent aux méthodes de lecture ! Les résultats actuels de la recherche scientifique commandent un renversement de la situation. Sur ce point, un courant pédagogique développe l'idée selon laquelle l'enseignant doit être adapté à l'élève. Dans le même ordre d'idées, le contenu pédagogique doit être élaboré en fonction de l'élève.

 

 (2) Les méthodes de lecture fondent leur départ sur des données auditives, qui sont des sons. C'est-à-dire sur la phonétique confondue, pour les besoins de la cause, avec la phonologie. La phonétique et la phonologie figurent au nombre des sciences auxiliaires de la linguistique. De la sorte, les méthodes de lecture construisent leur départ sur des sciences auxiliaires de la linguistique plutôt que sur la linguistique elle-même. Là se trouve l'erreur qu'elles ont commise.

 

(3) Paradoxalement, les enfants savent en réalité bien peu de choses de la nature et du fonctionnement des unités linguistiques sur lesquelles ils travaillent. C'est une déficience profonde des conceptions théoriques et pédagogiques qui les sous-tendent.

 

 (4) Une langue phonologique est une langue dont les lettres de l'alphabet aussi bien isolées qu'intégrées dans les mots se prononcent comme elles se voient indépendamment du contexte et de la position.

La langue française s'exclut de cette définition ; en général, les lettres de l'alphabet ne se lisent pas de la même façon à l'état isolé qu'à l'intérieur des mots. Les méthodes de lecture font abstraction de ce phénomène qui est un des plus caractéristiques du français et dont l'effet négatif se traduit par des résultats en demi-teinte de l'apprentissage de la lecture.

 

(5) Un argument de leur occultation est qu'à la différence des autres catégories linguistiques, les lettres et les syllabes ne sont pas dotées de sens. La raison de fond est simple : la démarche pédagogique des méthodes de lecture part soit des textes soit des phrases soit des mots soit des sons et, de ce fait, elle est dans l'impossibilité d'étudier les lettres et les syllabes, c'est-à-dire les lettres et leurs combinaisons appelées la combinatoire qui est la composante centrale de la méthode de lecture en particulier du français dans lequel les lettres changent de prononciation en fonction du contexte et de la position dans les syllabes des mots. A cet égard, certaines méthodes décrites comme syllabiques et phonémiques ou phonologiques présentent l'amorce d'une combinatoire qui amalgame de manière surprenante les éléments de statut différent que sont les lettres de l'alphabet et les phonèmes comme si on pouvait mélanger des chèvres et des choux. Une absurdité, qui trahit les fondements douteux sous-jacents !

En approfondissant l'analyse, on s'aperçoit que la référence phonologique caractéristique de la quasi-totalité des méthodes de lecture s'avère incompatible avec la combinatoire pertinente. La combinatoire pertinente est celle qui se construit avec les lettres de l'alphabet du français tel qu'il se transcrit à l'heure actuelle et que les enfants peuvent lire dans tous les genres d'écrits. Les syllabes impliquées dans la combinatoire pertinente sont celles qui correspondent au modèle classique de la décomposition syllabique des mots du français et que l'on peut dénommer syllabes écrites ou encore syllabes graphiques. Or, parce que leurs bases sont à référence phonologique, les méthodes de lecture proscrivent les syllabes, surtout écrites ou graphiques, et parlent, le cas échéant, de syllabes orales ou phonologiques ou phonémiques, ce qui n'offre pas l'occasion d'étudier les règles d'assemblages des lettres de l'alphabet usuel qui forment les syllabes des mots et constituent le "noyau dur" de la combinatoire.

On a affaire, dans le cas présent, à une carence majeure supplémentaire des méthodes de lecture.

 

(6) Deux défauts majeurs sont à distinguer ici : l'occultation des règles en tant que telles et l'occultation des changements de réalisations phonétiques.