Les méthodes syllabiques non conformes aux neurosciences
avec copie à S. Dehaene, A. Giordan, F. Ramus, J.-E. Gombert et R. Goigoux

 


C’est indûment que bien des méthodes de lecture, qui se décrivent comme syllabiques et fondent leurs conceptions et leurs constructions sur la phonologie, se justifient également par la référence à S. Dehaene pour les produits de ses travaux de recherche en neurosciences de la lecture.

Telle est l’idée qui est apparue au terme de l’examen et exprimée dans le présent article.

 

Les fondements des méthodes de lecture sur la phonologie tendent à se généraliser depuis quelques années et développent des arguments réfutables (cf. le site http://www.apprentissage-lecture.com ). Les méthodes de lecture dites syllabiques ne résistent pas à la tendance générale. Elles sont critiquables sous cet aspect, mais pas seulement. Vraisemblablement parce qu’elles ne sont pas assez satisfaites par la perspective phonologique de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture, elles se tournent en particulier vers les neurosciences et, plus précisément, vers son illustre représentant S. Dehaene qui, preuve expérimentale à l’appui, défend un modèle syllabique de la pédagogie de la lecture. Le modèle rend compte des mécanismes cérébraux de l’apprentissage de la lecture. Que disent les résultats des travaux qui sous-tendent le modèle ? Que le cerveau, suite à la présentation de stimulus graphique visuel élémentaire, élabore l’impression progressive de la graphie élémentaire ou lettre de l’alphabet (les résultats des opérations se matérialisent par la création d’aires géographiques cérébrales spécialisées) d’abord et la séquence de graphies élémentaires ensuite, résultats obtenus de l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Ainsi se démontre-t-il expérimentalement que l’apprentissage de la lecture se met en place peu à peu sur la base de graphie ou lettre de l’alphabet, et non sur la base de phonie ou son, fût-ce le son de la lettre de l’alphabet. Autrement dit, la démarche part de la lettre de l’alphabet pour aller à la prononciation correspondante, et non le contraire caractéristique des méthodes syllabiques en cause qui, par ailleurs, travaillent avec deux systèmes de notation, dont l’un est phonologique et l’autre non phonologique, lesquels sont mélangés en dépit de leur profonde différence de statut théorique et constituent une source génératrice de grandes difficultés pour l’enseignement et l’apprentissage de la lecture.

Quoi qu’il en soit, les méthodes de lecture qui travaillent en partant des sons rapportés à la phonologie dans une langue non phonologique en l’occurrence le français et, en même temps, se réclament des recherches de S. Dehaene ne répondent pas aux résultats des travaux de celui-ci ; en d’autres termes, alors que par rapport au choix de partir des lettres ou des sons les résultats de S. Dehaene posent le départ des lettres, les méthodes syllabiques choisissent de partir plutôt des sons et se revendiquent malgré tout des travaux de S. Dehaene !

Sont concernées par la problématique des soubassements neuroscientifiques soulevée toutes les méthodes labellisées syllabiques qui partent des sons pour aller vers les lettres. Dans le bilan de cette orientation, le passif s’alourdit du fait qu’un son réalise diverses graphies et séquences de graphies et la question de prononciation des graphies et séquences de graphies en fonction du contexte et de la position demeure non résolue.

L’orientation empêche une organisation progressive rigoureuse et rend l’enseignement et l’apprentissage beaucoup plus compliqués que dans la démarche fondée neuroscientifiquement sur les lettres et leurs associations structurées et graduées. Ces méthodes sont qualifiées d’orales par rapport au langage parlé qui détermine leur approche, sert de point de départ pédagogique de la lecture et s’oppose au langage écrit pertinent pour démarrer et construire efficacement l’apprentissage. Elles sont non compatibles avec le mode de fonctionnement du cerveau. C’est les méthodes de lecture à étiquetage marqué le plus souvent par la racine grecque « phon- » comme dans phonétique, phonémique, phonique, phonologique, graphophonologique ou grapho-phonologique.

 

D’après les résultats des travaux de S. Dehaene, la méthode syllabique adaptée au fonctionnement du cerveau est celle qui procède des lettres de l’alphabet aux prononciations qui leur correspondent.

La méthode syllabique est la méthode de lecture qui va de la graphie à la phonie. Ou de l'image visuelle à l'image auditive.



Remarques :

Quand on observe les parents qui se servent de "méthodes syllabiques" pour enseigner à lire à leurs enfants, on découvre qu’ils partent en réalité de la présentation des lettres (aux enfants) pour aller à la prononciation. Ce n’est pas seulement parce qu’ils n’ont pas appris de phonétique ni de phonologie ; celles-ci n’y sont pas nécessaires. Le constat et l’analyse révèlent que la phonétique et la phonologie ne sont pas utiles aux enfants pour apprendre à lire ni aux enseignants pour faire acquérir la lecture. D’ailleurs, pas plus que l’étude des travaux théoriques, celle des introductions des manuels de méthodes de lecture ne montre de caractère impératif de recours à la phonétique ou à la phonologie par rapport à la conception du contenu pédagogique. Si les promoteurs de méthodes de lecture n’insistent pas outre mesure sur l’importance de la phonétique et de la phonologie, c’est parce qu’elle n’a pas de fondement réel quant à la conception et à la construction de ces méthodes, en témoignent les problèmes sérieux d'organisation et de progression auxquels celles-ci se confrontent, sans parler des difficultés d'acquisition de l'orthographe qu'elles génèrent.

Un fossé sépare les théories à bases phonétiques ou phonologiques des inventeurs des méthodes de lecture affichées syllabiques et les pratiques des parents qui les emploient : les auteurs de manuels de méthodes de lecture procèdent des sons ou phonèmes aux lettres pendant que les parents qui utilisent ces manuels partent de la perception des lettres pour aller vers la prononciation. Et pourtant, personne ne semble voir et dénoncer cette contradiction criante qui traduit simplement l’erreur de fondements scientifiques des méthodes déclarées syllabiques qui partent des sons ou phonèmes et, de ce fait, ne sont pas en adéquation avec les mécanismes de fonctionnement du cerveau au même titre que tous les supports pédagogiques de lecture qui se bâtissent à partir de la langue orale et non de la langue écrite sur laquelle sont ancrés la lecture, son enseignement et son apprentissage. De la sorte, les parents se procurent les livres de méthodes dites syllabiques, mais ils ne mettent guère en pratique les instructions données par les auteurs de ces livres, faute de formation en phonétique et en phonologie requise et surtout de pertinence de la démarche pédagogique.

 

B. Wemague

20 juillet 2009