Le sens de syllabe a changé et, avec lui, celui de méthode syllabique depuis les tentatives des années 1970 visant à adapter à la pédagogie de la lecture les acquis de la recherche en linguistique.
Dans son acception d’origine, l'expression méthode syllabique désigne, par-delà le principe d’association des lettres de l’alphabet pour former les syllabes, la procédure d'acquisition de la structure et du fonctionnement des syllabes constitutives des mots. A ce sujet, on a parlé justement de méthode syllabique notamment parce que la procédure conduit à l'habileté à distinguer les différentes syllabes des mots, condition sine qua non de l'accès à la compétence en lecture au vu de la nature et du mode de fonctionnement des langues humaines en l'espèce le français dans son état de transcription actuel.
Depuis une trentaine d’années, avec l’introduction de la phonologie et de la phonétique dans l’enseignement de la lecture, la syllabe est définie non pas selon le critère graphique respectueux du système d'écriture et du mode de découpage traditionnel des mots écrits, mais selon le critère phonétique appuyé sur le langage oral opposé au langage écrit, en arguant de la préexistence et du droit d'antériorité du langage oral au regard du langage écrit. Ainsi, la syllabe est conçue sous l’angle de la phonétique et l’on parle de syllabe phonétique, issue de l’analyse et de la segmentation de la parole en unités sonores constitutives auxquelles on tente d’associer les catégories linguistiques dans un ordre qui est celui des phrases, des mots, des syllabes et des lettres.
Une conséquence de cette conception est un modèle d’approche pédagogique qui conduit de la langue orale à la langue écrite. Le modèle est adopté, à peu d’exceptions près, par les méthodes de lecture. De la sorte, la très grande majorité des méthodes de lecture procède du langage non écrit au langage écrit, ou des sons aux lettres de l’alphabet en passant par les phonèmes (1).
Finalement, une méthode syllabique est, selon le
modèle d’approche décrit, celle dont la démarche mène des sons du langage parlé
aux lettres de l’alphabet en passant par les phonèmes.
Cette définition englobe les méthodes phonologiques, les
méthodes phonémiques (2), les méthodes mixtes, etc. Un trait commun à
l’ensemble de toutes ces méthodes est l’invalidation par les neurosciences
fondamentalement en raison de l’orientation qui part des sons pour aller vers
les signes graphiques.
La méthode linguistique de lecture est une méthode
syllabique, au sens propre,
c’est-à-dire celle qui non seulement est bâtie au moyen des lettres de
représentation actuelle du français mais encore est édifiée sur la structure
et le fonctionnement des syllabes au sein des mots et dont la démarche
part des lettres et de leurs combinaisons pour aller vers les
sons qui leur correspondent.
Elle est validée par les neurosciences, entre autres
raisons essentielles, pour sa démarche graphies-phonies.
Au bout du compte, deux points de vue opposés, phonétique
ou phonologique et linguistique, définissent le terme méthode
syllabique. L’un est fondé neuroscientifiquement, l’autre ne
l’est pas.
L’approche phonétique de la syllabe et phonologique de
la méthode syllabique complexifie l’enseignement de la lecture tout en le
privant de contenu structuré et gradué. Basée sur le principe de simplicité
et de facilité, l’approche linguistique est organisée, progressive et
complète (http://www.methode-linguistique.com).
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Linguistique, phonétique et phonologie L'étude de la notion de méthode
syllabique fait intervenir ici trois disciplines scientifiques qui
sont la linguistique, la phonétique et la phonologie. La phonétique et
la phonologie figurent dans le peloton de tête des disciplines auxiliaires de
la linguistique. Dans une optique différente, il y a une présence de la
phonétique qui est remarquée dans Livret 1b. Assemblage des lettres et
massive dans Apprendre à lire en CP, contrairement à la
phonologie qui y est absente en tant que telle. C'est parce que lorsqu'on
parle d'apprentissage de langue humaine, la phonétique est forcément
présente indépendamment du modèle de forme de représentation graphique ; en
revanche, la phonologie n'est pas nécessairement présente en raison de la
langue souvent transcrite non pas phonologiquement mais
alphabétiquement comme dans le cas du français actuel. Dans l'hypothèse
de langue transcrite phonologiquement, une conception cohérente et
rigoureuse articule harmonieusement la linguistique, la phonétique et la
phonologie, ce que nous nous attachons à faire. Finalement, le fait
remarquable en termes scientifiques se résume à une différence de
perspective et des résultats corrélatifs entre la science moderne
impuissante devant l'intégration des disciplines concernées (tantôt la
procédure
mélange la phonétique et la phonologie à travers la confusion des
notions de son et de phonème tantôt elle ne perçoit que
vaguement le rôle de la linguistique dans la pédagogie de la lecture) et
la science post-moderne qui unifie les spécialités dans leur
interconnexion et leur complémentarité par rapport à l'objectif de
construction de la méthode de lecture. |
La
recherche scientifique et universitaire a établi que l'enseignement de la
lecture part du visuel à l'auditif, ou des éléments graphiques aux éléments
phoniques.
Les méthodes syllabiques sont invalidées parce que, comme les méthodes à référence
phonologique qui les inspirent, elles procèdent de l’auditif au visuel, ou
des éléments phoniques aux éléments graphiques.
La validation de la méthode linguistique de lecture tient à sa démarche qui
conduit du visuel à l’auditif, ou du graphique au phonique, parce que ce qui
est écrit (3) constitue l’objet même de l’enseignement et de
l’apprentissage.
Remarques
: Dans
les écrits sur l’enseignement de la lecture, les auteurs, y inclus les
tenants des méthodes syllabiques, ne se prononcent jamais clairement et
nettement entre les modèles antithétiques sons-lettres et lettres-sons,
et, à un moment ou à un autre, surgit la confusion entre les deux
perspectives. En conséquence, il y a un flottement entre les deux
orientations qui, en tout état de cause, ne sauraient être réduites
l’une à l’autre (4).
Rappelons-le,
le modèle d’approche scientifiquement fondé est celui qui part des
graphies pour aller vers les phonies ou des lettres en l’occurrence les
lettres de l’alphabet pour aller vers les sons associés.
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Lettre,
syllabe et méthode syllabique Il
est un facteur qui affaiblit considérablement les méthodes de lecture et
suffit à lui seul à rendre compte du scepticisme général à leur égard.
Le facteur est constitué par le traitement inadapté de la lettre
et de la syllabe, deux entités assez marginalisées dans le champ
méthodologique et pédagogique, qui sont pourtant les unités de base de
construction du discours ou de la communication linguistique. |
Bernard WEMAGUE
Juin 2007
(1)
Dans la logique de la démarche à référence phonétique et par rapport au mot
« phonème », le terme lettre de l’alphabet est remplacé
par graphème. Parce qu’ils procèdent d’erreur, phonème et graphème
doivent être abandonnés en faveur de lettre de l’alphabet dont les
fondements sont parfaitement justifiés sous l’angle logique et pédagogique.
(2) La méthode phonémique, ou méthode syllabique nouvelle, déclare appuyer ses bases scientifiques sur les produits de la recherche de linguistique et sur ceux de l’Observatoire National de la Lecture (ONL). Elle n'a pas précisé ses rapports aux résultats de la recherche de linguistique. Pour ce qui est des acquis de la recherche de l’ONL : au plan phonologique, elle procède, comme ce dernier, des phonies aux graphies, mais rompt avec lui lorsqu’elle entreprend d’unifier en un tout phonies-graphies et graphies-phonies ; au plan psychologique et cognitif, les références ont peu de lisibilité.
(3) Je veux apprendre à lire une langue
quelconque. Que dois-je faire ? Il faut, en tout premier lieu, que la
langue soit dotée de système d’écriture (c’est ce qu’implique
nécessairement le terme apprendre à lire), à défaut de quoi le projet
devient simplement irréalisable, preuve que l’écrit est central dans
l’enseignement de la lecture. Cette condition essentielle étant remplie, je
prends possession de l’alphabet que je visualise et assimile avec l’aide
d’un instructeur compétent. Une fois le système alphabétique mémorisé, je passe à
la combinatoire, qui fournit les règles de prononciation des mots (laquelle
prononciation des mots passe par l'acquisition de la structure et du
fonctionnement des syllabes constitutives) et des
phrases en lien avec des significations et des sens. L'alphabet et la combinatoire forment
les bases du principe alphabétique et du code alphabétique.
Ce qui paraît clair, c’est que je procèderai du visuel à l’auditif ou du
graphique au phonique et du simple au complexe. Ainsi, l’enseignement de la lecture va des données
visuelles ou graphiques aux données auditives ou phoniques ainsi que des
éléments simples aux éléments complexes.
La nature et le mode de fonctionnement des langues humaines et du cerveau
obligent à procéder de cette manière.
(4)
La version de la méthode phonémique que des orthophonistes, ses concepteurs, ont dénommée
« méthode syllabique nouvelle » est une méthode à référence
phonologique. C’est donc une méthode apparentée à la méthode phonologique.
Mais, à la différence de la méthode phonologique, la méthode syllabique
nouvelle, ou méthode phonémique, engage un pari impossible qui la met dans une situation inconfortable
consistant à chercher à concilier l’inconciliable que constituent les deux
modèles d’approche complètement opposés sons-lettres et lettres-sons.
Ainsi, elle se propose de partir des sons ou phonèmes (d'où la désignation
"méthode phonémique") et, en même temps, de
faire acquérir les combinaisons des lettres de l’alphabet ! Ce n’est
évidemment pas réalisable ; c’est
soit l’une soit l’autre, mais pas simultanément les deux orientations
antagoniques !
Cela dit, un reproche à la méthode phonémique est l'ambiguïté entretenue
sur sa vocation et la dérivation de la vocation thérapeutique (traitement des
dyslexies et autres difficultés particulières d'apprentissage de la lecture)
vers la vocation pédagogique (enseignement de la lecture dans les
établissements scolaires). Une question légitime à soubassements scientifiques et méthodologiques
est alors de savoir dans quelle mesure des méthodes de traitement spécifiques peuvent
devenir des méthodes pédagogiques et être transposées en milieu scolaire.
Ces
lignes soulignent surtout la complexité au sein même des méthodes
syllabiques. Les difficultés se découvrent à travers l’analyse de contenu
des livres de lecture de méthodes syllabiques : les concepts de son et
de phonème
sont indûment introduits et confondus ; les mots ne sont pas segmentés en syllabes
afin d’offrir des repères et faciliter l’énoncé des règles de
prononciation ; il y a impasse sur l’enseignement des lettres de
l’alphabet et sur celui de la structure et du fonctionnement des syllabes. Ajoutons qu’une autre grande marque de faiblesse des méthodes
de lecture à laquelle n'échappe pas la méthode phonémique ou méthode syllabique nouvelle
est un déficit d’explicite constaté depuis la présentation. Ces
erreurs de fond appellent des interrogations sur l’efficacité réelle de la
méthode (les parents qui l'utilisent en soutien scolaire ne suivent pas
l'orientation sous-jacente et vont plutôt des lettres de l'alphabet aux
sons).