Les méthodes de lecture et la formation des maîtres en IUFM et ILFM

 


Le système éducatif français enregistre depuis la première décennie du 21ème siècle deux types d’établissement d’enseignement supérieur de formation des maîtres qui sont l’institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) et l’institut libre de formation des maîtres (ILFM), relevant du public et du privé et investis d’une même mission exprimée à travers la raison sociale.

Mais, l’opposition entre leurs méthodes pédagogiques respectives marque le débat récurrent qui agite le système éducatif. Pour l’IUFM, l’enseignement réside dans l’interactivité dont l’un des axes centraux est la discussion entre le maître et les élèves, entre les élèves eux-mêmes, entre les élèves et l’environnement social (ce qui a donné naissance à la pédagogie appelée « méthode interactive » et à ses dérivées telles « méthode intégrative »), etc. L’ILFM, quant à lui, procède « en formant les instituteurs à délivrer un enseignement explicite, structuré, progressif … », « en recourant à des méthodes d’apprentissage directes et progressives, partant du simple pour aller vers le complexe, et en vérifiant l’assimilation des savoirs par les élèves … ». 

L’origine de la profonde différence que l’on peut ainsi constater entre l’un et l’autre est d’ordre scientifique et tient au rapport de conformité au fonctionnement cortical, mental et langagier par rapport à l’apprentissage de la lecture. En effet, à l’inverse de celles de l’IUFM, les conceptions pédagogiques de l’ILFM sont mieux adaptées au mode de fonctionnement du cerveau, de la cognition et de la langue française écrite au regard de l’apprentissage de la lecture.

Le principal point commun aux deux genres d’institution demeure la fonction qui est bien définie, celle d’enseignement. Or, ainsi qu’il ressort du cours de philosophie dispensé à l’ILFM (voir en ligne), qui dit enseignement dit transmission des savoirs, lesquels sont des vérités. La notion de vérité, dans la tradition philosophique d’inspiration socratique, soulève depuis l’antiquité gréco-romaine jusqu’à l’époque contemporaine l’épineux problème de relativisme réfuté par l’ILFM et toléré par l’IUFM à l’image du système éducatif dans son ensemble qui paraît s’en accommoder, en témoigne le pluralisme pédagogique pratiqué par les enseignants d’un établissement à l’autre à tous les niveaux scolaires, illustré en l’occurrence par la diversité des méthodes d’enseignement de la lecture tant dans les IUFM que dans les écoles, non critiqué y compris par les chercheurs voire par ceux d’entre eux qui proposent leur propre méthode de lecture à côté de celles déjà existantes.

 

C’est précisément par rapport à la thèse relativiste qui, il est utile de le souligner, reste implicite dans le champ pédagogique (et même dans le domaine scientifique si l’on en juge par l’absence de critique dirigée contre la véracité de nombreux travaux divergents sur un même sujet mais non soumis à l’examen), que le cas de l’ILFM paraît tout à fait intéressant à considérer avec attention au regard de l’équation Enseignement = Transmission de vérités.

Les termes de l’équation proviennent du premier cours de philosophie de l’ILFM donné aux étudiants. Une des conclusions à en tirer est une critique et une réfutation du relativisme pédagogique. En bref, la forme de raisonnement  présentée à travers le cours n’est pas en harmonie avec, notamment, le fait de la diversité des méthodes de lecture. Un enseignement est déterminé par ses finalités et ses conditions de possibilité de déroulement dont celle qui s’avère indispensable est l’objet de la connaissance et sa légitimité et relève de l’épistémologie ; les conditions dépendent du contexte (socioculturel, économique, politique, etc.) que l’on peut par commodité rapprocher de la sociologie ; une dernière dimension de l’enseignement concerne ses finalités par rapport à l’être qu’est l’individu-élève auquel il s’adresse, et cette dimension appartient à l’anthropologie. Les cours de l’ILFM répondent en gros à cette grille interprétative et à ce schéma présentatif.

 

Sur ces bases, comment l’ILFM résout-il le problème ?

Son cours introductif est une analyse critique du relativisme pédagogique destinée à instruire les futurs maîtres, à les sensibiliser à cette doctrine et à leur donner les outils permettant d’identifier les véritables savoirs à transmettre à leurs élèves, ce qui suppose la construction d’un enseignement dont le contenu repose sur une légitimité et une crédibilité de véracité qui ne souffre pas de contestation.

 

Le mérite de l’apport de l’ILFM au plan pédagogique est une réfutation plausible du relativisme intégral et une démonstration convaincante de l’existence de vérités universelles qui forment des connaissances indiscutables transmissibles. Au reste, la complexité de la réalité est en soi un argument suffisant pour justifier la transmissibilité des connaissances. En outre, est scientifique tout savoir rationnel ou toute vérité à caractère universel. L’universalité est le trait définitoire par excellence de la science, qui commence avec le bon sens dont la sagesse populaire dit qu’il est la chose la mieux partagée. La science est l’étude de la réalité, laquelle est universelle.

Voilà pourquoi la vérité est universelle et peut être établie. En conséquence, le savoir peut être défini et transmis. C’est ce que démontre le cours de philosophie en lui-même. Il s’ensuit que si le système éducatif avait appliqué les connaissances qui sont apportées à travers le cours, la situation éducative et pédagogique actuelle serait tout autre, surtout en termes de résultats scolaires qui sont en majeure partie responsables des problèmes du système éducatif.

 

Les paragraphes précédents posent implicitement la question du rapport qu’entretiennent la philosophie et la science.

Le principe de la science est la philosophie, dont l’une des disciplines essentielles est l’épistémologie à laquelle la cogniscience, sœur jumelle de la neuroscience, a recours pour construire l’objet de la connaissance. Il se dégage de l’ensemble des cours de philosophie de l’ILFM non seulement l’épistémologie par rapport à l’élaboration du contenu pédagogique, mais encore la sociologie par rapport aux conditions de l’apprentissage qui sont à caractère social, économique, politique, culturel, etc., et l’anthropologie par rapport aux conditions de l’apprentissage qui sont notamment l’épanouissement des élèves en tant que personnes ayant des besoins et des désirs immédiats, à moyen et à long terme.

Sont ainsi présentes dans le programme de formation des maîtres à l’ILFM les trois disciplines les plus importantes de cogniscience sur lesquelles repose la pédagogie idéale, disciplines qui sont l’anthropologie, l’épistémologie et la sociologie, la plus déterminante étant l’épistémologie qui fournit l’objet du savoir, ou la vérité, à transmettre aux élèves et sans lequel il n’y a point d’enseignement.

 

Le cours procède par le rappel de la définition classique de la philosophie : recherche de la vérité.

Cette définition s’ajuste aussi à l’une des dimensions majeures qui fondent la science en tant que modèle de système général et universel d’explications et de théorisations à la fois de ce qui est et de ce qui n’est pas, c’est-à-dire modèle de système général et universel explicatif et théorique du réel. L’on peut ainsi mesurer la portée de la philosophie à tous égards et l’on comprend dès lors qu’elle ne soit pas absente non plus du programme d’enseignement à l’IUFM.

Pourtant, ses applications pratiques au secteur pédagogique ne sont guère les mêmes à l’IUFM qu’à l’ILFM et l’on pourrait éprouver un sentiment de relativisme ou être tenté d’en déduire un peu trop hâtivement le relativisme. Les cours de l’ILFM réfutent fort bien la pédagogie relativiste qui, par mauvais usage de la raison, écarte la transmission des savoirs, ce qui se vérifie en linguistique par la réponse non pertinente du contenu de la méthode de lecture pour le fonctionnement de la langue, en neuroscience par une faible appréhension du fonctionnement du cerveau au regard du contenu de la méthode de lecture, en cogniscience par une perception insuffisante du mécanisme de la pensée par rapport au contenu de la méthode de lecture.

En effet, on ne peut pas défendre sans se contredire la thèse de l’existence de multiples méthodes de lecture pour enseigner à lire et donc transmettre des savoirs ou vérités. Le contre-argument qui suffit à le prouver est le contre-exemple de la Finlande qui, à l’aide d’une méthode de lecture unique, qui est synthétique, transmet des connaissances et obtient des résultats dont l’excellence a fait de son enseignement de la lecture un modèle à imiter dans le monde entier. Ce cas, auquel s’ajoutent des résultats scolaires controversés en France et une réfutation à base de démarche de réflexion purement scientifique, montre la réfutabilité de la pédagogie relativiste et, par contraste, la plausibilité de la pédagogie par transmission explicite, structurée et progressive de connaissances générales et universelles cohérentes avec les fonctions cérébrales et cognitives.

 

L’IUFM et l’ILFM représentent une rupture entre deux visions pédagogiques, sur laquelle la philosophie et la science rendent leur verdict unanime qui doit permettre au système éducatif de fonder la légitimité de ses choix.

Les deux courants antagonistes de la pédagogie se revendiquent l’un et l’autre de la philosophie et de la science, mais il s’agit dans le cas de celui d’entre eux qui se trompe, de conceptions théoriques passibles de critiques à commencer en amont par celles de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique sous-jacentes. Quant à celui dont la véracité s’impose, la méthode de lecture impliquée se défend en prenant appui sur la philosophie et la science, tout comme celle qui est pratiquée par la Finlande, la méthode synthétique dont la forme de qualité optimale est la méthode linguistique de lecture issue du mode de fonctionnement neuronal, cognitif et langagier.

Le statut neurocogni-linguistique qualifie la méthode synthétique ou méthode linguistique pour l’apprentissage de la lecture, comme expression de la compatibilité avec le fonctionnement du cerveau, de la cognition et du langage en l’espèce la langue française et plus exactement le français écrit.

 

Le problème-clé traité en toile de fond de l’enseignement à l’ILFM est celui de l’identité et de la légitimité du contenu pédagogique. Selon cet enseignement, l’objectif de la connaissance n’est pas pertinemment identifié et n’est donc pas judicieux et crédible. En transposant l’idée dans le domaine de l’apprentissage de la lecture, cela équivaut à dire que le problème fondamental des méthodes de lecture est l’identité non pertinente de l’objet de la connaissance.

La résolution du problème conduit à des contenus d’enseignement pertinents et efficaces, ce qui représente une avancée considérable dans le domaine de l’apprentissage éducatif en général et celui de l’apprentissage de la lecture en particulier.

 

En définitive, le problème essentiel des méthodes de lecture est celui de la véracité du rapport de correspondance entre, d’une part, l’offre pédagogique qui est les propositions pédagogiques et, d’autre part, la réalité qui est le fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage et l’objet de la connaissance conséquent.

A travers la transmission du savoir qu’elle délivre, la méthode de lecture enseigne la vérité. Celle de la relation de concordance entre la formulation de jugement ou l’énoncé d’observation et la réalité.

En reprenant et en paraphrasant le cours de philosophie de l’ILFM, nous dirons que dans la mesure où « la vérité n’est pas une simple question d’opinion », toutes les méthodes de lecture, pas même seulement un certain nombre d’entre elles, ne sont pas vraies, d’où les critiques suscitées par leurs fondements scientifiques, leur forme, leur contenu, leur organisation, leur progression, leur rendement, etc. Dans cet ordre d’idées, pour la science, il ne peut y avoir qu’une méthode de lecture et une seule (ce que montre le système finnois d’enseignement de la lecture avec des résultats qui ne sont nullement remis en cause, tout au contraire), parce qu’il ne peut y avoir de vérité qui se contredit. Logique oblige !

 

Bernard WEMAGUE

04 avril 2010