Le principe alphabétique standard et le principe alphabétique réactualisé
Un concept théorique fondamental des travaux de l’Observatoire national de la lecture, parfaitement justifié et caractéristique des langues humaines à système d’écriture, est celui de principe alphabétique, que nous appelons volontiers principe alphabétique standard auquel est donnée une nouvelle interprétation de principe alphabétique réactualisé.
Le principe alphabétique réactualisé, c’est le principe alphabétique standard reconsidéré sous l’éclairage de l’analyse de l’activation du cerveau pour l’apprentissage de la lecture, c’est-à-dire de l’éclairage des résultats des travaux de neuroscience.
L’origine de la différence entre les deux versions conceptuelles du principe alphabétique s’explique par la non-référence d’un côté et la référence de l’autre au mode de fonctionnement du système nerveux pour la lecture en apprentissage.
Pour la préciser très rapidement, on prendra appui sur l’expression communément partagée y compris par l’Observatoire national de la lecture qui est lettre-son équivalant à graphie-phonie dont dérivent grapho-phonologique et grapho-phonétique (l’on peut constater la systématicité du schéma formel dans tous les cas de figure, qui n’est réellement pas le fruit du hasard !), laquelle expression se trouve correspondre, à travers son schéma même, à la logique de fonctionnement du système neuronal au vu des conclusions des recherches de neuroscience. L’occasion nous a été donnée ailleurs de montrer que derrière les notions de lettre, son, graphie, phonie, par rapport à la lecture en apprentissage, il y a l’activation du système nerveux assortie de la spécialisation des régions de l’hémisphère gauche.
Tout en concédant l’expression lettre-son et son synonyme graphie-phonie et contre la rationalité du fonctionnement du système nerveux au cours de l’apprentissage de la lecture, l’Observatoire national de la lecture procède à partir des sons pour aller vers les lettres, ce qu’il désigne du vocable de « démarche phonologique ». Dans cette vision, lettre signifie autre chose, de statut différent et dénommé phonème (voire graphème qui est encore d’une autre nature …) relevant de la phonologie, comme si la langue française était notée par des phonèmes et d’ailleurs même si cela avait été le cas, l’orientation aurait toujours été sujette à contestation en allant de l’oral vers l’écrit à l’inverse du mode de fonctionnement des réseaux neuronaux quant à l’apprentissage de la lecture.
La bonne procédure paraît celle qui est respectueuse du sens strict et de l’orientation de l’expression lettre-son dans laquelle lettre désigne l’élément de l’alphabet utilisé pour la notation graphique de la langue, ledit alphabet pouvant être phonologique comme celui du finnois ou non phonologique comme celui du français à l’heure actuelle. Le seul impératif dicté par les contraintes du cerveau est d’être une lettre ou graphie, c’est-à-dire, d’un point de vue sensoriel, un stimulus visuel plutôt qu’un stimulus auditif.
Ainsi, le principe alphabétique réactualisé réexamine le principe alphabétique standard à la lumière des données issues de l’étude de l’activité cérébrale pour l’apprentissage de la lecture.
A travers la critique dont le principe alphabétique standard fait l’objet, c’est le rôle de la phonologie qui est remis en cause dans l’enseignement de la lecture. La présence de la phonologie dans la conception pédagogique de la lecture rend compte de l’absence de travail sur les syllabes écrites (qui sont l’objet de l’encodage et donc de la connaissance) dans l’installation des processus cognitifs de connaissance, de reconnaissance et d’identification des mots écrits. La raison la plus déterminante tient à l’incompatibilité entre la phonologie et le traitement des syllabes des mots écrits à orthographe non phonologique et, de surcroît, très irrégulière.
Le principe lettre-son ou graphie-phonie, sur lequel repose la construction de l’apprentissage des syllabes écrites qui se remobilisent sur les mots écrits et permettent de les connaître, de les reconnaître et de les identifier, constitue le moteur du principe alphabétique et correspond au principe de fonctionnement du cerveau pour l’apprentissage de la lecture.
En excluant du principe alphabétique la phonologie et en tenant compte du mode de fonctionnement du cerveau ainsi que de la pensée et de la langue française écrite, on obtient, en toute logique, le modèle pédagogique neuro-cogni-linguistique de lecture baptisé méthode linguistique de lecture. Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP correspondent à l’application directe et rigoureuse du principe alphabétique exempt de phonologie et aux lois de fonctionnement du cerveau qui va de l’élément graphique à l’élément phonétique ou phonique qu’il code dans l’apprentissage de la lecture.
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La construction de l’apprentissage de la lecture comporte, en gros, quatre composantes cognitives qui sont l’encodage, le décodage, l’identification et la compréhension. La phonologie a entraîné le déficit de la composante motrice, l’encodage (ou la connaissance, explicite, qui conditionne foncièrement les autres composantes), dans le principe alphabétique standard.
Toutes les méthodes de lecture à référence phonologique sont pénalisées par le déficit évoqué qui les prive des connaissances de base indispensables en l’occurrence les syllabes écrites et la combinatoire qu’elles induisent et les rend inadaptées à leur finalité. Sur ce point, dans les travaux scientifiques, le processus d’encodage n’est pas traité au même titre que les autres, c’est-à-dire comme une composante pleine et entière dont la nécessité est commandée par ce qui est donné à savoir, et c’est à ce niveau que les problèmes théoriques et pédagogiques commencent. Ils ne se posent pas dans le principe alphabétique réactualisé impliqué par le mode de fonctionnement du cerveau pour l’apprentissage de la lecture.
Bernard Wemague
22 décembre 2010