Le principe alphabétique et le déchiffrage

 

Le principe alphabétique et le déchiffrage sont deux aspects complémentaires d’importance décisive pour l’apprentissage de la lecture. Le principe alphabétique offre la possibilité de mettre en place le code écrit tandis que le déchiffrage permet de se servir correctement du code écrit et, en définitive, de lire les mots écrits, activité cognitive qui consiste à discriminer les unités dans les mots écrits (1), à les prononcer et éventuellement à accéder à la signification de ces mots. 
La maîtrise du principe alphabétique conditionne l’acquisition de la capacité de déchiffrage.
A cause de leurs conceptions peu cohérentes avec le fonctionnement du cerveau, de la pensée et de la langue française écrite, les méthodes de lecture permettent très difficilement de maîtriser le principe alphabétique et d’acquérir la capacité de déchiffrage des mots écrits et, finalement, de s’approprier l’apprentissage de la lecture. C’est l’explication plausible que l’on peut donner à l’échec scolaire actuel en lecture.

  Après le problème du principe alphabétique, celui du déchiffrage des mots écrits est le plus crucial à résoudre par rapport à l’apprentissage de la lecture.

La méthode globale et les méthodes apparentées ont fait l’impasse non seulement sur le principe alphabétique, mais encore sur le déchiffrage des mots écrits et, en sous-jacence, sur le traitement des syllabes écrites (2) depuis les années 1975, ce qui a conduit naturellement aux problèmes de déchiffrage, de compréhension, d’orthographe, d’illettrisme, de dyslexie.

S’inscrivant vers les années 2000 en rupture avec les hypothèses qui sous-tendent la méthode globale et les méthodes associées, l’Observatoire national de la lecture, organisme scientifique relevant du Ministère de l’Education nationale, a placé à juste titre le principe alphabétique et le déchiffrage des mots écrits au centre de ses travaux.
En même temps, l’Observatoire national de la lecture a indûment introduit la phonologie dans la conception du principe alphabétique de la langue française dont l’orthographe n’est pas phonologique (3) et, ce faisant, il a mélangé au sein d’une même langue deux systèmes d’alphabet de statut complètement différent, ce qui a pour effet de compliquer singulièrement l’apprentissage du principe alphabétique, l’apprentissage du déchiffrage et finalement l’apprentissage de la lecture ; de plus, non seulement cela a pour conséquence d’embrouiller les élèves, mais encore et surtout la démarche pédagogique s’avère non cohérente avec le fonctionnement du cerveau pour l’apprentissage de la lecture. Une langue ne fonctionne pas avec deux systèmes d’alphabet de surcroît opposés ; ce ne peut être que source de difficultés supplémentaires (4).
Au bout du compte, pas plus que les apports de la méthode globale et de ses dérivées, ceux de l’Observatoire national de la lecture n’ont pas permis de résoudre le problème d’apprentissage du principe alphabétique et du déchiffrage des mots écrits en matière d’apprentissage de la lecture.
Comme la méthode globale et ses dérivées, l’Observatoire national de la lecture ne traite pas les syllabes écrites et donc pas le principe d’organisation et de fonctionnement internes des mots écrits. Il en résulte des difficultés considérables de déchiffrage des mots. Un contenu d’enseignement de la lecture qui ne comporte pas de travail sur les lettres et les syllabes induit d’extrêmes difficultés, dans la mesure où une langue écrite est bâtie à l’aide des lettres et des syllabes. Une autre erreur de taille qui est commise par l’Observatoire national de la lecture et qui est un héritage de la méthode globale est un déficit de traitement des lettres et des syllabes. Les langues humaines écrites fonctionnent avec les lettres et les syllabes (qui constituent les socles de construction de leurs autres catégories d'unités) et c’est précisément pour les lettres et les syllabes que le cerveau fonctionne en matière d’apprentissage de la lecture.

La méthode linguistique de lecture conçoit un principe alphabétique et un mode de déchiffrage des mots écrits en cohérence avec le fonctionnement du cerveau et la pensée ainsi que de la langue française écrite, construits sur la composition interne des mots écrits, lequel principe alphabétique est axé sur la combinatoire demeurée mal connue et très peu pratiquée.
Centrée sur l’étude du code en liaison avec le sens, ainsi qu’il ressort de Livret 1a. Lettres de l’alphabet et Livret 1b. Assemblage des lettres, la méthode linguistique de lecture exclut de manière inhérente les problèmes de déchiffrage et, par suite, tous ceux qui en découlent (à savoir la compréhension, l’orthographe, l’illettrisme, la dyslexie, etc.).
Livret 1b. Assemblage des lettres apporte les connaissances essentielles du principe alphabétique qui assurent la capacité de déchiffrage des mots écrits menant à la maîtrise de l’apprentissage de la lecture.

Les prérequis indispensables à la maîtrise de la lecture sont le principe alphabétique et le déchiffrage dont la caractéristique commune est de se construire sur les lettres et les syllabes, définies comme étant des constantes distributives sur les mots écrits.
Leurs contenus matériels sont déterminés par le mode de fonctionnement du cerveau, de la pensée et de la langue française qui en garantit la pertinence et l’efficacité (5).

Bernard Wemague
15 avril 2011

___________________________________________________________________________________________

(1) La capacité à discriminer les mots s’obtient par l’installation et l’acquisition du principe alphabétique. La mise en place du principe alphabétique s’effectue dans le cadre de la construction de l’assemblage des lettres, c’est-à-dire la réalisation de la combinatoire. Le travail d’assemblage des lettres constitue l’occasion d’acquérir l’apprentissage et la connaissance des constantes distributives des mots et de pouvoir par là même parvenir à la reconnaissance des mots. Rappelons que les mots se reconnaissent à des constantes distributives qui sont des syllabes, assemblages spécifiques des lettres.

 (2) La méthode globale et les méthodes apparentées laissent de côté le traitement des lettres et des syllabes au nom d’arguments discutables selon lesquels les mots seraient des images visuelles indivisibles, les lettres et les syllabes seraient dépourvues de sens, etc.

(3) Ceci n’aurait d’ailleurs rien changé par rapport à l’erreur signalée. Les raisons qui ont conduit l’Observatoire national de la lecture à postuler la présence de la phonologie dans l’apprentissage de la lecture de la langue française qui n’est pas transcrite phonologiquement sont contestables à la lumière des résultats des travaux de recherche de neuroscience sur le fonctionnement du cerveau pour l’apprentissage de la lecture.

(4) Les parents, sans parler de nombreux enseignants, n’ont pas recours à la phonologie et parviennent cependant à faire apprendre à lire avec un net succès à leurs enfants. Ce constat montre tout simplement que la phonologie n’est pas nécessaire à l’enseignement et a fortiori à l’apprentissage de la lecture. La phonologie facilite l’enseignement et l’apprentissage de la lecture lorsque la langue est transcrite phonologiquement, ce qui n’est pas le cas de la langue française actuelle.

(5) Comparés à ceux des autres matières scolaires, les contenus d’enseignement des méthodes de lecture présentent de très sérieux déficits d’organisation et de progression, d’autant plus qu’ils ne sont pas appuyés rigoureusement sur le fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage. C’est une conception des contenus pédagogiques du principe alphabétique sur la base du fonctionnement du cerveau, de la pensée et de la langue française écrite qui rend possibles et fonde leur organisation et leur progression réelles et rigoureuses telles qu’elles apparaissent dans Livret 1b. Assemblage des lettres.