Le
principe alphabétique et le code alphabétique
La problématique soulevée ici est celle de la relation
entre, d'une part, le principe alphabétique et le code alphabétique et,
d'autre part, les méthodes de lecture et, bien entendu, les implications de
cette relation au plan pédagogique. Précisons en commençant que, par rapport au qualificatif alphabétique, les
termes principe alphabétique et code alphabétique restent
ambigus. Leur sens change suivant qu'alphabétique fait référence au
système de signes graphiques traditionnel qui est non phonétique ou, au
contraire, au système de signes graphiques moderne qui est phonétique et issu
de l'alphabet phonétique international inventé par l'Association
phonétique internationale il y a à peu près deux siècles.
Dans le cas du système traditionnel, les lettres subissent des
changements de prononciation en fonction de la position et de l'environnement
tandis que dans le cas du système moderne, elles sont réalisées telles
quelles dans les mots de la langue écrite beaucoup plus concernée que la
langue orale par l'enseignement de la lecture.
Dans tous les cas, il s'agit d'un ensemble fini de signes graphiques
conventionnels, ou alphabet, destiné à noter les éléments phoniques des
langues naturelles et l'on parle alors de lettres de l'alphabet, pouvant présenter
un caractère phonétique ou non.
Or, la plupart des langues actuelles, comme le français, dont l'écriture est
antérieure à la création de l'alphabet phonétique international, utilisent
le système traditionnel, ou alphabet traditionnel, qui est l'alphabet usuel.
En conséquence, lorsqu'on parle d'alphabet traditionnel ou usuel,
c'est en opposition à alphabet moderne ou phonétique qui relève de l'alphabet
phonétique international.
Finalement, le terme lettre de l'alphabet est recouvert aussi bien par alphabet
traditionnel que par alphabet phonétique ; de la même manière,
l'expression alphabet phonétique est recouverte à la fois par principe
alphabétique et par code alphabétique. Pour la langue française
ici concernée au premier chef, alphabet doit s'entendre alphabet
traditionnel, correspondant au système d'écriture en usage à l'heure
actuelle.
Le principe alphabétique est le principe qui consiste,
pour les langues humaines à système d'écriture, à se servir d'un ensemble de
symboles graphiques pour représenter leurs éléments.
Le code alphabétique est le système de signes graphiques sur lequel
repose le principe alphabétique. Les éléments du système sont soumis à une
organisation spécifique pour donner lieu à un deuxième ordre d'unités
appelées syllabes permettant la construction des autres ordres d'unités
qui sont les mots, les phrases et les textes. L'opération
d'organisation est désignée du nom de combinatoire et, son processus
d'installation en mémoire, de celui d'encodage. Poumon du code alphabétique, la
combinatoire est l'association des signes graphiques, ou lettres de l'alphabet,
pour constituer les syllabes des mots destinés à la formation des phrases à
l'aide desquelles sont construits les textes. Le principe fondamental de la
combinatoire est le traitement de la structure et du fonctionnement
des syllabes (1) au sein des mots et donc des phrases et des textes. C'est
l'objet de Livret 1a. Lettres de l'alphabet, Livret 1b. Assemblage des
lettres et Apprendre à lire en CP présentés sur http://www.methode-linguistique.com
.
Au cœur du questionnement sur la méthode de lecture se trouve le mode
d’approche pédagogique qui dépend de la conception du code alphabétique et
conditionne l'organisation et la progression du contenu de ce dernier compte
tenu de la nature et du fonctionnement du cerveau et des langues humaines.
Par rapport à l'enseignement de la lecture du français aujourd'hui, le code alphabétique
a un double sens, celui qui réfère à l'alphabet traditionnel qui est
l'alphabet actuel et celui qui réfère à l'alphabet phonologique
inspiré de l'alphabet phonétique international et censé servir de cadre
pédagogique à la lecture.
Le code alphabétique est la partie centrale de la méthode de lecture pour
autant qu'il fournit le contenu matériel qui est porteur de signification dont
provient la compréhension. A cet égard, par
rapport à la finalité ultime que représente la compréhension, l’activité
d’apprentissage de la lecture est axée sur les unités constitutives (lettres
et syllabes) des mots qui sont eux-mêmes des unités de signification dans la
communication linguistique. L’expression code alphabétique résume
à elle seule le principe essentiel du contenu de la méthode de lecture ;
c’est souligner son enjeu capital dans le parcours d’apprentissage de la
lecture.
Mais, que signifie réellement le terme et quel est le code alphabétique
judicieux entre les deux approches antagoniques que sont schématiquement
sons-lettres et lettres-sons correspondant à deux points de vue qui sont
phonologique et linguistique respectivement ? Il dépend du point de vue
considéré sachant que dans son acception
première (2), il est, d’une part, le système de règles
de composition dans un ordre contraignant des lettres de l’alphabet
pour former les syllabes des mots écrits et, d’autre part, la prononciation
associée à cette composition.
Le point de vue phonologique est né d’une erreur
de compréhension et d’application (3), à la pédagogie de la lecture, des résultats
de la recherche en linguistique.
Il pose que l’approche pédagogique de la lecture part de l’analyse du
langage oral en divers ordres d’unités sonores constitutives auxquels on fait
associer ceux du langage écrit, aux motifs légers que la construction du langage
oral est antérieure à l’acquisition du langage écrit et que l'enfant
connaît la langue puisqu'il la parle, arguments dont la réfutation est
amorcée dans des articles du présent site ! En résumé, il mène
des sons aux lettres en transitant par les phonèmes. Ce faisant, il témoigne d’une méconnaissance de la nature et du mode de
fonctionnement du langage oral et du langage écrit. C’est également ignorer
que le procédé pédagogique qui va du langage oral au langage écrit est
contraire aux lois de fonctionnement des circuits cérébraux au regard de
l’apprentissage de la lecture, raison pour laquelle il n’est pas validé par
les neurosciences à travers l’imagerie par résonance magnétique du
traitement des données au cours du processus d’apprentissage (4).
C'est
quelques-unes des raisons pour lesquelles,
indépendamment
de l’erreur à l'origine de la procédure phonologique qui conduit du langage
oral au langage écrit, la méthode d’enseignement de la lecture
se devait de partir de l'alphabet usuel et donc de se centrer sur la langue française telle
qu’elle se transcrit en ce moment et d'aller neuroscientifiquement
de la langue écrite à la langue orale.
Le point de vue linguistique, présenté dans Livret
1a. Lettres de l’alphabet, est l’antithèse exacte du point de vue
phonologique. Il commence par la contestation, sous l’angle logique, de
l’intrusion de la phonologie dans une langue en l’espèce le français qui
se transcrit plutôt avec des lettres de l’alphabet traditionnel qu’avec des
phonèmes.
Voilà pourquoi le point de vue linguistique conserve à l’expression code
alphabétique le sens originel et littéral qui est aussi le plus approprié
en termes opérationnels : système de règles
d’associations entre, d’un côté, les lettres de l’alphabet et leurs
combinaisons et, de l’autre côté, les sons qui correspondent à ces lettres
et leurs combinaisons. En somme, il s’agit de la manière dont les
lettres de l’alphabet sont assemblées pour former les syllabes des mots écrits
de la langue et de la manière dont elles se prononcent.
A
ce propos, dans
une conception linguistique du code alphabétique
et par rapport à la combinatoire, trois
notions essentielles se trouvent au coeur de la démarche d'apprentissage de la lecture :
1) La syllabe :
l’enfant observe le
groupe
défini de lettres concernées.
2) La structure : l’enfant mémorise le
groupe ordonné de lettres en présence.
3) Le fonctionnement : l’enfant associe le
groupe défini et
ordonné de
lettres impliquées
et la réalisation phonétique
correspondante.
En passant à côté de ces fondamentaux, les méthodes de lecture se sont
vouées aux difficultés
d'apprentissage qui
ont préoccupé tous les gouvernements et conduit à de multiples réformes
dont la dernière en date en même temps que la plus ambitieuse demeure
celle de 2006 puisqu'elle prône fort justement le retour à la méthode
syllabique ou alphabétique impliquant l'abandon de celles déjà en usage.
A travers la notion de règle, la définition du code
alphabétique esquissée ci-dessus s’inscrit dans la conception théorique
fondamentale contemporaine de la linguistique, laquelle notion est précisément
celle que les tenants du point de vue phonologique n’ont pas réussi à
percevoir et à mettre en œuvre dans la théorie et la pratique pédagogique de
la lecture. Ajoutons que le point de vue phonologique ne permet pas
d’organiser, surtout de manière progressive, le contenu matériel de
l’apprentissage de la lecture. A l’inverse, le point de vue linguistique se
distingue par une organisation et une progression rigoureusement logiques du matériau
d’enseignement de la lecture.
Un autre fait est intéressant à signaler au passif du point de vue
phonologique. Les adeptes de cette position ont développé à juste titre le
concept de décodage en matière d’apprentissage de la lecture et évacué celui
d’encodage, qui en est le présupposé théorique logique et c’est une
question de méthodologie de la recherche scientifique. Cette faiblesse
dialectique est à l’origine des difficultés actuelles (5).
En bref, deux
facteurs décisifs, dont le second découle du premier, sont au centre des difficultés
des méthodes de lecture et rendent compte de l'état actuel de ces
méthodes :
Pour comprendre, dans une perspective plutôt linguistique,
la place de tout premier plan du code alphabétique, c’est-à-dire
essentiellement celle des lettres de l’alphabet et celle de la combinatoire, dans
le parcours d’apprentissage de la lecture, il faut connaître la nature et le
mécanisme de fonctionnement du cerveau et des langues humaines.
Il ressort du paragraphe qui précède que deux éléments-clés sont à la base du code
alphabétique : les lettres de l’alphabet et l’assemblage des
lettres de l’alphabet. C'est précisément du traitement inapproprié de ces
données que partent les difficultés de toutes les méthodes de lecture. En
effet, les
défauts les plus graves des méthodes de lecture,
toutes tendances confondues, consistent à ne pas enseigner les lettres de l’alphabet usuel
et à ne pas enseigner l’assemblage des lettres de l’alphabet et, à
travers ces aspects, à ne pas faire acquérir le mode d'organisation et de fonctionnement des
syllabes qui constituent les mots.
Sur ce point, à l’observation et à l’analyse, ce que les parents s'appliquent avec raison
à enseigner
à leur enfant, c’est finalement les lettres de l’alphabet et leur
assemblage. D’où le Livret 1a. Lettres de l’alphabet et le Livret
1b. Assemblage des lettres ainsi qu'Apprendre à lire en CP, conçus
initialement dans l'intention de leur venir en aide dans la tâche.
Parce qu'elles sont à référence phonologique et à point de départ phonétique,
les méthodes de lecture excluent de fait l’enseignement des lettres de
l’alphabet actuel et, dans les meilleurs cas et de manière quelque peu forcée ou artificielle
(6),
proposent une combinatoire assez rudimentaire. De là, la situation qui a conduit
nécessairement à des réformes successives jusqu'à la dernière en date,
celle de 2006, qui est en rupture totale avec les méthodes en
vigueur. Car, tenir à l’écart de
l'apprentissage de la lecture l’enseignement des lettres de l’alphabet en
usage et
celui de la combinatoire et, en définitive, ne pas inscrire l'acquisition du
principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes des mots au coeur du projet
pédagogique, c’est vider le code alphabétique de sa substance (7). Ainsi, les
carences majeures des méthodes de lecture sont l’absence d’enseignement des
lettres de l’alphabet usuel, de la combinatoire et, en somme, l'absence
d'enseignement du principe d'organisation et de
fonctionnement des syllabes au sein des mots, tous aspects qui, convenablement
conçus et mis en application, offrent comme il se doit un contenu pédagogique organisé, progressif et complet
ainsi qu'il ressort de Livret 1b. Assemblage des lettres et d'Apprendre
à lire en CP ; dans le même sens, Livret 1a. Lettres de l'alphabet et
Livret 4. La syllabe et le mot sont les meilleurs outils de présentation du
principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes dans les mots (voir des exemples
sur le site http://www.methode-linguistique.com).
L'ensemble des considérations qui précèdent constitue
les causes profondes de l'inadéquation des méthodes de lecture qui se résume
à travers les paragraphes ci-après.
En dépit du nombre important de
méthodes de lecture disponibles, le Ministre de l'Éducation nationale en
a proposé une nouvelle à travers les réformes effectuées en
2006. Ces réformes radicales supposent qu'aucune des méthodes qui existent
déjà ne donne satisfaction. Cette faillite
générale s'explique.
Parce que, contre les exigences de la
nature et du mode de fonctionnement du cerveau et des langues humaines, l'alphabet et leurs
combinaisons et finalement l'organisation des mots en syllabes et celle
des syllabes en lettres ne sont pas enseignés à l'apprenti-lecteur, celui-ci devient
incapable de distinguer les différentes syllabes des mots, de connaître
la structure des syllabes et il ignore les règles de prononciation qui
gouvernent le fonctionnement des éléments de cette structure.
En fin de compte, l'inadéquation des
méthodes pédagogiques de lecture tient à la non-acquisition des lettres
de l'alphabet, des combinaisons des lettres de l'alphabet, de la
structure des syllabes des mots, des règles phonétiques sous-jacentes au
fonctionnement des éléments de la structure des syllabes des mots.
Cela posé et sans
prétention à l'exhaustivité, un autre aspect majeur de l'inadéquation des
méthodes de lecture se doit d'être signalé.
Les changements de réalisations phonétiques des signes graphiques actuels
selon le contexte et la position dans le mot et donc dans la syllabe sont un
phénomène très caractéristique de la langue française qui est ignoré par
les méthodes de lecture en général et les méthodes phonologiques et
apparentées en particulier. En n'incluant pas l'étude formelle d'un
phénomène aussi marquant que les changements de comportement des lettres
alphabétiques au sein du mot (par exemple, la lettre "e" dans
"effervescence" donnant syllabiquement "ef fer ves cen ce"
permettant l'énonciation des règles de réalisations phonétiques) et plus
précisément dans la syllabe, les méthodes de lecture devenaient par là même
sujettes à caution, sans parler d'autres causes rédhibitoires comme celles qui
sont liées directement aux exigences de la nature et du mode de fonctionnement
du cerveau et des langues humaines.
Or, c'est au niveau de la syllabe en tant que socle de construction du mot que
le phénomène de variations phonétiques des lettres de l'alphabet usuel se traite correctement par la formulation des règles, celles de
prononciation.
En conclusion,
la composante essentielle de la méthode
de lecture est le code alphabétique, dont les deux socles sont les lettres de
l’alphabet et leur assemblage, c’est-à-dire les lettres de
l’alphabet et leurs combinaisons qui constituent les syllabes, unités
linguistiques pourvues de structure et de fonctionnement régi par des règles
de prononciation qui doivent être explicites et formulées avec clarté, simplicité et
généralité.
Livret 1a. Lettres de l’alphabet, Livret 1b. Assemblage des lettres,
Livret 4. La syllabe et le mot et Apprendre à lire en CP
(présentés sur le site http://www.methode-linguistique.com
) y sont
spécifiquement réservés.
Bernard WEMAGUE
Juin 2007
NOTA :
Pour plus de précisions notamment sur le principe alphabétique et le code
alphabétique, il convient de se reporter aux explications fournies dans
Livret 1a. Lettres de l’alphabet.
(1) Comme
le terme méthode syllabique depuis l’avènement de la méthode
phonologique qui opère plutôt avec les unités linguistiques porteuses de
signification dans l'optique du langage oral, le mot syllabe, ainsi que lettre,
a été marginalisé dans les discours scientifiques et pédagogiques sur la
lecture avant de se voir assigner une tout autre signification. Sa réhabilitation
est liée à celle de la méthode syllabique. Un problème de fond se pose
lorsqu’on sait que la méthode syllabique partage la démarche de la méthode
phonologique et que le mot syllabe sous-entend « phonologique » et
« phonétique » (puisqu’on se place dans la perspective du langage
parlé).
Le problème de la méthode syllabique est le postulat d’une démarche à référence
phonologique sur une base de données non phonologiques !
La méthode linguistique de lecture est bâtie sur la syllabe non phonologique
ou non phonétique qui est celle de la langue française à l’heure actuelle.
Dans la mesure où leur conception et
leur construction excluent l'enseignement de l'alphabet usuel ainsi que celui du
principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes des mots, les méthodes
de lecture se sont retrouvées sans contenu basé sur des critères bien
définis et susceptible d'organisation et de progression.
(2)
Par rapport aux langues à tradition d’écriture ancienne, la conception à référence
phonologique de l’alphabet est assez récente.
(3)
Un article apportera la démonstration de l’erreur en cause. Pour l’instant,
qu’il suffise de constater que les résultats de la recherche en neurosciences
s'inscrivent contre les méthodes phonologiques et apparentées. Par
l'expression méthodes phonologiques et apparentées, nous désignons
toutes les méthodes de lecture qui partent des sons pour aller vers les lettres
de l'alphabet usuel en passant par les phonèmes.
(4) Dans les résultats de leurs travaux, les scientifiques ont raison de s'accorder sur le rôle déterminant du code alphabétique par rapport à l'accès à la maîtrise de la lecture, mais se trompent sur l'approche pédagogique qui conduit des phonies aux graphies. Pour les neurosciences et la linguistique, la démarche d'enseignement de la lecture va de la forme graphique à la forme phonique. Autrement dit, elle repose sur la langue écrite qui doit en être le point de départ. Elle se centre alors sur les structures de la langue, à commencer par celles des mots écrits et, à l'intérieur des mots écrits, sur celles des syllabes en tant que base de construction de l'unité minimale sémantique qu'est le mot. Les données élémentaires et fondamentales à traiter, c'est la structure et le fonctionnement des syllabes qui sont les constituants du mot.
(5)
En matière d’apprentissage de la lecture, un fossé profond se creuse
entre les pratiques parentales et les pratiques scolaires, et ceci explique
pourquoi nombre d'enseignants ne sont pas favorables à l'apprentissage de la
lecture à la maison. En famille en effet, les
parents apprennent à lire à leur enfant en partant des lettres de l’alphabet
usuel pour aller vers les sons, c’est-à-dire en procédant de la langue écrite à
la langue orale, comme le suggère le terme même apprendre à lire et
comme le montrent les résultats actuels de la recherche scientifique. En
classe, bien au contraire, les enseignants, avec les méthodes (phonologiques, phonétiques, phonémiques,
mixtes …) mises à leur
disposition, procèdent des sons vers les phonèmes puis les lettres de l’alphabet
usuel, c’est-à-dire
qu’ils vont de la langue orale à la langue écrite. Or, la démarche est
neuroscientifiquement validée dans le premier cas et non validée dans le
dernier. Cela revient à dire que les méthodes de lecture qui vont des sons aux
lettres de l’alphabet ne sont pas justifiées et, par conséquent, que le système
éducatif pratique des méthodes de lecture non fondées qui, de ce fait,
doivent être abandonnées.
Il ressort de ces brèves considérations que les méthodes de lecture en usage
dans les établissements scolaires ne sont pas légitimes (d’où la situation
difficile que traverse l’apprentissage de la lecture à l’école) et que,
comme nous l’avons déjà fait remarquer dans un texte précédent, c’est
l’esprit de discernement et le dévouement des institutrices et des
instituteurs qui suppléent aux carences profondes des méthodes utilisées.
On comprend dès lors pourquoi l’autorité pédagogique du Ministre de l’Éducation
nationale a été fragilisée auprès des parents et des enseignants, lesquels
ne cachent pas leur défiance vis-à-vis de nouveaux programmes officiels malgré
des apports tout à fait intéressants. Dans une évocation des réformes répétitives
des programmes scolaires et de la défiance précisément qu’elles suscitent,
le Ministre de l’Éducation nationale Luc Ferry avait constaté avec regret le
« discrédit de la parole de l’État ». La fausseté (révélée
également à travers les résultats de l’apprentissage de la lecture) des méthodes
de lecture employées dans les écoles que nous avons établie a contribué de
toute évidence à ce discrédit.
L’essentiel du contenu de la méthode de lecture tient dans le code alphabétique.
Dans le meilleur des cas pourtant, il reste très sommaire et inorganisé.
Telles sont les conclusions des travaux dont est issue la méthode
linguistique de lecture qui se veut aussi structurée, progressive et complète
que possible sur la base d’une théorie profondément renouvelée de la pédagogie
de la lecture, celle de connaissances formelles fondées sur des règles explicites simples et générales.
(6) Partir des sons dans l'enseignement des combinaisons des lettres de l'alphabet ne relève pas d'une logique pédagogique cohérente et rigoureuse. En somme, l'approche à référence phonétique n'est pas compatible avec le principe de combinaison des lettres de l'alphabet usuel de la langue française. D'ailleurs, les résultats de la recherche en neurosciences s'opposent à l'approche à référence phonétique. Sous cet angle, rappelons-le, quel que soit le système de transcription d'une langue humaine, la démarche pédagogique doit conduire des signes graphiques aux signes phoniques.
(7) A la première étape décisive du processus, l'apprentissage de la lecture se construit sur le mot, et, au sein du mot, sur la base qui est la syllabe. En conséquence, la syllabe est la base de constitution du mot. Sous un rapport différent, la syllabe est la base de l'unité minimale sémantique, c'est-à-dire celle du mot. La construction s'effectue alors sur cette base ! Finalement, l'apprentissage de la lecture s'édifie sur la structure et le fonctionnement de la syllabe. Cette donnée fondamentale échappe aux méthodes de lecture et rend compte des grandes difficultés dans lesquelles elles se trouvent.