Le principe alphabétique et la phonologie
La présence de la phonologie dans l’apprentissage de la lecture du français,
langue à système graphique non phonologique, paraît illogique et s'explique
par une mauvaise transposition des résultats de la recherche en linguistique à
la didactique de la lecture.
|
Les méthodes de
lecture à fondements phonologiques se trouvent invalidées
neuroscientifiquement. |
Dans ce contexte, la signification
du terme principe alphabétique s’oppose à celle à laquelle elle
donne à penser de prime abord. En effet, au sens propre, l'expression principe
alphabétique dénote la composition des lettres de l’alphabet pour
constituer les syllabes des mots écrits, précisément ceux de la langue française
dans son état de notation usuelle.
Au contraire et dans une
conception phonologique de la pédagogie de la lecture qui tend chez certains à
l'assimiler à code alphabétique, le terme principe
alphabétique sert à désigner, comme l'expression code
alphabétique, le système de règles de correspondances
entre la parole et l’écrit, ou entre la phonie et la graphie, c’est-à-dire
entre le langage oral et le langage écrit.
En bref, le principe alphabétique conduit des sons de la parole aux lettres de
l’alphabet en passant par les phonèmes, la notion de « phonème »
introduisant la phonologie dans l’enseignement de la lecture d’une langue à
transcription non phonologique !
Dans le même ordre d’idées, le vocable « syllabe » a un sens à
connotation plutôt phonologique et donc inadapté à l’état de transcription
aujourd’hui de la langue française.
On tient dans ce décalage une des principales sources de difficultés des méthodes
de lecture, qu’elles soient non syllabiques ou syllabiques.
Voilà pourquoi une confusion est enregistrée dans les discours des tenants de la méthode syllabique par rapport à l’approche lettres-sons ou sons-lettres. La tendance la plus marquée à cet égard est en faveur de l’approche pédagogique sons-lettres récusée (1) par l’état présent des connaissances notamment en neurosciences. Au reste, le rapprochement entre principe alphabétique et phonème dans une langue à écriture non phonologique laisse perplexe. Sur ce point, il est frappant de voir que les méthodes phonologiques et apparentées emploient rarement les notions synonymes de combinatoire et d’encodage, qui expriment les associations des lettres de l’alphabet pour former les syllabes.
|
Logiquement et comme
l’expression le suggère d’elle-même dans la langue française, le
code alphabétique doit
se construire sur l’acquisition préalable des lettres de l’alphabet usuel
;
or, ce n’est pas le cas en ce moment. La conception phonologique de la pédagogie
de la lecture n’intègre pas l’enseignement des lettres de
l’alphabet dans son modèle d’approche et c’est une erreur au vu de
la nature et du mode de fonctionnement des langues humaines en
l’occurrence la langue française dont le système de transcription
actuel pose de sérieux problèmes d’irrégularités. D’où une défiance
générale vis-à-vis des méthodes de lecture ! |
Remarques.-
De même qu'elle est transcrite aujourd'hui par les lettres de l'alphabet non
phonologique et que
sa méthode linguistique de lecture démarre de ce fait par les lettres de
l'alphabet non phonologique, de même le jour où la langue française aura été transcrite par
des phonèmes, la méthode de lecture devra débuter par les lettres de
l’alphabet phonologique (et non par les sons ...) (2), sous peine
d’invalidation par les neurosciences. Pour être valable, la méthode de
lecture doit engager l'enseignement par l’alphabet y compris par l'alphabet
phonétique ou phonologique et conséquemment partir des graphies pour aller
vers les phonies. C’est l'absolue exigence des neurosciences, qui valident le
modèle pédagogique qui conduit de la représentation graphique à la réalisation
phonétique qui lui est associée de manière habituelle. Pareillement, la
linguistique impose de façon impérative le même type d'approche pédagogique.
Ce qu'il faut comprendre est que la langue française
est transcrite à l'heure actuelle par les lettres de l'alphabet et que pour
cette raison précise, l'enseignement de la lecture doit partir de la découverte
des lettres de l'alphabet et, en définitive, de la découverte de la forme de
représentation graphique. C'est une question de logique et c'est à ce titre
que la procédure est validée par les neurosciences.
|
Présupposés erronés
des méthodes phonologiques et apparentées Diverses manières permettent de récuser
les méthodes pédagogiques de lecture à départ phonique ; en voici
une, issue de la méthodologie de recherche scientifique post-moderne.
Elle repose sur la découverte et l’étude des propositions primitives
qui constituent le fait générateur des méthodes à référence
phonologique. On en retient trois. I. L’enfant connaît les sons de sa
langue. Dire que l’enfant « connaît »
les sons de sa langue relève d’une conception empiriste et intuitive et
nous allons le montrer à l’aide d’un exemple rapidement commenté.
Soient les deux transcriptions A et B suivantes dont la première est
phonétique et phonologique et, la seconde, alphabétique : |
Bernard WEMAGUE
Juin 2007
(1) L’étude des champs lexicaux et sémantiques révèle
la coexistence de deux options antagoniques chez nombre de tenants des méthodes
syllabiques : sons-lettres, allant des sons aux lettres et lettres-sons,
allant des lettres aux sons. Dans la littérature, le clivage n’est pas
nettement marqué entre les deux procédures. Même dans les méthodes
phonologiques, l’emploi interchangeable des deux expressions est révélateur
de cette faiblesse qui condamne les méthodes phonologiques et les méthodes
apparentées, c’est-à-dire toutes celles dont l’approche mène des sons aux
lettres de l’alphabet en passant par les phonèmes.
(2) Signalons au passage que les difficultés que
rencontrent les méthodes phonologiques et dérivées se traduisent, entre
autres, par une confusion entre deux notions distinctes, son et phonème, qui
appartiennent à deux domaines de connaissances distincts, la phonétique et la
phonologie.