Le point central de l’innovation de la méthode linguistique de lecture :
le
traitement des syllabes écrites
avec copie à S. Dehaene, A. Giordan,
J.-E. Gombert, F. Ramus, R. Goigoux
L’intérêt du traitement des syllabes écrites
est tout à fait essentiel pour l’apprentissage de la lecture.
Pourtant, les travaux théoriques
et les méthodes de lecture font l’impasse sur le traitement des syllabes
écrites contrairement à celui des syllabes orales des mots.
En réalité, l’étude des syllabes écrites et celle des syllabes orales
correspondantes sont inséparables, parce que le langage écrit et le langage
oral sont indissociables et que le premier (qui est plus directement concerné
par l'apprentissage de la lecture) est un système de codage du second. Enchaînés
l'un à l'autre, ils ne sauraient être envisagés l'un sans l'autre. Voilà la
raison de fond pour laquelle les syllabes écrites s'analysent par rapport aux
syllabes orales, dans un système de relations qui sont de nature
conventionnelle, ce qui a des implications profondes au plan logique (en termes
de méthodologie de la recherche scientifique) et pédagogique.
Les syllabes écrites sont les représentations graphiques des unités phoniques des mots, les suites de lettres ordonnées de l’alphabet formant les mots, les unités constitutives des mots, les constantes distributives des mots et les facteurs discriminants des mots. La connaissance des mots demeure partielle et préjudiciable à la maîtrise de la langue si l’on ignore la composition syllabique et, par conséquent, le principe d’organisation et de fonctionnement internes des mots, et c’est précisément de ces faiblesses dont souffrent les travaux théoriques et les méthodes d’apprentissage de la lecture à l’heure actuelle. Les mots français sont analysables en unités syllabiques phoniques et en unités syllabiques graphiques. Les syllabes orales sont traitées dans la littérature scientifique et la pratique pédagogique, mais pas les syllabes écrites qui les transcrivent. Les travaux théoriques décomposent les mots oraux en syllabes phonétiques, mais pas les mots écrits correspondants en syllabes graphiques corrélatives avec les syllabes phonétiques, ce qui n’a pas de justifications logiques ni scientifiques. De plus, les travaux théoriques décomposent les mots écrits en divers segments, sauf en syllabes graphiques ; la raison principale avancée contre le traitement des syllabes écrites est qu’elles sont dépourvues de sens ; or, les syllabes orales le sont également ; par conséquent, l’argument est réfutable d’un point de vue non seulement logique, mais aussi scientifique. En résumé, les travaux théoriques et les méthodes de lecture s’intéressent aux unités syllabiques phoniques et se refusent à prendre en compte les unités syllabiques graphiques corrélatives (qui sont pourtant pertinentes pour l’analyse des mots écrits et représentent les syllabes orales).
Ce
qui sert de fondement et de force à la méthode linguistique de lecture est le
fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage. Par rapport au langage
et exactement au langage écrit plus directement impliqué que le langage oral
dans l’apprentissage de la lecture, une particularité spécifique de la méthode
linguistique de lecture réside, d'une part, dans l'étude des syllabes écrites
en tant que représentations graphiques des unités phonétiques, suites de
lettres ordonnées de l’alphabet, unités constitutives, constantes
distributives et facteurs discriminants des mots et, d'autre part, dans le
travail axé sur la combinatoire reliée au sens des mots de la langue.
Dans le même registre du langage et dans une perspective théorique
essentiellement sémiologique, une syllabe écrite est une séquence de lettres
associée à une unité phonétique du langage oral ; un mot écrit est des
séquences de lettres associées à des unités phonétiques du langage oral.
Lettres et syllabes sont en particulier des constantes distributives et des
facteurs discriminants des mots écrits qui assurent a minima la communication,
c’est-à-dire le sens du message à transmettre. Lettres, syllabes et mots
sont le cœur de cible du code écrit qui véhicule et détermine le sens. Le
code et le sens sont indissolublement liés dans le langage.
La combinatoire, activité d’assemblage des lettres pour construire les
syllabes qui composent les mots, apparaît comme une acquisition privilégiée
pour accéder à la connaissance, à la reconnaissance, à l'identification et
donc à la lecture des mots. Une originalité de l'Observatoire national de la
lecture, qui est en même temps une contribution intéressante et importante,
consiste dans la préconisation du travail notamment sur les mots écrits. A cet
égard, la source originelle des problèmes rencontrés particulièrement par
les méthodes de lecture peut se résumer à ce constat : les méthodes de
lecture traitent les mots écrits, mais pas les syllabes ni les lettres qui les
constituent, ce qui aurait permis de connaître, de reconnaître et
d’identifier les mots écrits, de comprendre ce qui est lu, d’acquérir
l’orthographe, etc. Voilà pourquoi les conséquences de ces déficiences sont
les difficultés de connaissance, de reconnaissance et d’identification des
mots, de compréhension de la signification des mots et du sens des textes,
d’acquisition de l’orthographe, etc.
La
spécificité de la pensée pédagogique novatrice qui sous-tend la méthode
linguistique de lecture repose sur cette idée-clé : les mots écrits sont
connaissables, reconnaissables et identifiables par les constantes
distributives, lesquelles sont les lettres de l’alphabet et les syllabes
conventionnelles ou standards qui résultent de leurs associations. Pour cause
de méconnaissance de ce signe caractéristique, les méthodes de lecture éprouvent
de sérieuses difficultés dans le traitement des mots écrits ; elles
s’occupent peu des lettres et moins encore des syllabes écrites. Par suite,
le mode d’organisation et de fonctionnement des mots écrits leur demeure étranger
et, avec lui, l’apprentissage de la combinatoire qui est l’activité de
construction des syllabes notamment en tant que constantes distributives des
mots permettant de les connaître, de les reconnaître, de les identifier et
conséquemment de les lire correctement. En bref, le point central de
l’innovation apportée se construit autour de la notion essentielle de syllabe
graphique que la méthode linguistique de lecture valorise par rapport au
travail sur les mots écrits. La préoccupation de la méthode linguistique de
lecture est centrée sur les syllabes conventionnelles des mots écrits de la
langue française. Une syllabe conventionnelle est un groupe de lettres ordonnées
de façon linéaire qui transcrit plus ou moins rigoureusement une unité
phonique de la langue parlée. La langue française écrite n’est pas
phonologique et des conventions de prononciation régissent les lettres des
syllabes des mots écrits. A ce moment-là, il s’agit, dans l’activité pédagogique
de la lecture, d’énoncer le plus clairement, le plus simplement et le plus généralement
possible les règles de prononciation des lettres au sein des syllabes des mots.
En conséquence, notamment par souci de clarté et de simplicité, les mots écrits
sont décomposés en syllabes conventionnelles correspondant en principe à des
unités de prononciation (ou unités phoniques) des mots parlés.
La
syllabe écrite peut se définir de la manière suivante en mettant l'accent sur
la dimension sémiologique par rapport à la langue écrite opposée à la
langue orale : la syllabe écrite est la forme graphique et la constante
distributive faisant office de représentation de l'unité phonétique de la
communication orale. L'enfant connaît et reconnaît instinctivement l'unité
phonétique mais pas la représentation graphique correspondante qui est un élément
décisif de l'apprentissage de la lecture. Il s'agit de mettre en place chez lui
l'ajustement de la représentation graphique à l'unité phonétique. Cet aspect
s'inscrit dans le cadre de l'acquisition du code. Le sens vient se greffer sur
le code par le biais de la convention. La démarche de la méthode linguistique
de lecture s'attache à allier le code et le sens.
Les
syllabes écrites des mots français ne sont pas phonologiques, dans la mesure où
la langue écrite ne l’est pas non plus ; les mots en sont très irréguliers
rendant délicat l’apprentissage de la lecture.
Un mot régulier tel que "safari" face à un mot irrégulier tel que
"saisir" peut ainsi être présenté en première analyse : à
chaque élément (dit "son") de l’unité phonétique (dite
"syllabe phonétique") correspond chaque élément (dit
"lettre") de l’unité graphique (dite "syllabe graphique"
ou "syllabe écrite") et chaque lettre de l’unité graphique se
prononce comme elle se voit. Les mots écrits de la langue française sont très
majoritairement irréguliers (1). L’irrégularité orthographique du français
constitue pour l’apprentissage de la lecture un gros obstacle par rapport à
la connaissance, à la reconnaissance et à l’identification des mots écrits,
obstacle que les méthodes de lecture n’ont pas réussi à vaincre. La manière
appropriée de le lever est un travail d’assemblage explicite, organisé,
progressif et systématique sur les syllabes écrites, lesquelles sont, entre
autres, des constantes distributives qui sont elles-mêmes le résultat de la
combinatoire qui est la base du processus de composition des mots. La
combinatoire est le procédé adapté d’aide à la connaissance, à la
reconnaissance et à l’identification des mots écrits.
Toutes
les méthodes de lecture font état, à juste titre, de leur recours aux mots
simples en début d’apprentissage. Or, du fait de la transcription non
phonologique de la langue française, ils s’avèrent très peu nombreux et un
regard jeté sur le terme même en perçoit les raisons. En effet, décomposé
en syllabes, un mot simple présente deux caractéristiques au moins que
l’on peut ainsi schématiser :
1) Chaque
lettre de chaque syllabe se prononce telle qu’elle se voit.
2) Chaque
syllabe est formée d’une consonne suivie d’une voyelle.
Très peu de mots de la langue française contemporaine, non transcrite ni phonétiquement
ni phonologiquement, répondent à cette description (2). En conséquence, le
recours à cette catégorie de mots par les méthodes de lecture n’est pas
productif. Il y a lieu de noter au passage que le mot simple, a fortiori découpé
en syllabes, favorise chez l’élève la possibilité de découvrir par lui-même
la combinatoire dont résulte la syllabe. Le mot simple et, d’une manière générale,
une orthographe simple des mots d’une langue en facilite et accélère
l’apprentissage de la lecture ; c’est le cas, par exemple, de
l’italien, de l’espagnol, du danois et, par-dessus tout, du finnois, où
l’apprentissage de la lecture n’est pas l'objet de débats récurrents comme
en français. Une orthographe simple impliquant des mots simples est celle
d’une langue transcrite phonétiquement ou phonologiquement, ce qui
n’est pas le cas du français dont l’apprentissage de la lecture est
d’autant plus compliqué que les méthodes mises en œuvre sont profondément
défaillantes. Au terme de l’examen, les méthodes de lecture ne sont pas
adaptées aux exigences de la langue française et au fonctionnement du cerveau,
lequel fonctionnement procède par la combinatoire qui construit successivement
les syllabes, les mots, les phrases et les textes menant au sens.
Cela
posé, cinq principaux apports innovants de la méthode linguistique de lecture
peuvent ainsi être formulés :
1) Les mots écrits
sont décomposés en syllabes graphiques suivant les contraintes de
fonctionnement de la vision et de la mémoire ainsi que du langage oral qui est
représenté par les mots écrits.
2) Les
syllabes graphiques sont prises en compte dans le traitement des mots écrits.
3) La
prononciation des lettres en fonction du contexte et de la position dans les
syllabes graphiques des mots écrits fait l’objet d’un apprentissage
explicite et systématique.
4) La
combinatoire est mise en valeur et construit les syllabes graphiques en tant que
constantes distributives des mots écrits permettant de les connaître, de les
reconnaître, de les identifier et de les lire avec exactitude.
5) La notion de
règle explicite simple et générale est introduite dans la pédagogie pour
assurer la prononciation des lettres des syllabes dans les mots écrits.
Le point central de l’innovation de la méthode linguistique de lecture est la
réhabilitation de la syllabe écrite (qui mène à la connaissance de
l’organisation et du fonctionnement internes des mots écrits) et le travail
sur sa prononciation, laquelle conduit à celle des mots.
Au
cœur des apports dégagés se trouve le concept de syllabe (3), définie en
première approximation comme une séquence de lettres associée à une unité
de réalisation phonétique du langage. Sa position centrale révèle le fort
enjeu qu’elle représente dans la conception de la méthode de lecture. En
bref, la syllabe est un facteur de discrimination des mots. Or, elle n’est pas
prise en compte par les méthodes de lecture et l’on tient là la cause
profonde de leurs défaillances. C’est parce que leur approche pédagogique
part soit des textes, soit des phrases, soit des mots globaux, soit des sens,
soit des sons, mais pas des syllabes qui sont, avec les lettres, les invariantes
distributives et les facteurs de différenciation des mots. La démarche pédagogique
appropriée, celle qui correspond au mode d’activation du cerveau, part
progressivement des lettres puis des combinaisons des lettres, ce
qu’illustrent parfaitement les processus de construction du langage chez
l'enfant traduisant le mode de fonctionnement de cet outil tant sur le plan oral
que sur le plan écrit. Les résultats des recherches de neuroscience ont mis en
lumière l’activation du cerveau pour les lettres et les syllabes, qui sont
des constantes distributives et des socles de formation en même temps que des
facteurs identifiants des mots. Voilà pourquoi les mots sont connaissables,
reconnaissables et identifiables aux constantes distributives, qui sont les
lettres et les syllabes, peu ou prou considérées par les méthodes de lecture
d’où leurs insuffisances principalement liées à cet aspect crucial.
De cette façon, on voit pourquoi les résultats des méthodes de lecture sont généralement
minces. Le déficit de traitement des syllabes graphiques dans leurs conceptions
et, finalement, l’exclusion de la dimension d’organisation et de
fonctionnement internes des mots écrits de leurs systèmes, les condamnent aux
résultats mitigés qui sont enregistrés. L’échec essuyé par les méthodes
de lecture n’est donc pas une surprise et moins encore une fatalité ; il
s’explique par des raisons d’ordre scientifique et pédagogique.
A
l’examen, une absence de marque des méthodes de lecture est celle de la
syllabe graphique, qui sert à former et à discriminer les mots écrits. Au
bout du compte, les méthodes de lecture répondent peu ou pas à la logique de
fonctionnement du système nerveux (il procède des lettres et de leurs
assemblages vers les sons ou prononciations) et aux contraintes de la langue
française écrite (les lettres se prononcent selon le contexte et la position
dans les syllabes des mots écrits).
La méthode linguistique de lecture, qui revendique la légitimité de la
science, intègre le traitement des syllabes écrites des mots de la langue et
correspond au mode de fonctionnement du cerveau et de la langue française écrite.
Le traitement des syllabes écrites consiste, pour l’essentiel, en un travail
sur la mise en place de la combinatoire en tant que mécanisme de construction
mentale cohérente des syllabes écrites ou constantes distributives des mots de
la langue (cf. Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire
en CP). En conséquence, il ne s’agit pas de n’importe quelle syllabe,
mais de celle qui est conventionnelle et décrite comme « légale »,
c’est-à-dire autorisée ou permise par les conventions orthographiques de la
langue française. C’est les syllabes légales qui sont des constantes
distributives et des facteurs différenciateurs des mots de la langue et qui,
dans la construction de l’apprentissage de la lecture, fournissent la matière
première pour bâtir la combinatoire indispensable à la connaissance, à la
reconnaissance et à l'identification des mots à travers les syllabes écrites
ou conventionnelles.
Dans tout système éducatif,
la maîtrise de la langue, comprenant l’apprentissage de la lecture, est un préalable
indispensable aux apprentissages scolaires, c’est-à-dire, en somme, la compétence
primordiale requise par le parcours scolaire. La maîtrise de la langue est
soumise à trois conditions nécessaires qui sont l’analyse combinatoire,
l’analyse grammaticale et l’analyse logique. L’enseignement de la langue
française ne remplit pas ces conditions : les méthodes de lecture ne
pratiquent pas l’enseignement et l’analyse de la combinatoire ;
l’enseignement de l’analyse grammaticale reste rudimentaire ;
l’enseignement de l’analyse logique demeure extrêmement limitée. Le
traitement des textes confronte les élèves et les étudiants à des difficultés
de compréhension pour trois raisons principales qui découlent de ce qui vient
d’être exposé : premièrement, ils ne maîtrisent pas l’analyse
combinatoire des mots du lexique ; deuxièmement, ils ne maîtrisent pas
l’analyse grammaticale des mots dans les phrases ; troisièmement, ils ne
maîtrisent pas l’analyse logique des phrases dans les textes (4). C’est une
erreur de penser qu’on peut comprendre le sens de textes d’une langue sans
connaître le principe d’organisation et de fonctionnement internes des mots
lexicaux, la nature et la fonction des mots dans les phrases, la nature et la
fonction des phrases dans les textes. Le concept pédagogique de « maîtrise
de la langue » présent dans les grandes divisions des disciplines
scolaires repose son succès potentiel sur l’appropriation de ces trois
piliers. Dans le même ordre de réflexions, le problème d’orthographe
actuel, en aval des méthodes de lecture auxquelles il est très étroitement lié,
se résout par un travail sur le mode d’organisation et de fonctionnement des
mots de la langue française dont on a vu précédemment qu’ils étaient très
irréguliers (la solution qu’il convient d’adopter est dans la combinatoire)
; il se résout en amont par la composante combinatoire incorporée dans la méthode
de lecture. Parce que la combinatoire est le noyau central des langues humaines,
l’apprentissage de la lecture de l’une d’entre elles qui ne comporte pas
de composante combinatoire est nécessairement lacunaire et de faible efficacité.
En tout état de cause, pour assurer la rigueur et la solidité de
l’apprentissage de la lecture d’une langue, il faut procéder à la
construction mentale cohérente de la combinatoire.
La méthode linguistique de
lecture innove, d’une part, par la valorisation de la combinatoire sur
laquelle repose la syllabe qui est une invariante distributive et un facteur
distinctif des mots et, d’autre part, par l’introduction de la combinatoire
(5) dans le processus d’apprentissage de la lecture.
La principale difficulté
actuelle des méthodes de lecture est le traitement des mots écrits qui induit
naturellement celui des textes. Le problème de fond est la lecture des mots écrits.
Il peut s’énoncer : comment faut-il faire pour rendre les élèves
capables de lire les mots écrits ? C’est une question à soubassements
scientifiques qui se formule de la manière suivante : comment le cerveau
fonctionne-t-il pour lire les mots écrits ? Il élabore les lettres et les
syllabes en tant que unités graphiques couplées aux unités phoniques,
constantes distributives, unités constitutives et facteurs discriminants des
mots écrits. En définitive, le cerveau construit le système des lettres et
celui des syllabes qui lui permettent de lire les mots de la langue (cf. Livret
1a. Lettres de l’alphabet, Livret
1b. Assemblage des lettres et Apprendre
à lire en CP).
Les lettres et les syllabes sont les facteurs discriminants des mots et c’est pourquoi leur connaissance par les élèves est de la plus haute importance. En tant que facteurs de différenciation des mots, les lettres et les syllabes doivent être enseignées impérativement aux élèves pour leur permettre de les connaître afin de les reconnaître et de les identifier au cours de la lecture. Ainsi, les lettres et les syllabes sont les facteurs de connaissance, de reconnaissance et d’identification des mots. Les catégories d’unités de la communication qu’elles représentent sont en phase avec le fonctionnement du système nerveux. En dernier examen, les lettres et les syllabes sont les identificateurs des mots écrits. C’est la connaissance des lettres et des syllabes qui permet de lire les mots. Le mode de fonctionnement du cerveau vérifie ce constat empirique.
La composante essentielle
validée par le mode de fonctionnement cérébral qui fait défaut aux méthodes
de lecture est la combinatoire, qui produit les syllabes qui sont les représentations
graphiques des unités phonétiques, les séquences de lettres ordonnées de
l’alphabet, les unités constitutives, les constantes distributives et les
facteurs discriminants des mots. Elle est fournie par la méthode de lecture
neurocognilinguistique ou méthode linguistique de lecture.
La composante combinatoire
est une dimension fondamentale qui a manqué à ce jour aux méthodes
d’apprentissage de la lecture non seulement de la langue française, mais
encore de la plupart des langues du monde. Une bonne maîtrise d’une langue
humaine se construit sur trois socles qui sont l’analyse combinatoire,
l’analyse grammaticale et l’analyse logique, en conformité avec le
fonctionnement cérébral et mental
. Par voie 0..0de conséquence,
la maîtrise de la langue dans les systèmes scolaires doit être pensée par
rapport à ces socles dont l’acquisition assure une scolarité réussie.
Bernard Wemague
5 novembre 2010
_________________________________
(1) La difficulté majeure de l’apprentissage de
la lecture en français à laquelle est liée celle de l’orthographe lexicale
puisque l’apprentissage de la lecture et l’orthographe s’interagissent,
est l’irrégularité des mots ; ils ne se prononcent pas toujours comme
ils se voient. Dans leur approche pédagogique, les méthodes de lecture
prennent appui de préférence sur les mots réguliers en début
d’apprentissage, c’est-à-dire sur les mots dont toutes les lettres se
prononcent, pour des raisons tout à fait compréhensibles : réduire les
difficultés de la tâche. En effet, devant les mots irréguliers, elles se
trouvent désarmées, d’autant plus que leur démarche pédagogique démarre
par un texte, une phrase, des mots complets, des sons et qu’elles s’appuient
sur le texte, le contexte de phrase, les indices de mots, les hypothèses
anticipatrices, etc., pour tenter de reconnaître et de lire les mots.
Or, la solution pertinente est dans la réalisation de la construction de
la combinatoire, qui n’est pas connue d’elles.
Au total, les méthodes de lecture ne prévoient rien de particulier pour la
connaissance, la reconnaissance et l’identification des mots écrits. La maîtrise
de la lecture en devient alors extrêmement difficile et conséquemment très
longue. L’attention restant très portée sur le déchiffrage des mots au
cours de la lecture, la compréhension de ce qui est lu est, elle aussi,
compliquée à construire.
(2) Les méthodes de lecture du français oublient un trait caractéristique
fondamental de la dimension écrite qui est que la plupart du temps les lettres
ne se prononcent pas comme elles sont écrites. En somme, les lettres se
prononcent suivant le contexte et la position. Que faire dans cet état de fait ?
Pour répondre raisonnablement, il faut se tourner en particulier vers les résultats
des recherches de linguistique et de neuroscience quant au fonctionnement du
langage et du système nerveux..
(3) De l’ensemble des
considérations présentées, il ressort que le concept de méthode «
syllabique » que s’est donné la tradition scolaire n’a pas surgi de
nulle part. Il traduit une démarche pédagogique spécifique et marque une
tentative de théorisation. Cela suggère qu’il faut théoriser le concept de
"méthode syllabique". C’est la piste fort prometteuse explorée par
la théorie neurocognilinguistique de l’apprentissage de la lecture.
La syllabe graphique est l'image de la syllabe phonétique en matière de
communication par les mots
(4) Derrière les résultats
moyens de la France obtenus aux diverses enquêtes PISA réalisées par l’OCDE
depuis une vingtaine d’années se trouve principalement le problème de la maîtrise
de la langue, lequel commence avec celui de l’apprentissage de la lecture dont
l’efficacité des méthodes demeure contestée (cf. "Bilan des recherches
sur l’enseignement de la lecture en France au cours de la décennie 2010"
sur le site http://www.apprentissage-lecture.com
).
Il est admis que
l’apprentissage de la lecture couvre les niveaux scolaires qui vont de l’école
maternelle au cours moyen (CM) ; cela implique que les élèves démarrent
et poursuivent l’apprentissage des différentes matières sans avoir acquis la
lecture, ce qui est extrêmement pénalisant. Dans ces conditions, les conséquences
en sont les résultats issus des enquêtes comparatives internationales PISA de
l’OCDE.
(5) La combinatoire est un dénominateur
commun aux mots et aux
nombres. Les lettres sont aux mots ce que les chiffres sont aux nombres.
La combinatoire préside à la formation des nombres ; la logique commande
le postulat du même mécanisme pour les mots. En conséquence, les méthodes de
lecture, qui délaissent la combinatoire, ne sont pas fondées de le faire.