Le déficit essentiel des méthodes de lecture
Le déficit essentiel des
méthodes de lecture est constitué par l’absence de traitement des syllabes
écrites, la syllabe étant un des deux ordres d’unités que le cerveau apprend peu
à peu à reconnaître et, l’écrit, le moyen de communication nécessité et mobilisé
par le fonctionnement cérébral pour mettre en place la lecture.
Dès ces premières lignes apparaissent deux grosses erreurs commises par la plupart des méthodes de lecture : elles ne construisent pas la lecture sur l’écrit ni ne considèrent pas les syllabes non orales comme objet de la connaissance. En résumé, le traitement des deux fondamentaux lettres et syllabes n'est pas pertinent quant à l'acquisition de la capacité de lecture.
Les méthodes globales abordent les mots dans leur ensemble, approche qui laisse dans l’ombre l’étude des syllabes.
Les méthodes orales (méthodes intégratives, phonologiques, phonémiques, phoniques ou syllabiques, phonétiques) partent des sons et étudient les syllabes orales, celles de la langue parlée, plutôt que les syllabes écrites, celles de la langue écrite qui est l’objet spécifique de la lecture.
Les syllabes directement concernées par la lecture sont les syllabes écrites, que les enfants trouvent dans les livres ou les écrits en tous genres.
Les syllabes écrites se caractérisent par la structure et le fonctionnement.
La structure, c’est l’organisation, dans laquelle l’ordre d’alignement des lettres est pertinent ; c’est aussi la disposition des voyelles par rapport aux consonnes ainsi que par rapport aux voyelles ; c’est encore la présence ou l’absence de consonne en position finale de syllabe ; c’est également la voyelle qui précède telle ou telle consonne finale de la syllabe entraînant telle ou telle prononciation.
Le fonctionnement, c’est les comportements des lettres engendrés par leur environnement et leur positionnement dans les syllabes.
Les syllabes, et donc les mots générés par leur composition, se distinguent les unes des autres par la forme particulière ou l'identité des lettres, la spécificité de l’ordre des lettres, la prononciation du groupe constitué par les lettres.
Les élèves doivent s’approprier ces données pour être capables de lire, ce que semblent ignorer les méthodes de lecture.
La langue écrite étant un système d’éléments conventionnels, l’exigence scientifique d’explicite impose un enseignement et un apprentissage rigoureux, précis, méthodiques et systématiques de ses différentes unités, en commençant par les unités de base qui sont les lettres et les syllabes.
En laissant dans l’oubli l’étude des syllabes écrites, les méthodes de lecture ont évacué de leur contenu pédagogique l’objet véritable de la connaissance (1) et sont devenues par là même inadéquates et récusables.
Ces analyses donnent la mesure de l’importance des syllabes écrites dans l’enseignement et l’apprentissage de la lecture, sans mentionner le fait que, rappelons-le, les syllabes écrites sont l’un des deux ordres d’unités éligibles par la région cérébrale de la forme visuelle des mots par rapport à l’apprentissage de la lecture.
Par la multiplicité et la diversité de leurs modèles structurels qui donnent lieu à des réalisations phonétiques corrélatives, les syllabes écrites occupent une place centrale dans les données à acquérir pour savoir lire et c’est parce que les méthodes de lecture n’ont pas appréhendé cette réalité qu’elles sont privées de l’essentiel du contenu pédagogique et, avec lui, de tout le reste tel que l’organisation et la progression qui sont des valeurs incontournables dans le domaine de la transmission des connaissances.
La mise à l’écart des syllabes écrites rend les méthodes de lecture incompatibles avec le mode de fonctionnement du cerveau. L’apprentissage de la lecture en subit de sérieux contrecoups dont l’un des aspects les plus illustratifs est la crise de confiance vis-à-vis des méthodes.
Les méthodes de lecture ont commis la lourde faute d’exclure de leur système l’objet capital de la connaissance qui est la structure et le fonctionnement des syllabes écrites des mots de la langue française.
La maîtrise de la lecture n’est pas possible si l’apprentissage ne s’accompagne pas de compréhension, celle de l’organisation et du fonctionnement de la syllabe écrite qui doivent constituer un objet de connaissances explicites rigoureusement enseignées et apprises de façon méthodique et systématique.
L’occultation de l’étude de l’organisation et du fonctionnement de la syllabe écrite rend impossible la compréhension du principe des méthodes de lecture et explique leur irrecevabilité.
Dans les méthodes de lecture, toutes tendances confondues, le cerveau n’apprend pas à reconnaître ni à identifier les syllabes des mots écrits et elles sont alors profondément inadaptées. Les élèves doivent s’adapter à elles tant bien que mal alors que c’est elles qui devraient être adaptées aux élèves, c’est-à-dire à la manière dont le mécanisme cérébral des élèves fonctionne.
Bernard Wemague
Mai 2008
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(1) En recommandant (cela est une nouveauté puisque la démarche pédagogique partant des sons ou phonèmes depuis les années 1970 et adoptée par la quasi-totalité des méthodes de lecture est difficilement compatible avec l’enseignement des lettres de l’alphabet et des syllabes écrites) notamment de « travailler la conscience alphabétique » et en précisant que le « mot à l’oral comme à l’écrit est composé de syllabes », la conférence de consensus en décembre 2003 ne tient pas à l’écart de l’enseignement de la lecture ni les lettres de l’alphabet ni les syllabes écrites.