Le cerveau et la reconnaissance des syllabes

 

 

Les syllabes sont l’une des catégories fondamentales du français sur lesquelles le cerveau s’appuie nécessairement pour apprendre à lire, dans la mesure où c’est les syllabes qui fournissent les règles de lecture des mots. Sur ce point, une recherche approfondie révèle le rôle indispensable joué par l’acquisition des syllabes dans l’accès à la lecture. L’acquisition des syllabes permet de reconnaître et d’identifier les mots écrits (1) qui forment les phrases et les textes.

 

1) La reconnaissance des syllabes

 

Au cours du processus d’apprentissage de la lecture, le cerveau reconnaît petit à petit les lettres et les fragments de mot, mais pas les mots entiers et moins encore les phrases. Qu’en est-il des syllabes ?

Les syllabes se situent entre les lettres et les mots. Elles résultent de l’assemblage des lettres et composent les mots. Par exemple, les lettres « a » et « r » donnent « ar » et « ra » des mots tels que « arbre », « couardise », « caviar », « radis », « carafe », « caméra ».

Une syllabe est une séquence de lettres particulièrement ordonnées de mot associée à une seule émission de voix. De manière plus précise, une syllabe est une unité phonétique groupant des consonnes et des voyelles qui se prononcent d’une seule émission vocale. On peut le constater, la définition s’appuie sur la relation de correspondance entre l’unité de réalisation phonétique et les lettres qui sont déterminées par leur identité physique, leur ordre spécifique et la prononciation impliquée et qui lui sont conventionnellement associées.

Ainsi, comme la syllabe orale qu’elle transcrit, la syllabe écrite s’intègre dans de nombreux mots à diverses positions et se prononcent suivant la position. A ce titre, elle donne lieu à une règle générale de lecture correspondant au schéma du code alphabétique lettre-son ; une lettre représente également une règle générale de lecture liée au contexte et à la position.

Les lettres et les syllabes possèdent au moins cinq traits partagés :

1) Les lettres et les syllabes sont des entités visuelles.

2) Les lettres et les syllabes sont des catégories de l’écrit.

3) Les lettres et les syllabes sont dépourvues de sens.

4) Les lettres et les syllabes sont associées à une seule réalisation vocale.

5) Les lettres et les syllabes sont prononcées selon la position dans les mots.

C’est parce que les lettres et les syllabes présentent un faisceau de caractéristiques communes qu’elles répondent au même traitement par les neurones de la région de la forme visuelle des mots. Cela étant, le principal trait commun réside dans le fait que les lettres et les syllabes sont deux ordres d’unités qui correspondent à une seule production vocale.

 

Il ressort clairement de l’exposé que l’approche pédagogique de la lecture part des lettres pour aller aux sons (et non des sons pour aller aux phonèmes ou des phonèmes pour aller aux graphèmes) et donc de la langue écrite pour aller vers la langue orale. Il s’ensuit qu’elle va des lettres aux textes en passant par les syllabes, les mots et les phrases (et non des textes ou des phrases ni même des mots vers les lettres).

La reconnaissance des syllabes passe par-dessus tout par la connaissance de l’identité des lettres, d’où la nécessité absolue d’enseigner et d’apprendre les lettres avec lesquelles sont construites les syllabes. Les mots sont formés avec les lettres et les syllabes dont les structures sont nombreuses et variées et, les prononciations, conséquentes.

Par suite, pour maîtriser la lecture, il faut, d’une part, assimiler les lettres et, d’autre part, savoir comment les syllabes des mots s’organisent et fonctionnent et s’approprier leurs prononciations.

 

Les éléments de base indispensables que le cerveau apprend peu à peu à reconnaître et à identifier sont les lettres et les syllabes, qui sont les matériaux de construction des mots, des phrases et des textes. De cette façon, le cerveau se limite à acquérir les lettres et les syllabes, lesquelles se retrouvent dans les mots des phrases des textes. Cela dit, il doit maîtriser les comportements phonétiques des lettres dans les syllabes et c’est le projet de la combinatoire dont la tâche se ramène à l’assimilation des règles explicites de prononciation des associations des lettres des syllabes des mots.

 

 

2) La centralité des syllabes dans la reconnaissance des mots

 

Le projet d’enseignement et d’apprentissage de la lecture met face à face la langue orale et la langue écrite, deux univers totalement différents et conventionnellement reliés l’un à l’autre pour transmettre les mêmes informations ou les mêmes messages, c’est-à-dire les mêmes réalités.

La langue orale est une chaîne de productions de signaux vocaux réalisées chacune par une seule émission de voix comprenant un ou plusieurs sons tels que [a], [bri], [ko] correspondant orthographiquement à « abricot » que la langue écrite décompose académiquement en « a bri cot » ou « a », « bri » et « cot » appelées « syllabes ».

La langue écrite est une suite de symboles graphiques dénommés « lettres » que l’on fait correspondre aux sons de la production de signaux vocaux qui est « a », « bri » et « cot » et qui est désignée du nom de « syllabe ».

Au-delà de la relation de correspondance qui les unit, le son et la lettre sont des entités complètement différentes que l’apprenti-lecteur potentiel doit réussir à relier l’une à l’autre pour savoir lire. La démarche doit partir de la langue écrite pour en faire acquérir le substrat de base constitué de deux ordres d’unités qui sont les lettres et les syllabes, le dernier étant le résultat d’une combinaison du premier. Lorsque les lettres changent de prononciation selon le contexte et la position dans les syllabes comme en français actuel, l’enseignement doit impérativement intégrer l’ensemble de tous les modèles syllabiques des mots de la langue afin d’en faire assimiler les règles explicites de prononciation, à défaut de quoi il passe à côté du véritable objet de la connaissance, ce qui est bien le cas des méthodes de lecture aujourd’hui.

Par voie de conséquence, il faut placer la syllabe au centre de la démarche pédagogique, parce qu’elle est l’équivalence graphique de l’unité de production vocale et qu’elle représente et renferme les règles de la prononciation qui correspond à cette unité et permet de la reconnaître et de l’identifier et, à travers elle, le mot.

 

Du point de vue du sens, la communication linguistique est composée de mots formés de syllabes, elles-mêmes constituées de lettres. La syllabe est, en termes d’analyse statistique par rapport au nombre d’éléments constitutifs, le plus grand des deux ordres d’unités de production et d’écrit qui servent à construire la langue orale et la langue écrite. L’autre ordre d’unités de la langue écrite est constitué par les lettres, au moyen desquelles sont formées les syllabes. Les lettres et les syllabes sont l’objet fondamental de la connaissance pour le cerveau par rapport à ses mécanismes et à la mise en place de la capacité à lire. En même temps, les lettres et les syllabes coïncident avec les deux ordres de données que le cerveau apprend progressivement à reconnaître pour acquérir l’habileté de lecture.

La syllabe se caractérise par sa structure définie par l’identité, l’ordre spécifique d’alignement et la prononciation de ses lettres, variables qui permettent au cerveau d’élaborer la reconnaissance et l’identification des mots. C’est pourquoi, un enfant qui ne maîtrise pas l’organisation et le fonctionnement des syllabes aura du mal à reconnaître et à identifier les mots et donc à maîtriser la lecture.

La combinatoire intervient dans la reconnaissance et l’identification des mots comme apprentissage des règles de base de prononciation des syllabes qui composent les mots.

 

Bernard Wemague

Mai 2008

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(1) La lecture concerne avant tout la langue écrite. En conséquence, les catégories du français (syllabes, mots, etc.) dont il est question dans le corps du texte sont généralement celles de l’écrit.