Le cerveau et l’apprentissage de la lecture
Une revue des résultats des travaux internationaux de neurosciences et de sciences cognitives sur la lecture permet de relever dans la description des activités du cerveau et de l’apprentissage que les termes apprendre et progressivement relatifs aux neurones sont souvent employés ensemble. C’est ainsi que l’on peut rencontrer par exemple l’énoncé « les neurones apprennent progressivement ».
En résumé, la présence du terme apprendre est généralement accompagnée de celle de progressivement quand il s’agit d’appréhender ce que font les circuits cérébraux et les processus cognitifs impliqués dans la lecture.
Le vocable progressivement, comme tous les mots de la même famille, exprime de quelle façon les neurones et les facultés mentales élaborent la connaissance.
La progressivité est une qualité majeure du mode de fonctionnement du cerveau au regard de la construction de l’objet du savoir et c’est pourquoi elle est centrale dans l’enseignement, c’est-à-dire en pédagogie.
La notion de progression, en corrélation avec celle d’organisation, est une notion-clé de la pédagogie. Aussi est-elle revendiquée par toutes les méthodes de lecture, tant syllabiques que non syllabiques. Néanmoins, elles n’y parviennent pas, à cause d’une organisation profondément déficiente due à un départ inscrit dans une démarche à caractère phonologique et phonémique. Le constat se vérifie de manière particulièrement éclairante dans les méthodes globales et les méthodes mixtes qui partent des sons ou phonèmes fondés soit sur des textes, soit sur des phrases, soit sur des mots entiers. En amont, l’organisation véritable est impossible et, en aval, la progression l’est autant. En somme, les méthodes globales et leurs dérivées présentent des carences profondes d’organisation et de progression, de là leur rendement bas et fragile.
Les méthodes de lecture ont un sérieux handicap d’organisation et de progression. Sur ce point, un défaut grave qui est un dénominateur commun à l’ensemble de toutes les méthodes de lecture réside dans l’organisation et la progression qui sont très sommaires. Ce défaut grave rend les méthodes de lecture inadaptées par rapport au mode de fonctionnement du cerveau et de l’apprentissage. Elles ne sont pas non plus compatibles avec le mode de fonctionnement du français.
Les méthodes de lecture ne conviennent pas aux enfants.
La vraie méthode de lecture est celle qui est adaptée aux enfants, c’est-à-dire qui se conforme à la manière dont « les neurones apprennent progressivement » au cours de la construction de l’objet de la connaissance.
Voilà pourquoi la méthode de lecture doit se concevoir sur la base des mécanismes du cerveau et de l’apprentissage.
Faute de se concevoir et de se construire en fonction des mécanismes du cerveau et de l’apprentissage, les méthodes de lecture demeurent lourdement handicapées par rapport au but qui leur est fixé.
Les notions d’organisation et de progression sont mal tolérées par certaines conceptions pédagogiques, qui contestent le principe de la transmission des connaissances et préconisent une approche où l’enfant est l’artisan de ses propres savoirs. C’est parce qu’elles ne s’appuient pas sur le fonctionnement des mécanismes du cerveau et de l’apprentissage appliqué à l’éducation, sans parler de domaines de connaissances.
Le cerveau apprend progressivement à lire en allant
du visuel à l’auditif,
du simple au complexe,
des lettres à leurs associations et
des lettres et de leurs associations aux sons correspondants.
Bernard Wemague
Avril 2008