Le "B-A, BA" et le modèle pédagogique explicite

 

Il y a un profond déficit d'explicite des méthodes de lecture.
Pour le découvrir, on peut lire, par comparaison, les développements présentés dans l'avant-propos et l'introduction de Livret 1a. Lettres de l'alphabet présenté sur le site http://www.methode-linguistique.com .
Le "B-A, BA" est un indice du modèle pédagogique explicite.
En termes de transmission des connaissances en matière pédagogique, un savoir explicite est un savoir à contenu clair et précis, formulé de la manière la plus simple et la plus générale à des fins de mémorisation aussi facile que possible par l'élève.

Le découpage syllabique classique des mots

Le principe de découpage syllabique traditionnel correspond implicitement à la possibilité de formuler les règles de prononciation des syllabes des mots.
Il s’agit alors d’énoncer explicitement ces règles. Scientifiquement, l’énonciation se doit d’être simple et générale.
D'après les observations, l’intervention des parents et des institutrices et instituteurs qui usent des livres de méthodes syllabiques pour faire apprendre à lire se ramène, pour une grande part, à énoncer les règles de prononciation des syllabes des mots (1).


Dans la littérature pédagogique de la lecture, "B-A, BA" est le symbole de la combinatoire définie comme le processus d’association d’éléments graphiques simples dénommés lettres pour former des éléments graphiques complexes appelés syllabes en l’espèce les syllabes des mots de la langue française.

Comme dans toutes les formules de type logique, derrière la représentation "B-A, BA" se trouve une règle générale, celle de prononciation, ou règle de réalisation phonétique.
Dans la manière habituelle de lire, la règle est implicite et donne "bé – a, ba" (2). Un fort raccourci !
La règle explicite en est la suivante : La consonne B et la voyelle A, associées dans cet ordre strict, donnent la syllabe BA prononcée "ba". Plus simplement : La consonne B suivie de la voyelle A donne la syllabe BA prononcée "ba". Cette énonciation suppose que l’enfant sait distinguer les notions de consonne, voyelle, syllabe ainsi que celle de position (car B-A et A-B ne sont des équivalences ni graphiques ni phonétiques ni phonologiques). La distinction entre ces diverses catégories facilite l’énonciation claire et précise des règles générales de prononciation sur lesquelles doit se construire la méthode d’apprentissage de la lecture (3). Par rapport à ce qui vient d'être dit, Livret 1a. Lettres de l'alphabet et Livret 1b. Assemblage des lettres permettent d'acquérir, outre la combinatoire, les notions de base de l'apprentissage explicite de la lecture. Ils représentent la perspective adéquate du principe alphabétique et, plus précisément, du code alphabétique, laquelle est validée par les neurosciences.

Secret du succès de la méthode Boscher

La méthode Boscher incarne le "B-A, BA" de la méthode syllabique de lecture.
Qu’est-ce qui a fait le succès de la méthode Boscher ?
C’est les règles de prononciation impliquées par les syllabes issues du découpage syllabique des mots qui en est un trait caractéristique, lesquelles règles sont intuitivement et nécessairement énoncées aux enfants. Les enfants observent la syllabe (= suite de lettres à ordre strict prononcée en une unité phonique) concernée, enregistrent les sons correspondants et mémorisent l'association lettres-sons qui est neuroscientifiquement et linguistiquement une règle générale de la langue.
La méthode linguistique de lecture est basée sur le principe de règle

De toutes les méthodes de lecture aujourd’hui disponibles, la méthode Boscher est plus défendable non seulement en termes de résultats, mais encore en termes de théorie. La question que l’on peut alors légitimement poser est la suivante : Est-il possible de dépasser la méthode Boscher ? Une comparaison avec la méthode linguistique de lecture permet de répondre par soi-même. Sur la base des critères d'explicite, d'organisation et de progression, c'est-à-dire en termes scientifiques et pédagogiques, la comparaison permet de mesurer l'écart entre les deux méthodes.

 

Bernard WEMAGUE
Avril  2007  

(1) Il y a lieu de signaler au passage une difficulté de l'opération. Sous l’inspiration de la phonologie et à l’encontre du modèle standard utilisé en dictée par les enseignants dès l’école élémentaire, les méthodes de lecture qui pratiquent le découpage syllabique ont un problème de cohérence au niveau de certaines doubles consonnes dont les constituants sont tantôt séparés tantôt non séparés sans motif légitime, ce qui est susceptible de troubler les enfants.   

(2) La lettre-consonne b a pour nom « bé » dans le système de lettres de l’alphabet traditionnel et pour son « be » dans le lexique. Dans le premier cas, on parle de « nom » et, dans le dernier, de « son ». Ainsi, une lettre de l’alphabet a un nom et un son, c’est-à-dire la manière d’être désignée et la façon d’être prononcée.
Les détracteurs de la méthode syllabique lui font grief notamment de la difficulté de passer du nom, « bé » par exemple, au lexique ou aux mots ; or, la question reste posée lorsqu’on fait apprendre les « sons »  indûment confondus avec « phonèmes » et passe au lexique. Il s’agit là toutefois d’un inconvénient relativement mineur si l’on en juge par les résultats finaux de l’apprentissage de la lecture y compris dans une langue comme le grec où le décalage est total entre le nom et le son des lettres de l’alphabet, phénomène observable également dans la plupart des langues à système d’écriture non phonétique ou non phonologique. C’est parce qu’une langue est un système de signes conventionnels qui repose sur un système de règles implicites. Le problème de fond est alors celui d’explicitation et de construction des règles, que s’est attachée à résoudre la méthode linguistique de lecture sur la base du renouvellement théorique contemporain de la linguistique en tant que science du langage et des langues qui, de ce fait, est concernée au premier chef par la pédagogie de la lecture.

(3) Dans la perspective d’un modèle pédagogique explicite de la lecture, nous avions initié une classification des lettres de l’alphabet de la langue française, dans son état de transcription actuel, en trois catégories d’éléments qui sont les consonnes, les voyelles et les semi-consonnes ou semi-voyelles, colorisées pour des raisons pédagogiques et esthétiques en bleu, en rouge et en vert respectivement.
De plus en plus d’auteurs suivent cette classification dans leurs livres de méthodes de lecture, mais au prix de confusion (et pas seulement …), qui est un mélange des genres entre les phonèmes et les lettres de l’alphabet rebaptisées « graphèmes ». Dans la mesure où la langue française ne présente pas de correspondances univoques entre les phonèmes et les lettres de l’alphabet, la distinction postulée ne saurait être appliquée à la fois aux lettres de l’alphabet et aux phonèmes ; par exemple, une voyelle du système alphabétique n’a pas le même statut qu’une voyelle du système phonologique. Ainsi, la distinction que nous avions introduite dans l’organisation du système des lettres alphabétiques pour la méthode syllabique ne doit pas être transposée dans les méthodes phonologiques ni dans les méthodes phonémiques, même sous l’étiquette déclarée de « méthodes syllabiques » qu’elles revendiquent. Au reste, nous avons montré à ce sujet qu’il n’était pas possible de concilier dans une méthode de lecture les approches antagoniques que sont, d’un côté, le départ phonologique et le départ phonémique et, de l’autre, le départ alphabétique.
La confusion qui est pointée est un autre signe de grandes difficultés sur lesquelles butent les méthodes dites syllabiques qui font référence à la notion de phonème et, de ce fait, partent des phonèmes confondus avec sons (encore une confusion !) pour aller vers les lettres de l’alphabet.