Le « B-A, BA » et le modèle pédagogique explicite

 

Le découpage syllabique classique des mots

Le principe de découpage syllabique traditionnel correspond implicitement  à la possibilité de formuler les règles de prononciation des syllabes des mots.
Il s’agit alors d’énoncer explicitement ces règles. Scientifiquement, l’énonciation se doit d’être simple et générale.
D'après  les observations, l’intervention des parents et des institutrices et instituteurs qui usent des livres de méthodes syllabiques pour faire apprendre à lire se ramène, pour une grande part, à énoncer les règles de prononciation des syllabes des mots.


Dans la littérature pédagogique de la lecture, « B-A, BA » est le symbole de la combinatoire définie comme le processus d’association d’éléments graphiques simples dénommés lettres pour former des éléments graphiques complexes appelés syllabes en l’espèce les syllabes des mots de la langue française.

Comme dans toutes les formules de type logique, derrière la représentation « B-A, BA » se trouve une règle générale. Celle de  prononciation. Ou règle phonétique.
Dans la manière habituelle de lire, la règle est implicite et donne « bé – a, ba » (1). Un fort raccourci !
La règle explicite en est la suivante : La consonne B et la voyelle A, associées dans cet ordre strict, donnent la syllabe BA prononcée « ba ». Plus simplement : La consonne B suivie de la voyelle A donne la syllabe BA prononcée « ba ». Cette énonciation suppose que l’enfant sait distinguer les notions de consonne, voyelle, syllabe ainsi que celle de position (car B-A et A-B ne sont des équivalences ni graphiques ni phonétiques). La distinction entre ces diverses catégories facilite l’énonciation claire et précise des règles générales de prononciation sur lesquelles doit se construire la méthode d’apprentissage de la lecture.

Secret du succès de la méthode Boscher

La méthode Boscher incarne le « B-A, BA » de la méthode syllabique de lecture.
Qu’est-ce qui a fait le succès de la méthode Boscher ?
C’est les règles de prononciation impliquées par les syllabes issues du découpage syllabique des mots qui en est un trait caractéristique, lesquelles règles sont intuitivement et nécessairement énoncées aux enfants. Les enfants observent la syllabe (= suite de lettres à ordre strict prononcée en une unité phonique) concernée, enregistrent les sons correspondants et mémorisent l'association lettres-sons qui est neuroscientifiquement et linguistiquement une règle générale de la langue.
La méthode linguistique de lecture est basée sur le principe de règle. 

De toutes les méthodes de lecture aujourd’hui disponibles, la méthode Boscher est plus défendable non seulement en termes de résultats, mais encore en termes de théorie. La question que l’on peut alors légitimement poser est la suivante : Est-il possible de dépasser la méthode Boscher ? Une comparaison avec la méthode linguistique de lecture permet de répondre par soi-même.

 

Bernard WEMAGUE
Avril  2007

(1) La lettre-consonne b a pour nom « bé » dans le système de lettres de l’alphabet et pour son « be » dans le lexique. Dans le premier cas, on parle de « nom » et, dans le dernier, de « son ». Ainsi, une lettre de l’alphabet a un nom et un son, c’est-à-dire la manière d’être désignée et la façon d’être prononcée.
Les détracteurs de la méthode syllabique lui font grief notamment de la difficulté de passer du nom, « bé » par exemple, au lexique ou aux mots ; or, la question reste posée lorsqu’on fait apprendre les « sons »  indûment confondus avec « phonèmes » et passe au lexique. Il s’agit là toutefois d’un inconvénient mineur si l’on en juge par les résultats finaux de l’apprentissage de la lecture y compris dans une langue comme le grec où le décalage est total entre le nom et le son des lettres de l’alphabet, phénomène observable également dans la plupart des langues à système d’écriture non phonétique ou non phonologique. C’est parce qu’une langue est un système de signes conventionnels qui repose sur un système de règles implicites. Le problème de fond est alors celui d’explicitation et de construction des règles, que s’est attachée à résoudre la méthode linguistique de lecture sur la base du renouvellement théorique contemporain de la linguistique en tant que science du langage et des langues qui, de ce fait, est concernée au premier chef par la pédagogie de la lecture.