La théorie des constantes distributives

 


Les méthodes de lecture se trouvent confrontées au problème crucial d’identification des mots écrits : les méthodes globales, les méthodes naturelles, les méthodes intégratives, les méthodes interactives, les méthodes phonologiques …, parce qu’elles entrent dans l’apprentissage de la lecture par des textes ; les méthodes mixtes, du fait de débuter par des mots entiers ; et, dans une moindre mesure, les méthodes syllabiques, qui s’appuient sur des mots à orthographe transparente (ou composés de syllabes simples, c’est-à-dire de syllabes formées d’une consonne suivie d’une voyelle qui se prononcent comme elles s’écrivent) et éventuellement séparés en syllabes. En somme, les conceptions des méthodes de lecture n’explorent pas suffisamment les différents aspects du fonctionnement interne des mots écrits. Néanmoins, elles accordent une attention particulière d’abord aux mots simples et ensuite aux mots complexes, ce qui suggère la régularité profonde à laquelle répondent l’organisation et le fonctionnement des éléments constitutifs des mots écrits et révèle la nécessité de construire progressivement leur identification sur le principe de cette organisation et de ce fonctionnement prôné par les instructions officielles de 2002 et validé par la manière dont fonctionnent le cerveau, la pensée et la langue écrite, mais rarement mis en œuvre dans les conceptions des albums et des manuels d’apprentissage de la lecture.

 

La méthode de lecture neuro-cogni-linguistique, dite méthode linguistique de lecture, est élaborée sur des mots décomposés en syllabes et en lettres de la langue écrite en liaison avec les sons et les syllabes de la langue orale, conçus en termes théoriques comme étant des constantes distributives ou invariantes distributives de la construction des mots des langues humaines.

La théorie des constantes distributives des mots est celle de l’idée que les mots en l’occurrence les mots écrits du corpus lexical des langues humaines sont composés d’invariantes distributives, c’est-à-dire de séquences légales ou standards d’éléments graphiques minimaux, lesquels transcrivent les séquences légales ou standards d’éléments phoniques minimaux.

Catégories d’unités linguistiques traditionnellement appelées lettre et syllabe constituant un ensemble fini et limité de segments graphiques, les constantes distributives ont la propriété caractéristique de ne pas varier de forme physique et d’être remobilisées telles quelles pour la composition des mots différents du lexique de la langue.

L’invariante distributive syllabique est la résultante de la combinatoire et voilà pourquoi elle fait l’objet d’un travail de combinatoire explicite, structuré, progressif et systématique conduisant à la maîtrise de la connaissance des syllabes et, à travers cette connaissance, à l’identification des mots écrits formés par les syllabes en question. Les mots écrits sont identifiés sur la base des syllabes et des lettres qui les composent et, bien entendu, des réalisations phoniques correspondantes.

 

La capacité d’identifier les mots écrits y compris les formes verbales ouvre la voie à la lecture littéraire.

 

La méthode neuro-cogni-linguistique de lecture ne confronte pas les élèves aux problèmes d’identification des mots écrits, de compréhension, d’orthographe, d’illettrisme, de dyslexie.

 

Dans les considérations qui précèdent, il s’agit de la dimension épistémologique de l’enseignement de la lecture qui constitue le noyau central du projet pédagogique à laquelle s’ajoutent les dimensions anthropologiques et sociologiques largement développées dans les résultats des travaux de recherche actuellement disponibles.

 

Bernard Wemague

20 juillet 2010