La syllabe

La syllabe est une notion qui cristallise les difficultés des méthodes de lecture en général et des méthodes syllabiques en particulier et sa présence relativement discrète dans les manuels pédagogiques et même dans les résultats des travaux scientifiques suggère ces difficultés. C’est parce que la syllabe est le résultat du code alphabétique qui génère les différentes structures des unités de la communication linguistique qui sont les syllabes, les mots, les phrases et les textes, structures qui sont à maîtriser en termes de règles de prononciation et de compréhension par rapport à la compétence en lecture.
A cet égard, elle recouvre deux significations qui donnent lieu à deux orientations diamétralement opposées.

La première signification est liée traditionnellement au mode de découpage des mots écrits de la langue française et elle est déterminée par la possibilité pratique de formuler les règles de prononciation des syllabes.
La syllabe est dite syllabe écrite ou syllabe graphique et relève de l’orthographe actuelle du français faite de lettres de l’alphabet et générant méthode alphabétique, synonyme mieux défendable de méthode syllabique.

  La deuxième signification remonte à l’essai d’adaptation autour des années 1970 des résultats de la recherche de linguistique à la pédagogique de la lecture et appartient à la phonétique et à la phonologie.
Le premier point d’erreurs commises à travers cette orientation est de procéder phonologiquement, comme si le français avait été transcrit avec des phonèmes et non avec des lettres de l’alphabet. Le deuxième point est de procéder phonétiquement, en partant du langage oral pour aller au langage écrit, ce qui donne lieu à la syllabe qualifiée de phonétique ou phonologique ainsi qu’à méthode phonétique ou méthode phonologique. 

La syllabe phonétique, ou syllabe phonologique, renvoie au français tel qu’il aurait dû être transcrit, mais ne l’est pas à l’heure actuelle ; dans ces conditions, on n’est pas logiquement fondé à définir la syllabe du français actuel en termes phonétiques ni phonologiques.
Ainsi, le sens du mot syllabe qui correspond tout à fait à l’état actuel de transcription du français a été indûment abandonné au profit de celui qui ne correspond nullement au système de transcription de la langue aujourd’hui.

A la suite de l’erreur originelle précédemment évoquée, c’est l’ensemble de présentation des faits de langue qui s’en est trouvé bouleversé. Jusque dans les dictionnaires du français, les faits linguistiques sont présentés sous l’angle de la phonétique et de la phonologie, en total déphasage avec le système d’écriture alphabétique existant ! C’est un problème de logique qui est ainsi soulevé, lequel demeure sérieux par rapport aux graves conséquences induites et révélées spécialement à travers les méthodes de lecture marquées par l’impossibilité d’organisation et de progression. Il convient de savoir à ce sujet que même en transcrivant phonologiquement le français, le problème d’organisation et de progression ne pouvait être réglé qu’en suivant la procédure qui va des graphies aux phonies ou de la langue écrite à la langue orale et non l’inverse. C’est la procédure autorisée par les neurosciences et confirmée sur les forums de discussion par les témoignages des parents d’enfants de CP en difficulté qui parviennent très rapidement à lire dès qu’ils sont exercés à la maison au moyen d’une méthode syllabique en procédant des lettres de l’alphabet aux sons associés.

La méthode de lecture pertinente est construite fondamentalement sur la structure et le fonctionnement de la syllabe et part des lettres de l’alphabet et de leurs assemblages pour aller vers les sons qui leur correspondent. C’est la méthode linguistique de lecture  

Syllabe : structure et fonctionnement

D'un point de vue sémiologique et au regard du mot écrit, la syllabe est un groupe structuré de signes graphiques.
La structure comprend :
1) un ensemble déterminé de signes graphiques ;
2) une suite ordonnée de signes graphiques ;
3) un groupe de signes graphiques conventionnels et à ordre contraignant.
Quant au fonctionnement, la valeur phonétique des signes graphiques dépend de leur contexte et de leur position au sein de la syllabe.

Sous l'angle logique, ces données exigent un enseignement explicité et systématisé de la lecture.
Autrement dit, une pédagogie de la lecture qui n'intègre pas ces éléments s'écarte de toute possibilité de formalisation et d'énonciation des règles de réalisations phonétiques ainsi que d'organisation et de progression cohérentes et rigoureuses. Elle présente alors des défauts rédhibitoires de conception et de construction et devient inadéquate. C'est la justification de la refonte complète des programmes pédagogiques de lecture effectuée en 2006 par le Ministre de l'Éducation nationale.

En première approche linguistique et phonétique, la syllabe est un groupe de lettres définies, présentées selon un ordre conventionnel contraignant et prononcées en une seule émission phonique.

Les syllabes et les lettres sont les socles de connaissances en lecture. Il s'agit des syllabes et des lettres des mots de la langue française.
Plus précisément, les lettres et le mode d'organisation et de fonctionnement des syllabes constituent les socles de connaissances explicites en matière d'apprentissage de la lecture.

Remarques : Une pratique linguistique du français, dont l'abandon n'est pas pour demain en raison de son intérêt et qui met en porte-à-faux les méthodes de lecture, consiste dans le principe de découpage syllabique. Dans la présentation des contenus matériels des méthodes de lecture, les mots sont découpés syllabiquement à la mode phonétique ou phonologique tandis que dans la présentation standard ou classique des textes écrits (celle de la dictée et de la rédaction scolaires), ils sont découpés syllabiquement à la mode académique (celle des ouvrages scolaires et des manuels pédagogiques, des textes littéraires et scientifiques, des textes officiels, etc.). Ainsi, les méthodes de lecture se trouvent en face d'un problème pour le moins embarrassant qu'elles ont choisi d'occulter, celui du mode de découpage syllabique phonétique opposé au mode de découpage syllabique académique. Le premier ne correspond pas au système de transcription usuel du français alors que le dernier y correspond ! La contradiction trahit tout simplement la non-pertinence des conceptions théoriques à caractère phonétique ou phonologique qui sous-tendent les méthodes de lecture.
La question à laquelle il importe de répondre est celle qui suit. Quelle est l'utilité réelle du mode de découpage syllabique académique ? Sur la base des considérations ci-dessus, il n'aurait pas d'utilité pour les méthodes de lecture ... Le débat reste ouvert. Pour la méthode linguistique de lecture, le mode de décomposition syllabique académique des mots livre des connaissances explicites qui sont celles de l'organisation des mots et offre la possibilité d'énoncer avec précision les règles de prononciation des syllabes menant à la prononciation des mots. Livret 1a.Lettres de l'alphabet illustre bien cette utilité (voir l'exemple sur http://www.methode-linguistique.com).

Bernard WEMAGUE

Juin 2007