La question fondamentale de démarche pédagogique

Il y a deux conceptions opposées de l'approche pédagogique de la lecture, qui se réclament de la linguistique en tant que science du langage oral et du langage écrit.
L'une, mal inspirée de la linguistique, part des signes phoniques pour aller vers les signes graphiques, au nom du droit d'antériorité du langage oral par rapport au langage écrit.
L'autre, rigoureusement fondée sur la linguistique et les neurosciences, procède des signes graphiques vers les signes phoniques, en vertu de la nature et du mode de fonctionnement du cerveau et des langues humaines.
La première a donné naissance à la catégorie de méthodes dites méthodes phonologiques, sans parler des diverses variantes telles que les méthodes phonémiques et les méthodes phonétiques.
La dernière est désignée du terme méthode linguistique, en raison du fait que le contenu en est constitué du matériau linguistique qui est les lettres, les syllabes, les mots, etc., et les sons correspondants.


Une interrogation déterminante à laquelle se devaient de répondre ceux qui œuvrent dans le domaine pédagogique de la lecture est la suivante.
Faut-il mener l’enseignement de la lecture à partir du langage oral ou du langage écrit ?

La réponse conduit de la langue orale à la langue écrite.
L’orientation s’étaie sur deux arguments :
1) La langue orale existe avant la langue écrite.
2) L’enfant connaît la langue orale.

En apparence, les arguments sont séduisants. En réalité, ils sont discutables.
1) Les résultats de la recherche expérimentale en neurosciences apportent une réfutation.
2) La nature et le principe de fonctionnement des langues humaines permettent de récuser l’argumentation.
3) La méthodologie de la recherche scientifique post-moderne offre des possibilités d’objections.
4) La science post-moderne établit la démonstration des erreurs de la construction argumentative.

Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, les arguments présentés s’avèrent légers (le droit d’ancienneté) voire quelque peu naïfs (la « connaissance » de la langue par l’enfant) (1).
En résumé, les arguments avancés se fondent sur des bases contestées.

On peut ainsi comprendre les raisons pour lesquelles les méthodes de lecture font toujours débat et pourquoi la présence de la phonologie dans les méthodes de lecture est inopportune et constitue au contraire une des principales sources de difficultés pédagogiques de ces méthodes, aussi bien non syllabiques que syllabiques. Rappelons-le pour mémoire, la phonologie n’a pas sa place dans l’enseignement de la lecture d’une langue à système d’écriture non phonologique telle que la langue française. Le problème est d’ordre logique.  

L'approche pédagogique est une question cruciale, parce qu'elle est la condition de possibilité d'organisation et de progression du contenu matériel de la méthode de lecture. 
La méthode linguistique de lecture le montre à travers les différents titres de ses Livrets. Le contenu de chaque Livret le prouve encore par lui-même et, plus particulièrement, ceux de Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP.


Bernard WEMAGUE
Juin 2007

 

(1) La liste des contre-arguments ci-dessus relevant des neurosciences, de la linguistique, de la méthodologie de la recherche scientifique et de la science post-modernes sera reprise et développée point par point le moment venu. En somme, il s’agit de réfuter les deux arguments en prenant appui tour à tour sur les neurosciences, la linguistique, la méthodologie de la recherche scientifique et la science post-modernes.