La problématique cruciale des méthodes de lecture
Les lettres et les syllabes sont les catégories linguistiques indispensables mobilisées par le cerveau pour la mise en place de la lecture.
Pourtant, les méthodes de lecture sont peu nombreuses à valoriser le traitement des lettres de l’alphabet et de leurs combinaisons qui sont les syllabes, au contraire des autres catégories linguistiques à commencer par les mots écrits.
Pour exprimer l’importance déterminante des lettres et des syllabes, et donc des implications profondes de ce rôle décisif, par rapport au langage écrit, à son enseignement et au mécanisme du cerveau, nous avons recours volontiers à une analogie. Le cerveau fonctionne avec la lettre et la syllabe en langage humain un peu comme un ordinateur avec les symboles 0 et 1 en langage informatique, la relation au sens restant la même dans les deux cas, conventionnelle.
A l’instar de toutes les langues à tradition d’écriture séculaire marquée par une transcription émaillée d’importantes irrégularités, le français requiert, pour l’acquisition de l’apprentissage de la lecture, la connaissance du statut des lettres et celle des propriétés des syllabes dans les mots. Ce qui va suivre sera consacré surtout au statut des lettres de l’alphabet à l’intérieur des mots.
Une donnée essentielle est méconnue des méthodes de lecture qui est la réalité du statut des lettres de l’alphabet par rapport à l’enseignement et à l’apprentissage de la lecture.
Au total, la place des lettres et de leurs associations qui sont les syllabes, en tant qu’objet du savoir, semble de peu d’intérêt pour les méthodes de lecture.
Le départ par des sons et/ou des mots rend compte de la situation.
L’objet de la lecture est l’écrit, qui est construit avec les lettres et les syllabes.
Les lettres et les syllabes sont les deux ordres fondamentaux d’unités que le cerveau apprend progressivement pour installer l’habileté de lecture.
Le français a un trait caractéristique majeur, le statut variable des lettres de l’alphabet dans les mots.
Les lettres de l’alphabet du français changent de statut selon le contexte et la position dans les syllabes des mots (1).
Les méthodes de lecture ne prennent pas en compte cette donnée capitale. Pour cette raison même, elles s’avèrent profondément déficitaires et inadaptées à l’objet de la connaissance.
En somme, la réalité du statut des lettres est délaissée par les méthodes de lecture. Or, c’est cette réalité qui constitue le véritable objet de la connaissance. Par suite, sa carence entraîne l’inadéquation des méthodes de lecture.
Parce que la langue française n’est pas transcrite phonologiquement, le statut des lettres est sujet à des modifications qui dépendent du contexte et de la position au sein des syllabes des mots (2), ce que les méthodes de lecture se devaient d’incorporer dans leur conception et leur élaboration. Leur disqualification en tant qu’outil pédagogique tient à cette grave déficience.
La méthode linguistique de lecture résout avec une rigueur et une cohérence remarquables, par la combinatoire dans laquelle sont mobilisés les lettres de l’alphabet et leurs assemblages à travers le système de correspondances lettre-son-sens, la problématique fondamentale du statut changeant des lettres et celle des caractéristiques des syllabes dans les mots.
L’explicite impérativement requis par la méthode de lecture pour être bien en phase avec le mode de fonctionnement du cerveau et de l’apprentissage ne saurait ignorer le statut des lettres et les propriétés des syllabes des mots du français.
Bernard Wemague
Mai 2008
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(1) Il ne s’agit donc pas de syllabes artificielles, mais de celles des mots de la langue française et c’est également par cet aspect que la méthode linguistique de lecture se démarque des méthodes syllabiques.
(2) Pour y voir clair, il convient de décomposer en syllabes les mots du français, comme cela se pratique classiquement dans la langue.