La méthode syllabique adéquate


La méthode syllabique adéquate est celle qui est adaptée aux mécanismes du cerveau, des processus cognitifs et de la langue française. Ainsi, elle est conçue d'après le fonctionnement cérébral, cognitif et linguistique.

La méthode syllabique

Pourquoi la méthode de lecture a-t-elle été décrite comme syllabique ? Trois arguments au moins justifient le qualificatif :
1) La syllabe est l'unité constitutive du mot. Son importance capitale s'explique par rapport au mot dont elle est l'une des bases de formation.
2) La capacité à lire les mots passe forcément par la capacité à lire les syllabes. Le lien de dépendance obligatoire et direct entre la capacité à lire les syllabes et la capacité à lire les mots confirme le rôle déterminant de la syllabe vis-à-vis de la construction du mot.
3) Les syllabes renferment les règles de prononciation des mots. C'est la somme des acquisitions des réalisations phonétiques des syllabes constitutives du mot qui permet la prononciation convenable de celui-ci.

L'acquisition des syllabes est, après l'acquisition de l'alphabet,  le deuxième socle de construction de l'apprentissage de la lecture. Il s'agit de l'acquisition du mode d'organisation et de fonctionnement des syllabes et, plus exactement, de celui des éléments alphabétiques qui les forment dans les mots.
Au cours du processus, l'apprenant observe et mémorise le groupe déterminé de lettres qui constitue la syllabe, l'ordre de disposition linéaire des lettres dans le groupe, la règle de prononciation du groupe.
Ainsi, l'idée qui a donné lieu au terme méthode syllabique fait porter l'accent sur l'ensemble graphique défini et ordonné régi par des règles phonétiques précises que représente la syllabe.

La méthode syllabique adéquate se construit fondamentalement sur la structure et le fonctionnement des syllabes et des mots et permet, en amont, de connaître le principe de formation des syllabes et des mots et leurs réalisations phonétiques et, en aval, de discerner les syllabes et d'identifier les mots, l’ensemble étant relié à des significations menant à la compréhension (1).
Ce faisant, elle aboutit à la maîtrise du code alphabétique, résout le problème d’autonomie en lecture ainsi que celui d'orthographe, prévient et lutte contre le phénomène d’illettrisme.
En somme et conformément aux programmes officiels de 2002 et de 2006, la méthode syllabique adéquate repose par-dessus tout sur le mode d’organisation des mots et plus précisément sur la structure et le fonctionnement des syllabes, données qui constituent l’objet de savoirs systématisés basés sur des règles explicites simples et générales.

Défauts de conception et de construction des méthodes syllabiques

Pourquoi les réformes de 2006 n'ont-elles retenu ni recommandé aucun des livres de méthodes syllabiques déjà en usage ? Les raisons en sont nombreuses. Les unes se situent en amont et, les autres, en aval. Les premières sont d'ordre scientifique et, les dernières, celles qui en découlent. Le propos sera confiné à celles-ci dont voici les principales :

1) Les méthodes syllabiques vont des sons aux lettres de l'alphabet.
2) Les méthodes syllabiques ne font pas apprendre les lettres de l'alphabet.
3) Les méthodes syllabiques possèdent une combinatoire sommaire.
4) Les méthodes syllabiques ne se conçoivent ni ne se construisent sur le principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes des mots.
5) Les méthodes syllabiques présentent souvent des mots entiers.
6) Le traitement des consonnes doubles dans le découpage syllabique des mots n'est pas toujours cohérent.
7) L'organisation et la progression sont gravement déficitaires.
8) La notion de règle reste implicite.


Les défauts de conception et de construction des méthodes syllabiques sont évidents et nombreux et le bilan mitigé de l'apprentissage est à l'image de ces faiblesses qui n'ont pas permis au Ministre de l'Éducation nationale de proposer l'une d'entre elles (2).
Outre un déficit sévère d'explicite, d'organisation et de progression, l'inadéquation des méthodes de lecture résulte essentiellement de l'absence des socles de conception et de construction qui sont les lettres de l'alphabet et la structure et le fonctionnement des syllabes des mots.
Par contraste, Apprendre à lire en CP illustre, à travers son modèle d'approche conceptuel et les résultats qui en découlent, l'ensemble des faiblesses qui sont dégagées.

Remarques
a) La démarche pédagogique qui conduit des sons aux lettres provient d'une mauvaise application, à l'enseignement de la lecture, des résultats de la recherche en linguistique générale menée au siècle passé. Les sérieuses difficultés surtout en termes d'explicite, d'organisation et de progression des contenus matériels que connaissent les méthodes de lecture, syllabiques et non syllabiques, trahissent cette erreur.
b) Le procédé pédagogique des manuels actuels de méthodes syllabiques va des sons (ou "phonèmes" !!) aux lettres. On est obligé de constater qu'
aucun des parents qui emploient les manuels de méthodes syllabiques pour faire apprendre à lire à leur enfant ne va des sons aux lettres, mais plutôt des lettres aux sons, non seulement parce qu'il ne le peut pas (c'est une tâche particulièrement malaisée aux résultats difficilement contrôlables, à preuve ! ...), mais encore et surtout parce que c'est la démarche logique, corroborée par les neurosciences, étayée par la linguistique et la psychologie cognitive, soutenable par la science post-moderne ...
En conséquence, il faut le dire et le répéter,
aller des sons aux lettres en matière pédagogique de lecture est une approche erronée. Tout tend à démontrer l'existence de l'erreur, à commencer par la qualité des résultats obtenus et le rendement des méthodes mises en oeuvre, lesquels sont jugés peu satisfaisants.


Les méthodes globales et les méthodes semi-globales ou mixtes récusées à travers les résultats scolaires et par les neurosciences mises à part, on peut distinguer, selon le critère de modèle pédagogique, deux grands groupes de méthodes de lecture qui sont les méthodes non syllabiques et les méthodes syllabiques.

Les méthodes non syllabiques, représentées ici en particulier par les méthodes dites phonologiques, se définissent par une démarche pédagogique menant des phonies aux graphies, ou des sons ou phonèmes aux lettres de l’alphabet, et sont invalidées par les neurosciences comme étant contraires au principe de fonctionnement des circuits cérébraux.

Les méthodes syllabiques peuvent être divisées en deux sous-catégories : d’un côté, celles qui, sous l’influence des méthodes phonologiques comme les méthodes phonémiques, partent des sons ou phonèmes pour aller vers les lettres de l’alphabet et sont de ce fait remises en cause par les neurosciences ; de l’autre côté, celle en l’occurrence la méthode linguistique de lecture qui procède des lettres de l’alphabet vers les sons associés et qui est validée par les neurosciences en tant que modèle d’approche pédagogique correspondant à la nature et au principe de mécanisme de fonctionnement du cerveau et des langues humaines, lequel consiste à aller, d’une part, du visuel (les graphies) à l’auditif (les phonies) et, d’autre part, des éléments graphiques simples (les lettres de l’alphabet) aux éléments graphiques complexes (les combinaisons des lettres de l’alphabet que sont les syllabes, les mots, les phrases et les textes).
Voilà pourquoi il y a incompatibilité fondamentale entre, d’un côté, l’approche pédagogique qui conduit des sons aux lettres et, de l’autre, l’organisation explicite et progressive des contenus matériels.
C’est également la raison pour laquelle les livres de méthodes non syllabiques autant que ceux de méthodes syllabiques souffrent d’un réel déficit d'explicite, d’organisation et de progression.

Bref, influencées par les méthodes dominantes que sont les méthodes globales, les méthodes semi-globales ou mixtes, les méthodes phonologiques, les méthodes phonémiques, etc., les méthodes syllabiques ne font pas apprendre les lettres de l’alphabet ; et, comme la plupart d’entre elles, les méthodes syllabiques font apprendre à lire non pas à partir des lettres de l’alphabet mais à partir des sons.
Il se comprend que de multiples défauts soient communs aux méthodes non syllabiques et aux méthodes syllabiques.

Le traitement syllabique dans les méthodes de lecture

La transcription actuelle de la langue française utilise 26 signes graphiques appelés lettres. Dans la formation des mots, les lettres sont réunies par petits groupes de 2 à 5 éléments comme dans "sa ble" et "prin temps" et, selon l'ordre de présentation des éléments dans la chaîne graphique, les petits groupes ont des réalisations phonétiques différentes correspondant à chacun d'entre eux.
L'apprenant doit maîtriser les lettres, les éléments propres à chaque petit groupe, l'ordre linéaire des éléments de chaque petit groupe et la prononciation associée à chaque petit groupe. 
C'est la conception autour de laquelle s'articule la méthode linguistique de lecture. Le traitement des syllabes au sein des mots (ou, plus exactement, le comportement des lettres au sein des syllabes) y est central et repose sur leur principe d'organisation et de fonctionnement. C'est-à-dire sur des règles. Celles qui gouvernent les lettres dans les syllabes des mots.

Il y a un lourd déficit de traitement des structures et du fonctionnement des syllabes des mots dans les méthodes de lecture (3). C'est un handicap définitif à leur validité par rapport à la nature et au mode de fonctionnement des langues humaines en général et de la langue française en particulier dont la prononciation présente d'importantes irrégularités au regard du système d'écriture ou de l'orthographe usuelle. En effet, le socle pédagogique de lecture de la langue française repose sur le principe selon lequel, sous telles conditions rigoureusement définies, telle suite ordonnée précise de lettres se prononce de telle manière exacte. C'est le principe le plus élémentaire et le plus fondamental qui, au bout du compte, est à faire connaître, comprendre et apprendre à l'enfant et qui s'avère incompatible avec l'approche globale ou phonologique des méthodes de lecture. Ce qui, en dernière analyse, explique leur manque de pertinence.

Une notion cruciale méconnue des méthodes de lecture est celle de condition corrélée avec les concepts fondamentaux de position et de contexte.  A quelles conditions les segments écrits sont-ils réalisés de telle ou telle façon ? En ne se posant pas cette question décisive dans la construction de leur démarche d'acquisition du code écrit, elles laissent de côté une donnée majeure du contenu pédagogique. Cette négligence est une des carences profondes qui compromettent gravement leur efficacité (4).
En résumé, le caractère phonétiquement changeant du comportement des lettres des syllabes dans les mots implique la notion de condition constituée principalement du contexte et de la position des lettres.
La méthode linguistique de lecture organise la combinatoire fondamentalement autour des concepts de position et de contexte qui sont les conditions déterminantes de réalisations phonétiques des unités alphabétiques et syllabiques des mots. Livret 1b. Assemblage des lettres et apprendre à lire en CP illustrent parfaitement bien ces explications.

La méthode syllabique pertinente est celle qui est validée en particulier par les neurosciences et la linguistique et, par conséquent, respectueuse de la nature et du mode de fonctionnement du cerveau et de la langue écrite, c'est-à-dire 
1)
celle qui part des éléments graphiques simples pour aller vers les éléments graphiques complexes en l'espèce les lettres de l'alphabet et leurs assemblages ;
2) celle qui s'appuie sur le système d'écriture actuel et intègre les changements phonétiques subis par les éléments graphiques en fonction du contexte et de la position au sein des syllabes des mots ;
3)
celle qui part des éléments graphiques pour aller vers les sons qui leur correspondent ;
4) celle qui va des données visuelles aux données auditives ;
5) celle qui est bâtie sur le mode d'organisation et de fonctionnement des syllabes et des mots.


Pour résumer, le principe fondamental de la méthode syllabique adéquate est l'acquisition des lettres de l'alphabet et de leurs combinaisons conduisant à la maîtrise du principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes et des mots.
La méthode linguistique de lecture (http://www.methode-linguistique.com ) se définit par ces propriétés caractéristiques de la méthode syllabique adéquate.

Indice de l'approche pédagogique adéquate

Depuis toujours, les parents, sans exception, qui font apprendre à lire à leur enfant, partent des lettres de l’alphabet pour aller vers les sons qui leur correspondent. Le procédé conduit à la connaissance du mode d'organisation des syllabes et des mots et à l'assimilation des règles de leur prononciation. Les résultats de ce modèle d’approche n’ont pas révélé à ce jour d’inconvénient quelconque. C’est parce que le procédé, qualifié de « syllabique » ou  d’ « alphabétique », obéit à l’ordre des choses, c'est-à-dire qu'il est logique.

Depuis l’avènement du procédé qualifié de « phonologique » et de « phonémique » né d’une erreur d'utilisation des travaux de recherche en linguistique, les enseignants mais non les parents, vont des sons aux lettres de l’alphabet (5).

Les neurosciences valident le procédé qui mène des lettres de l’alphabet aux sons correspondants et contredisent le procédé inverse. D’autres disciplines scientifiques telles la linguistique générale permettent également de démontrer que la démarche pédagogique de lecture qui conduit des sons aux lettres de l’alphabet est mal fondée.

Remarques.- Une méthode de lecture qui se définit comme syllabique ou alphabétique et n'incorpore pas l'apprentissage des lettres de l'alphabet dans son cheminement laisse à tout le moins perplexe. C'est pourtant le cas des méthodes syllabiques à l'heure actuelle. La situation ne recèle pas de mystère. L'influence des méthodes phonologiques a conduit les méthodes syllabiques à partir des sons pour aller vers les lettres de l'alphabet, et l'apprentissage des lettres de l'alphabet s'est alors avéré sinon inutile du moins hautement problématique. L'impossibilité d'organisation progressive du contenu matériel des méthodes syllabiques résulte de cette situation (6).
D'un point de vue scientifique et linguistique, l'absence d'enseignement des lettres de l'alphabet s'explique par une méconnaissance de la nature et du mode de fonctionnement des langues humaines.

Le découpage syllabique et l’explicite

Comme la méthode linguistique de lecture et bien que dans une perspective théorique différente, certaines méthodes syllabiques opèrent une décomposition des mots en syllabes, à juste titre sous deux aspects capitaux qui sont d’offrir la possibilité de repérage des syllabes des mots et de formuler les règles de leur prononciation. En termes d’explicite et au regard de la nature et du mode de fonctionnement des langues humaines, une méthode de lecture qui ne donne pas le moyen de discriminer les différentes syllabes des mots est profondément lacunaire. Permettre de distinguer les syllabes des mots, c’est fournir l’occasion d’énoncer les règles de réalisations phonétiques des syllabes et donc des mots qu’elles forment. Voilà pourquoi, d’un point de vue sémiologique, un enfant qui ne domine pas la composition syllabique des mots ne saura pas reconnaître, identifier et comprendre les mots, c’est-à-dire accéder à la compétence en lecture.
Le découpage des mots en syllabes est un trait du caractère explicite de la méthode d’enseignement de la lecture en l’occurrence la méthode linguistique de lecture. Un dénominateur commun aux Livrets de la méthode linguistique de lecture est la décomposition des mots en syllabes à des fins de formulation des règles de leur prononciation. Voir, pour des exemples, les pages des Livrets présentées sur le site http://www.methode-linguistique.com .

Les nouveaux programmes officiels de 2006, inspirés des résultats de la recherche scientifique et universitaire, insistent sur la nécessité d’un "enseignement systématique" de la lecture. 
La méthode linguistique de lecture rend possible cet enseignement qui, dans l’optique d’une pédagogie scientifique, s'assigne pour objet des connaissances explicites, structurées, progressives, cohérentes, logiques, rigoureuses et complètes, construites sur les catégories linguistiques signifiantes dont les socles sont les lettres, l'organisation et le fonctionnement des syllabes. Ce que nous formulerons par enseignement à base de connaissances systématisées.

Le code et le sens

Au niveau de l'articulation de la relation entre le code et le sens dans l'approche pédagogique, la méthode de lecture pertinente est conçue et bâtie sur les catégories linguistiques signifiantes dont les socles sont les lettres, l'organisation et le fonctionnement des syllabes. Dans ce modèle, le code et le sens se trouvent naturellement associés l'un à l'autre (7). En dernier examen, c'est la méthode analytique et la méthode synthétique qui sont articulées l'une avec l'autre dans la méthode de lecture adéquate faisant de celle-ci un modèle pédagogique unificateur ou intégrateur (8) et suggérant de ce fait l'existence non pas d'une multitude de méthodes de lecture qui contredisent les unes les autres mais d'une seule.  C'est le résultat qui ressort de la méthode linguistique de lecture.

S'il fallait, par rapport à la méthode syllabique adéquate, résumer en une formule l'enseignement de la lecture issu de la recherche scientifique et universitaire de la dernière décennie et préconisé à travers les nouveaux programmes officiels de 2002 et de 2006, on dirait qu'il s'agit de méthode pédagogique de lecture conçue et construite sur des connaissances explicites, structurées et progressives dont les socles sont les lettres, l'organisation et le fonctionnement des syllabes des mots.
Livret 1a. Lettres de l'alphabet et Livret 1b. assemblage des lettres bientôt accompagnés d'Apprendre à lire en CP, qui se complètent à merveille sur ces différents points, offrent les éléments de contenu de la méthode syllabique adéquate.

Au coeur de la syllabe

La méthode syllabique adéquate installe l'enseignement de la lecture au coeur des syllabes des mots.
La syllabe est la résultante de la combinaison des lettres pour constituer les unités de formation des mots.
L'acquisition de la réalisation phonétique de la syllabe du mot se construit sur le contexte et la position de ses lettres constitutives (9). En résumé, la méthode linguistique de lecture s'assigne pour objet essentiel de connaissances explicites les règles de formation syllabique et de réalisations phonétiques des mots.
Tout se joue au centre de la syllabe ! Pour en être persuadé, il faut connaître et comprendre la nature et le mode de fonctionnement des langues humaines en général et de la langue française contemporaine en particulier.



Bernard Wemague
26 mars 2007

(1) Il s’agit là d’une définition très générale, applicable à l’état de transcription non phonologique actuel et également à l’état de transcription phonologique ultérieur de la langue française. C’est parce que d’un point de vue scientifique, le principe de la démarche demeure le même dans tous les cas et conduit des signes graphiques aux signes phoniques correspondants.

(2) Qui, mieux que le Ministre de l’Éducation nationale, est placé pour l’évaluation scientifique et pédagogique des manuels scolaires en général et des livres de méthodes de lecture en particulier ?
Or, il a recommandé une nouvelle méthode de lecture, récusant par là même celles, ô combien nombreuses, qui existent déjà dans le domaine. C’est parce qu’elles ne sont satisfaisantes ni scientifiquement ni pédagogiquement.
Les rapports du Ministère de l’Éducation nationale sont défavorables à bon nombre de manuels scolaires. Ces derniers sont rédigés le plus souvent par des enseignants et, parfois, des non-enseignants, qui ne sont pas scientifiques. Ce qui leur manque, c’est précisément des arrières-fonds scientifiques et, plus exactement, des bases théoriques, lesquelles sont indispensables à la détermination des critères d’organisation et de progression des contenus pédagogiques. Et pourtant, tous les manuels scolaires s’attachent à souligner leur organisation et leur progression dans la présentation des contenus matériels, en raison de leur rôle de toute première importance dans les domaines de l’enseignement et de l’apprentissage. En réalité, l’organisation et la progression d’un manuel scolaire, qui soient le moins irréprochables possible, requièrent de solides compétences de scientifique, de chercheur et d’enseignant. L’examen des ouvrages pédagogiques révèle que c’est chez des universitaires que se trouve réuni l’ensemble de ces qualifications. Voilà pourquoi nous défendons l’idée selon laquelle les enseignants des écoles, des collèges et des lycées doivent avoir le même niveau de compétences que leurs collègues des universités. Cela est indispensable pour une formation de qualité. Les enseignants du primaire et du secondaire en sont d’ailleurs conscients, puisqu’ils ne se satisfont pas de leur formation jugée insuffisante et, dans certains cas, inadaptée. Le système éducatif devra tôt ou tard trancher entre la situation actuelle et la proposition suggérée. Mais, le plus tôt serait le mieux ! Le métier d’enseignant et la recherche sont liés. Or, il n’y a pas de recherche sérieuse sans assises scientifiques corrélatives. Finalement, science, recherche et enseignement sont étroitement associés et doivent l’être à tous les niveaux d'enseignement et non pas seulement dans l’enseignement supérieur comme on peut le constater aujourd’hui.

(3) Dans certaines publications de l'Observatoire national de la lecture, l'intervention travaille justement sur le traitement des mots écrits. Cependant, elle ne s'assigne pas pour objet de connaissance le principe d'organisation et de fonctionnement des syllabes des mots écrits. En conséquence, là aussi, le traitement des structures et du fonctionnement des syllabes constitutives des mots demeure lourdement déficitaire. C'est, selon toute vraisemblance, parce qu'il s'agit d'un modèle d'approche pédagogique à référence phonologique qui, par ailleurs, n'admet pas le mode de décomposition des mots en syllabes basé sur le système d'alphabet usuel.

(4) Lorsque, devant les diverses et multiples valeurs phonétiques revêtues par les lettres de l'alphabet dans les syllabes des mots suivant le contexte et la position, les méthodes syllabiques se contentent d'énoncer "b-a, ba", les connaissances ainsi fournies à l'apprenant sont tout à fait insuffisantes ; pire, lorsque les méthodes non syllabiques n'apportent même pas ce strict minimum indispensable, les résultats attendus sont prévisibles.
Telle est la situation particulièrement difficile qui a nécessité la révision complète des programmes d'enseignement de la lecture par le Ministre de l'Éducation nationale en 2006.

(5) Si l'apprentissage de la lecture à la maison est peu apprécié de certains enseignants, c'est parce que l'approche pédagogique adoptée à l'école et l'approche pédagogique pratiquée en famille sont totalement opposées l'une à l'autre ! On imagine les difficultés d'un enfant soumis à cette épreuve ! Conscients de la situation, beaucoup de parents font apprendre à lire à leur enfant avant la rentrée en CP. Est-ce la solution ? C'est sans doute la moins mauvaise.
Les nouveaux programmes doivent permettre une harmonisation des procédures et offrir par là même la possibilité d'une collaboration entre enseignants et parents qui ne saurait être que bénéfique pour l'enfant.

(6) Une profonde divergence d'approche d'analyse critique des méthodes de lecture est constatable entre les auteurs d'inspiration scientifique moderne et l'auteur de ces lignes particulièrement en termes critériologiques. Dans le premier cas, un certain nombre de livres de lecture choisis de manière apparemment aléatoire et discutable sont examinés les uns après les autres selon un schéma intuitivement préétabli, tandis que dans le dernier cas, c'est l'ensemble de tous les livres de lecture qui est abordé en même temps à l'aide des disciplines les plus en adéquation avec l'enseignement de la lecture telles la logique, la linguistique, la science, la méthodologie, les neurosciences, la psychologie, la phonétique, la phonologie.
Il s'agit en fait de deux modèles d'approche opposés, celui de la science moderne et celui de la science post-moderne. Par rapport aux livres de lecture dont il est question, l'un reste en surface pendant que l'autre descend au fond.
Enfin, les difficultés de la situation sont encore attestées par des changements sémantiques inattendus et peu efficients des notions pédagogiques fondamentales comme principe alphabétique, progression, etc.  Par exemple, la progression conduirait des phrases aux lettres (c'est le cas des méthodes globales, des méthodes phonologiques et ainsi de suite) ! Dans un cas comme celui-ci, pédagogiquement parlant, l'auteur ne fait pas de distinction ent
re une conception scientifique et une conception empiriste.

(7)
Un des points qui manifestent les difficultés des méthodes de lecture est celui de la relation du code au sens. Les méthodes globales et apparentées, les méthodes phonologiques et dérivées, etc., sont construites autour du sens. La méthode linguistique de lecture est élaborée en concomitance sur le code et le sens.

(8) La méthode de lecture adéquate renferme par nature l'ensemble des éléments positifs contenus dans toutes les méthodes de lecture actuellement existantes. Logiquement, il ne saurait en être autrement.

(9) "Syllabe" s'entend celle des mots de la langue française et est synonyme de "syllabe naturelle" par opposition à "syllabe artificielle" qui est reprochée aux méthodes syllabiques et ne correspond pas forcément aux syllabes des mots du français. Il s'agit, bien entendu, du français écrit ! C'est l'occasion de préciser ici que sauf indications contraires, les notions de syllabe et de mot se réfèrent à la langue écrite.
La méthode linguistique construit l'apprentissage de la lecture à partir des syllabes des mots de la langue écrite et vise essentiellement à faire connaître, comprendre et apprendre les structures des syllabes et les règles de prononciation des syllabes au regard du contexte et de la position de leurs éléments constitutifs.