La méthode syllabique adéquate

Pourquoi les réformes de 2006 n'ont-elles retenu ni recommandé aucune des méthodes syllabiques déjà en usage ? Les raisons en sont nombreuses. Les unes se situent en amont et, les autres, en aval. Les premières sont d'ordre scientifique et, les dernières, celles qui en découlent. Le propos sera confiné à celles-ci dont voici les principales :

1) Les méthodes syllabiques vont des sons aux lettres de l'alphabet.
2) Les méthodes syllabiques ne font pas apprendre l'alphabet.
3) Les méthodes syllabiques possèdent une combinatoire sommaire.
4) Les méthodes syllabiques présentent souvent des mots entiers.
5) Le traitement des consonnes doubles dans le découpage syllabique des mots n'est pas toujours cohérent.
6) L'organisation et la progression sont gravement déficitaires.
7) La notion de règle reste implicite.

Les difficultés liées aux méthodes syllabiques sont évidentes et les résultats obtenus de l'apprentissage sont à l'image de ces faiblesses qui n'ont pas permis au Ministre de l'Éducation nationale de proposer l'une d'entre elles.

Remarques
a) La démarche pédagogique qui conduit des sons aux lettres provient d'une erreur d'application, à l'enseignement de la lecture,  des résultats de la recherche en linguistique menée au siècle passé. Les sérieuses difficultés surtout en termes d'organisation et de progression de contenus matériels que connaissent les méthodes de lecture, syllabiques et non syllabiques, trahissent cette erreur.
b) Le procédé pédagogique des manuels actuels de méthode syllabique va des sons (ou "phonèmes" !!) aux lettres. On est obligé de constater qu'
aucun des parents qui emploient ces manuels pour faire apprendre à lire à leur enfant ne va des sons aux lettres, mais plutôt des lettres aux sons, non seulement parce qu'il ne le peut pas (c'est une tâche particulièrement malaisée aux résultats difficilement contrôlables, à preuve ! ...), mais encore et surtout parce que c'est la démarche logique, corroborée par les neurosciences, étayée par la linguistique et la psychologie cognitive, soutenable par la science post-moderne ...
En conséquence, il faut le dire et le répéter,
aller des sons aux lettres en matière pédagogique de lecture est une approche erronée. Tout tend à démontrer l'existence de l'erreur, à commencer par les résultats scolaires presque unanimement contestés.

 

Les méthodes globales et les méthodes semi-globales ou mixtes contestées à travers les résultats scolaires et par les neurosciences mises à part, on peut distinguer, selon le critère de modèle pédagogique, deux grands groupes de méthodes de lecture qui sont les méthodes non syllabiques et les méthodes syllabiques.

Les méthodes non syllabiques, représentées ici en particulier par les méthodes dites phonologiques ou phonémiques, se définissent par une démarche pédagogique menant des phonies aux graphies, ou des sons ou phonèmes aux lettres de l’alphabet, et sont invalidées par les neurosciences comme étant contraires au principe de fonctionnement des circuits cérébraux.

Les méthodes syllabiques peuvent être subdivisées en deux catégories : d’un côté, celles qui, sous l’influence des méthodes phonologiques ou phonémiques, partent des sons ou phonèmes pour aller vers les lettres de l’alphabet et sont de ce fait invalidées par les neurosciences ; de l’autre côté, celle en l’occurrence la méthode linguistique de lecture qui procède des lettres de l’alphabet vers les sons associés et qui est validée par les neurosciences en tant que modèle d’approche pédagogique correspondant au principe de mécanisme de fonctionnement du cerveau, lequel consiste à aller, d’une part, du visuel (les graphies) à l’auditif (les phonies) et, d’autre part, des éléments graphiques simples (les lettres de l’alphabet) aux éléments graphiques complexes (les combinaisons des lettres de l’alphabet que sont les syllabes, les mots, les phrases et les textes).

Voilà pourquoi il y a incompatibilité fondamentale entre, d’un côté, l’approche pédagogique qui conduit des sons aux lettres et, de l’autre, l’organisation progressive des contenus matériels.
     C’est également la raison pour laquelle les livres de méthode non syllabique autant que ceux de méthode syllabique souffrent d’un réel déficit d’organisation et de progression.

     En somme, influencées par les méthodes dominantes que sont les méthodes globales,  les méthodes semi-globales ou mixtes, les méthodes phonologiques ou phonémiques, etc., les méthodes syllabiques ne font pas apprendre les lettres de l’alphabet ; et, comme la plupart d’entre elles, les méthodes syllabiques font apprendre à lire non pas à partir des lettres de l’alphabet mais à partir des sons.
     Il se comprend que de multiples défauts soient communs aux  méthodes non syllabiques et aux méthodes syllabiques.

    La méthode syllabique pertinente est celle qui est validée par les neurosciences et, par conséquent, respectueuse de la nature et du mode de fonctionnement du cerveau et de la langue écrite, c'est-à-dire 
1) celle qui part des éléments graphiques simples pour aller vers les éléments graphiques complexes en l'espèce les lettres de l'alphabet et leurs assemblages ;
2) celle qui part des éléments graphiques pour aller vers les sons qui leur correspondent ;
3) et, finalement, celle qui va des données visuelles aux données auditives.
     La méthode linguistique de lecture répond à cette définition. Une comparaison avec les méthodes précédemment évoquées peut permettre d'en juger.

Depuis toujours, les parents, sans exception, qui font apprendre à lire à leur enfant, partent des lettres de l’alphabet pour aller vers les sons qui leur correspondent. Les résultats de ce modèle d’approche n’ont pas révélé à ce jour d’inconvénient quelconque. C’est parce que le procédé, qualifié de « syllabique » ou  d’ « alphabétique », obéit à l’ordre des choses. Il est donc logique.

Depuis l’avènement du procédé qualifié de « phonologique » ou de « phonémique » né d’une erreur d’adaptation, à l’enseignement de la lecture, des travaux de recherche en linguistique, les enseignants mais non les parents, vont des sons aux lettres de l’alphabet.

Les neurosciences valident le procédé qui mène des lettres de l’alphabet aux sons correspondants et réfutent le procédé inverse. D’autres disciplines scientifiques permettent également de démontrer que la démarche pédagogique de lecture qui conduit des sons aux lettres de l’alphabet est mal fondée.

Remarques.- Une méthode de lecture qui se définit comme syllabique ou alphabétique et n'intègre pas l'apprentissage des lettres de l'alphabet dans son cheminement laisse à tout le moins perplexe. C'est pourtant le cas des méthodes syllabiques à l'heure actuelle. La situation ne recèle pas de mystère. L'influence des méthodes phonologiques ou phonémiques a conduit les méthodes syllabiques à partir des sons pour aller vers les lettres de l'alphabet, et l'apprentissage des lettres de l'alphabet s'est alors avéré sinon inutile du moins fort problématique. L'impossibilité d'organisation progressive du contenu matériel des méthodes syllabiques résulte de cette situation.

 

Bernard Wemague
26 mars 2007