La méthode de lecture et l’état actuel des connaissances scientifiques
On se propose de situer très rapidement ici la méthode linguistique de lecture du français contemporain par rapport aux acquis actuels des travaux scientifiques de linguistique générale, de neurosciences et de sciences cognitives au regard du fonctionnement du français, de l’apprentissage éducatif et du cerveau.
Face au projet d’enseignement d’une langue humaine, trois hypothèses sont possibles : soit la langue est dotée d’un système phonologique et alors l’enseignement commence naturellement par l’alphabet phonologique, soit la langue ne dispose pas d’écriture auquel cas l’établissement du système phonologique s’impose et, en conséquence, le démarrage de l’enseignement de la lecture par la mise en place du système phonologique, soit enfin la langue possède un système non phonologique et à ce moment-là le départ de l’enseignement de la lecture est fondé sur l’écriture non phonologique usitée.
En aucune manière, un système non phonologique et un système phonologique ne doivent pas être mélangés dans un support pédagogique de la lecture, parce que cela n’est pas cohérent et complique considérablement la tâche, comme on peut le voir en français.
La linguistique générale définit trois composantes dans les langues humaines, qui sont la composante syntaxique, la composante sémantique, la composante phonologique et phonétique.
La définition a inspiré la méthode linguistique de lecture du français qui conçoit le code alphabétique, notion sur l’importance de laquelle s’accordent les scientifiques, comme une équation à trois termes, qui forment le schéma suivant : lettre-son-sens.
Dans ce schéma, « lettre » désigne soit de façon restrictive la lettre de l’alphabet non phonologique, soit de manière large la syllabe, le mot, la phrase, le texte, c’est-à-dire le code écrit dont les unités sont formées à partir des lettres et des syllabes ; « son », la façon de lire chaque unité ; « sens », ce que chaque unité lue signifie ou le message qui est transmis à travers les lettres et leurs assemblages réalisés en séquences de signaux sonores. On peut alors parler du schéma code-son-sens.
Le code, le son et le sens sont des domaines totalement différents, quoique imbriqués. Cependant, il y a une relation de dépendance du son et du sens par rapport au code. C’est le code qui est le fondement même de la lecture et de son apprentissage : sans code, pas de lecture et conséquemment pas d’apprentissage. Par suite, il faut aller progressivement du code au son et au sens (et non pas du sens ou du son au code), en partant des lettres de l’alphabet.
Ainsi, la méthode linguistique de lecture est construite sur le code écrit, sur la réalisation phonétique et sur l’interprétation sémantique du français. La construction s’effectue à l’aide de deux ordres d’unités qui sont les lettres et les syllabes, en adéquation avec le mode de fonctionnement du cerveau et de l’apprentissage éducatif.
Une particularité des lettres et des syllabes est de correspondre à une seule et unique émission vocale. De ce point de vue, une syllabe est une séquence de lettres à ordre spécifique correspondant à une seule et unique émission vocale spécifique et le travail consiste en la construction de cette relation de correspondance ; par ailleurs, une syllabe apparaît dans différents mots de la langue écrite autant que de la langue orale et représente une règle générale dont la formulation doit être explicite et simple. C’est à ce titre que le travail d’enseignement et d’apprentissage de la lecture est centré, dans la première grande étape du projet, sur la maîtrise de la lecture des syllabes marquées par des changements phonétiques contextuels et positionnels des éléments constitutifs et revient, au bout du compte, à reconnaître les syllabes, c’est-à-dire à diviser les syllabes en segments, et à les identifier, c’est-à-dire à repérer les séquences de lettres à ordre spécifique, les prononciations associées, le sens du mot généré par la composition des syllabes.
La méthode linguistique de lecture prend racine dans le code écrit auquel sont associés les sons et le sens conformément aux travaux de linguistique générale.
Elle progresse des lettres vers les syllabes suivant les lois des mécanismes du cerveau établies par les neurosciences.
Elle s’appuie sur un objet de la connaissance explicite et structuré consistant en règles, rigoureuses, précises, générales et simples, en phase avec la théorie contemporaine de l’apprentissage appliqué à l’éducation.
Bernard Wemague
Mai 2008