La méthode
de lecture et l’orthographe
La
conception à fondements essentiellement linguistiques de l’enseignement de la
lecture lie étroitement la méthode de lecture et l’orthographe et, par conséquent,
l’apprentissage de la lecture et l’acquisition de l’orthographe.
En clair,
l’apprentissage de la lecture induit l’acquisition de l’orthographe.
Le
resserrement de lien entre la méthode de lecture et l’orthographe est vérifié
à travers le modèle de présentation principalement du Livret 1a. Lettres
de l’alphabet, du Livret 1b. Assemblage des lettres et d’Apprendre
à lire en CP. Les mots sur lesquels s’opère l’enseignement sont systématiquement
découpés en syllabes et l’enfant a devant les yeux les structures des mots
en question (1). Dans Apprendre à lire en CP plus particulièrement, la
forme syllabique et la forme non syllabique des mots sont présentées
simultanément (2).
Ainsi,
la structure du mot n’échappe pas à l’enfant, ni la règle de lecture du
mot. Bref, il possède les unités constitutives des mots et maîtrise les règles
de leur prononciation. Parce que c’est l’objet essentiel de l’enseignement
et de l’apprentissage.
En
somme, l’enfant mémorise les mots à partir de leurs structures ou de
l’analyse de leur signifiant en constituants formels (c’est l’esprit des réformes
de 2002) ; c’est-à-dire plus exactement et pour suivre les résultats de
la recherche menée par l’Observatoire national de la lecture, que l’enfant
sait comment s’écrit le mot (3), comment il se prononce et ce qu’il
signifie, ce qui correspond à ce que l’Observatoire a appelé « identification »
dans le processus d’apprentissage de la lecture, opération conditionnée par
le décodage (ou déchiffrage) lui-même déterminé par l’encodage (ou
combinatoire) qui permet à l’enfant l’autonomie en lecture (4).
Au
bout du compte, la méthode de lecture mène tout naturellement à
l’orthographe.
Elle est, par essence, incompatible avec l’illettrisme.
C’est les conclusions auxquelles conduit l’analyse de contenu de la méthode
linguistique de lecture.
Les
nouveaux programmes officiels de 2006 accordent comme il se doit une place
importante à l’orthographe et s’appuient sur les résultats des travaux de
l’Observatoire national de la lecture évoqués.
La
méthode de lecture et l’orthographe sont indissociables.
Le modèle de conception et de présentation des Livrets de la méthode
linguistique de lecture le montre de lui-même.
Résumons.
Une relation directe forte unit la méthode de lecture et l’orthographe.
Savoir lire un mot, c’est encore savoir l’écrire.
Bernard
WEMAGUE
Juin 2007
(1) On est loin de la « mémorisation
globale » caractéristique de certaines méthodes d’enseignement de la
lecture.
(2) A l’issue du CP, aucune
structure d’un mot de la langue courante et de la langue littéraire n’est
étrangère à l’enfant. Et, à travers la connaissance des structures,
c’est la maîtrise des règles de prononciation des mots qui est acquise, dans
la mesure où les unités syllabiques des mots constituent des règles phonétiques.
(3) Dans certaines publications de
l’Observatoire national de la lecture, l’enseignement de la lecture est, à
juste raison, centré sur le « mot écrit ». Le fait est important
à signaler dans la mesure où la question de savoir si l’approche pédagogique
de la lecture doit procéder des phonies aux graphies ou l’inverse ne semble
pas nettement tranchée dans bien des cas.
(4) Le problème d’autonomie en
lecture, comme celui d’illettrisme, se pose inévitablement dans les méthodes
globales ainsi que dans les méthodes à base de référence phonologique ou
phonétique. C’est parce que, de façon essentielle, les démarches de ces
types de méthodes évacuent l’enseignement des lettres de l’alphabet, éludent
la combinatoire et ne vont pas des éléments graphiques simples aux éléments
graphiques complexes, toutes carences profondes qui vouent à de sérieuses
difficultés voire à l’échec en lecture lorsqu’on sait que les démarches
en cause sont contraires à la nature et au mode de fonctionnement du cerveau et
des langues humaines.