La méthode de lecture et l’explicite

La méthode de lecture est une méthode graphique scientifiquement à base du principe d’explicite, de simplicité et de généralité.
L’explicite est une marque caractéristique de pédagogie scientifique de la méthode de lecture. Il s’opère, entre autres, sur les notions essentielles de lettre, consonne, voyelle, semi-consonne ou semi-voyelle, syllabe, mot, phrase, etc., en relation, d’une part, avec le modèle de transcription alphabétique actuel de la langue française et, d’autre part, avec le concept fondamental de règle qui se trouve au cœur de la pensée linguistique et, par-delà, de la conception scientifique et méthodologique contemporaine.
Par rapport au principe d’explicite et à l’apprentissage de la lecture, l’enfant doit commencer par connaître les catégories du français mentionnées, dans l’optique de l’application des règles (1) de lecture à laquelle est lié l’accès au sens.  

Avant de poursuivre ce très court exposé, arrêtons-nous quelques instants sur deux points importants.
Le principe d'explicite dans les programmes officiels.  L'approche pédagogique explicite conduit en particulier et de manière essentielle à la découverte du principe d'organisation des mots écrits en unités constitutives et conséquemment aux règles de leur prononciation (voir à cet égard le modèle de présentation du Livret 1a. Lettres de l'alphabet et du Livret 4. la syllabe et le mot), ce qui correspond aux nouvelles instructions officielles de 2002 et de 2006 qui font des concepts d'explicite et de règle des fondamentaux pédagogiques de la lecture.
Le principe d'explicite dans les Livrets de la méthode linguistique. Comment le principe d'explicite est-il mis en oeuvre de façon concrète dans les Livrets de la méthode linguistique de lecture ? L'organisation et la progression logiques des Livrets à travers les titres mêmes répondent : les lettres de l'alphabet, l'assemblage des lettres de l'alphabet, la syllabe et le mot, etc. Le contenu matériel de chaque Livret obéit au même principe, sans perdre de vue le principe de simplicité et de facilité.

Un déficit d’explicite, sinon un explicite sommaire, est un des défauts majeurs communs aux méthodes de lecture aujourd’hui existantes.
Du point de vue de la logique scientifique, il ne peut y avoir qu’une méthode de lecture. Redisons-le, le fait pour chaque auteur de ne concevoir et proposer qu’une méthode en dépit de la diversité des individus auxquels elle s’adresse suggère l’existence non pas d’une pluralité mais d’une unicité de méthode de lecture.
Voilà pourquoi il convient de défendre l'expression « la méthode de lecture » et de combattre « les méthodes de lecture ». Dans l’esprit de tout inventeur comme dans la science, il y a la méthode de lecture. Il s’agit alors, pour l’inventeur, de faire correspondre la méthode de lecture qu’il a en tête avec celle de la science, ou plutôt d’extraire de la science la méthode de lecture.
La cacophonie qui règne en ce moment dans le domaine de la lecture reflète le fossé entre la méthode de lecture de chaque concepteur et la méthode de lecture de la science. Cela revient à dire que la méthode de lecture de chaque concepteur ne coïncide guère avec celle de la science. Or, dans une logique rigoureuse, qui dit science dit nécessairement explicite. La cacophonie en matière pédagogique de lecture s’explique par l’absence sinon l’insuffisance d’explicite ou de science. C’est la raison pour laquelle l’élaboration de la méthode de lecture ne saurait faire l’économie de lourds investissements dans les champs théoriques de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique.

La méthode linguistique de lecture est une tentative d’approche pédagogique explicite de la lecture et, en conséquence, une tentative d’élaboration de la méthode de lecture (2).
En témoignent les contenus matériels de ses différents Livrets, à commencer par leur présentation même.
L’originalité de ses objectifs consiste notamment dans la compréhension à la fois des notions de base d’apprentissage de la lecture et des contenus matériels de la méthode.  

Les méthodes de lecture ont deux gros problèmes à caractère scientifique et pédagogique qui sont l'explicite d'un côté, l'organisation et la progression de l'autre.
Sur ces points de fond, la méthode linguistique de lecture représente une contribution remarquable.

Les méthodes de lecture bornent, la plupart du temps et sans précision du point de vue considéré, leur définition du terme « apprendre à lire » au but ultime qu’est la compréhension de ce qui est écrit, la faiblesse évidente étant encore et surtout de définir l’activité par sa finalité.
Il existe une compréhension en amont de celle qui détermine une bonne maîtrise de la lecture, celle des données notionnelles en jeu dans l’activité pédagogique et qui sont à expliciter, c’est-à-dire à rendre claires et nettes pour l’enfant. Intervient alors le principe de simplicité qui est un autre trait de pédagogie scientifique, auquel s’ajoute celui de généralité. Ces traits sont des facteurs facilitateurs de la méthode de lecture. Ils constituent des exigences auxquelles la méthode linguistique de lecture s’est attachée à répondre.

 

Bernard WEMAGUE  
Juin 2007

(1) Qui dit enseignement en l'occurrence enseignement de la lecture dit formulation des règles. Or, comment est-il logiquement possible d'énoncer des règles claires et précises, simples et générales à l'enfant si, ce faisant, on ne lui désigne pas les diverses unités graphiques par leurs noms ?
Par suite, il lui faut s’approprier les différentes unités graphiques et être capable de les nommer. C'est ce que recommandent les nouveaux programmes pédagogiques officiels de 2002 pour les lettres de l'alphabet. Il convient d'étendre la disposition à l'ensemble des catégories d’unités linguistiques du français dans le cadre d'un enseignement et d'un apprentissage explicites de la lecture. Livret 1a. Lettres de l'alphabet incorpore cette dimension dans les développements qu'il présente. 
Au reste, il s’avère particulièrement malaisé en termes pratiques d’enseigner à lire à un apprenant incapable de distinguer les catégories d’unités graphiques utilisées. C’est ce qui se passe pourtant aujourd’hui !

(2) Cette tentative est consciente du fait que la science et la méthodologie de la recherche scientifique en tant que domaines de connaissance autonomes restent à construire.