La méthode de lecture et la transcription du français

Par rapport à la manière dont le français se transcrit actuellement et doit conséquemment s’enseigner, une question qui n’aurait logiquement pas dû se poser est la suivante. Faut-il enseigner en partant de la manière dont le français se transcrit aujourd’hui ou en partant de la manière dont il aurait dû se transcrire ?

Avant de répondre, il faut savoir que dans le cas précis du français comme dans celui de la totalité des langues humaines à longue tradition écrite, deux hypothèses sont envisageables : celle du français transcrit par l’alphabet phonétique et celle du français transcrit par l’alphabet non phonétique.

L’alphabet phonétique est un système alphabétique établi par l’Association Phonétique Internationale (A.P.I.) et applicable à l’ensemble de toutes les langues humaines du monde ; ce que nous appellerons alphabet phonologique et qui est inspiré de l’alphabet phonétique correspond au système de transcription d’une langue humaine particulière telle le français. Un avantage de l’alphabet phonétique et de l’alphabet phonologique est de faire correspondre chaque phonème à un son et un seul (dans ce schéma de présentation se profile l’orientation graphie-phonie validée par les neurosciences).

L’alphabet non phonétique est, pour ce qui concerne le français, celui qui le transcrit à l’heure actuelle. Les langues à longue tradition d’écriture, comme la plupart des langues nationales européennes, possèdent un alphabet non phonétique. Dans le système d’alphabet non phonétique, il n’y a pas de correspondance stricte et régulière entre graphie et phonie.

De manière cohérente, on parle, d’un côté, de phonème dans le cas de l’alphabet phonétique et de l’alphabet phonologique et, de l’autre côté, de lettre de l’alphabet, dans le cas de l’alphabet non phonétique.

Logiquement, il convient d’enseigner à lire la langue française sur la base de l’alphabet non phonétique actuel, c’est-à-dire à partir de l’alphabet qui transcrit le français en ce moment.

Par conséquent, enseigner à lire aujourd’hui le français sur la base de l’alphabet phonologique , c’est-à-dire à partir du système phonologique que n’utilise pas le français, paraît absurde. Dans ces conditions, les méthodes de lecture qui se sont bâties sur la notion de phonème se sont trompées.

Au départ de l’erreur se trouve l’axiome suivant : l’enfant connaît la langue avant de l’apprendre à lire ; il faut donc partir de la langue ainsi connue pour aller vers l’apprentissage de la lecture. Toutefois, c’est un raisonnement léger et spécieux, que réfutent la nature et le mode de fonctionnement des langues humaines. Les neurosciences permettent également de démontrer que le principe est faux. Des analyses menées par la science et la méthodologie de la recherche scientifique post-modernes conduisent à la même conclusion. Le rendement en demi-teinte des méthodes de lecture constitue lui aussi une preuve à charge contre celles qui prennent appui sur la phonologie.

Cela posé, la phonétique et la phonologie sont indispensables à la construction de la méthode de lecture mais dans une tout autre perspective d’approche (révélée pour ce qui est de la phonétique à travers Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP). En tant que sciences auxiliaires de la linguistique, la phonétique et la phonologie apportent, comme la linguistique, des contributions essentielles à la construction de la méthode de lecture. Dans ce cas, l’articulation entre la linguistique, la phonétique et la phonologie est sans faille. A cet égard, la linguistique et la phonétique sont constamment présentes dans la méthode linguistique de lecture et, plus exactement, dans Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP. Ce qui fait la différence avec la méthode linguistique de lecture, c’est la conception pratique et, par delà, la conception théorique.

Le jour où le français aura été transcrit par des phonèmes, le contenu de la méthode de lecture sera élaboré sur les bases de la linguistique, de la phonétique et de la phonologie. Logiquement, comme en ce moment, tous les parents sans exception désireux de faire apprendre à lire à leur enfant commenceront par les phonèmes puis passeront aux combinaisons des phonèmes et aux sons correspondants.

Pour l’instant, le contenu de la méthode de lecture doit se limiter à la linguistique et à la phonétique et opérer avec les lettres de l’alphabet. C’est ce que fait la méthode linguistique de lecture.

 

Bernard WEMAGUE
Juin 2007