La méthode de lecture des langues humaines

 


Au vu de la nature et du fonctionnement du cerveau, de la cognition et du langage, il est envisagé d’aborder ici la manière générale et universelle de concevoir et de présenter les méthodes de lecture adaptées et efficaces des langues humaines.
La méthode de lecture d’une langue humaine est essentiellement déterminée non seulement par les mécanismes du cerveau et de la cognition qui sont communs à tous les êtres humains, mais encore par la nature et le mode de fonctionnement du langage qui restent profondément identiques d’une langue particulière à l’autre. L’apprentissage de la lecture se recentre sur le langage écrit ou la langue écrite par opposition au langage oral ou langue orale.
De la littérature scientifique sur l’apprentissage de la lecture, il apparaît que l’acquisition de la capacité à lire les mots écrits est un point de passage obligé et un préalable indispensable de l’accès à la maîtrise de la lecture.
Les deux types d’unités graphiques de formation des mots écrits du lexique d’une langue, les lettres et les syllabes, sont des invariants distributionnels. Une propriété générale qui caractérise les invariants distributionnels se trouve dans leur aptitude à être utilisés pour construire différents mots du lexique de la langue.

 

Un trait caractéristique fondamental d’une langue humaine réside dans le concept d’invariance distributionnelle grapho-phonique d’un point de vue descriptif ou grapho-phonétique d’un point de vue théorique qui repose sur l’idée que les mêmes sons et les mêmes syllabes phoniques d’un côté, les mêmes lettres et les mêmes syllabes graphiques de l’autre, en nombre fini et limité, sont employés pour former tous les mots du lexique. Terminologiquement, par rapport à l’enseignement de la lecture axé sur la langue écrite, on peut parler d’invariant distributionnel graphique alphabétique pour l’élément du système des lettres de l’alphabet et d’invariant distributionnel graphique syllabique pour l’élément du système des syllabes.
Pour maîtriser la langue parlée, l’enfant commence par apprendre peu à peu les sons et puis les syllabes phoniques (et il devra plus tard procéder pareillement pour les lettres et les syllabes qui codent les sons et les syllabes phoniques et concernent l’apprentissage de la lecture), qui sont en nombre fini et limité et pour maîtriser la langue écrite et donc l’apprentissage de la lecture, il lui faut apprendre les lettres et les syllabes graphiques correspondantes qui les transcrivent et qui sont également un ensemble fini et restreint d’éléments permettant de former l’ensemble de tous les mots du corpus lexical. Par impératif pédagogique d’explicite, il convient, dans l’apprentissage de la lecture, de présenter les mots de la langue écrite en syllabes graphiques représentant les syllabes phoniques des mots de la langue parlée.
Un axe essentiel de la recherche scientifique sur l’apprentissage de la lecture est constitué par le traitement des mots écrits auquel est associé le fonctionnement du cerveau ainsi que de la cognition. La recherche s’annonce pleine de promesses sur les savoirs scientifiques relatifs aux apprentissages scolaires à commencer par l’apprentissage de la lecture.

 

La décomposition des mots écrits en syllabes fournit la présentation de celles-ci par rapport à leurs pendants phoniques. La plupart du temps, les méthodes de lecture des langues humaines n’opèrent pas de découpage syllabique des mots écrits dans l’apprentissage de la lecture. Le déficit rend plus difficiles l’enseignement et l’apprentissage de la lecture, surtout pour les langues dont le système d’écriture n’est pas phonologique comme le français et toutes les langues à système de transcription assez ancienne.

 

La décomposition syllabique facilite la reconnaissance des mots écrits en explicitant visuellement leur mode d’organisation interne, tant pour les langues à écriture phonologique comme le finnois que pour les langues à écriture non phonologique comme le français. La décomposition syllabique est particulièrement importante car non seulement elle offre une meilleure visibilité de la structure interne des mots qui donne la possibilité d’énoncer les règles de prononciation des syllabes, mais encore elle favorise la mise en place de l’automatisation de la reconnaissance des mots écrits. Dans tous les cas, où l’inévitable combinatoire est explicite ou implicite, les enfants se rendent compte, en entendant la prononciation de la syllabe et en voyant cette dernière, du lien tissé entre les différentes lettres présentées en ordre linéaire nécessaire et obligatoire dans l’unité graphique syllabique au regard de l’unité phonique syllabique.
L’automatisation optimisée de la reconnaissance des mots écrits est atteinte au travers de leur décomposition syllabique qui favorise l’acquisition du déchiffrage et assure l’amélioration de la vitesse de reconnaissance des mots induisant celle de la lecture. L’attention accordée au code écrit devient moindre permettant à l’enfant de consacrer le plus gros de l’énergie déployée à la compréhension de la signification de ce qu’il lit.

C’est par les constituants syllabiques qu’un mot est identifié et fixé en mémoire dans les langues humaines. De son côté, un constituant syllabique se distingue par les éléments qui le composent. En résumé, par rapport au mode de fonctionnement cérébral et à la reconnaissance des mots écrits en matière de lecture, un mot écrit se discrimine par ses unités graphiques constitutives et leurs attributs. Par ailleurs, un mot écrit, appris et connu par la combinatoire, se mémorise d’abord par ses syllabes et ensuite par ses lettres, un peu à l’image du nombre du numéro de téléphone qui se décompose habituellement en plusieurs sous-nombres de deux à trois chiffres seulement beaucoup plus faciles à mémoriser que la série entière de chiffres du nombre du numéro. La reconnaissance des mots écrits a recours principalement aux unités distributionnelles graphiques syllabiques, lesquelles correspondent aux unités distributionnelles phoniques syllabiques qu’elles servent à représenter.

La méthode de lecture conçue et centrée sur le principe d’organisation et de fonctionnement des mots écrits de la langue garantit la parfaite maîtrise de la lecture et résout en même temps de façon inhérente les problèmes d’orthographe, d’illettrisme et de dyslexie.
Voilà pourquoi les méthodes de lecture des langues surtout à système d’écriture non phonologique comme celles de la langue française à l’heure actuelle ne permettent pas d’acquérir le principe d’organisation et de fonctionnement des mots écrits et condamnent une proportion importante d’élèves aux difficultés de déchiffrage, de compréhension, d’orthographe, d’illettrisme et de dyslexie. La corrélation généralement postulée entre les pratiques pédagogiques et les difficultés signalées apporte la preuve que le problème de l’enseignement de la lecture est principalement d’ordre scientifique et pédagogique.

 

Bernard Wemague

4 mars 2010