La
méthode de lecture
L'argument le plus décisif de réfutation des méthodes de
lecture, toutes tendances confondues, est d'ignorer que les lettres de
l'alphabet du français se prononcent en fonction du contexte et de la position.
Cette carence majeure entraîne des difficultés de lecture et d'orthographe.
La méthode de lecture se construit sur la langue écrite, avec les lettres de l'alphabet qui transcrit la langue.
Le cerveau comporte une aire propre à l’apprentissage de la lecture appelée la « région de la forme visuelle des mots » répondant à la méthode synthétique ou syllabique dont le Ministère de l’Education nationale a restauré en 2006 le retour à l’école confirmé par le nouveau programme de 2008 à l’instar de ce qui se passe depuis un certain temps déjà dans d’autres pays européens et qui est inspiré de l’exemple de la Finlande réputée pour l’excellence des résultats des élèves notamment en lecture.
Parce qu'elle est bâtie avec les lettres de l'alphabet qui transcrit la langue, la méthode syllabique est adaptée aux modes de fonctionnement du cerveau, de la pensée et du français écrit, à la lumière des acquis actuels de la recherche scientifique en neurosciences, en sciences cognitives et en linguistique.
La méthode linguistique de lecture, concept théorique de méthode syllabique, repose sur l’état actuel des connaissances scientifiques sur l’apprentissage de la lecture et se conforme aux instructions en 2006 et 2008 du Ministère de l’Education nationale pour l’enseignement de la lecture à l’école maternelle et au cours préparatoire (CP).
I. Que disent les travaux scientifiques sur la lecture ?
A l’observation de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) de l’enfant en cours d’apprentissage de la lecture, le cerveau apprend pas à pas à reconnaître et à prononcer les éléments graphiques simples, puis les éléments graphiques complexes, c’est-à-dire graduellement les lettres, les syllabes, les mots, etc., qui sont les catégories d’unités du français écrit, lequel est le socle de l’apprentissage de la lecture. On en déduit :
1) La méthode d’enseignement de la lecture se bâtit sur le français écrit.
2) La démarche pédagogique de la lecture part du français écrit pour aller au français parlé, ou des lettres aux prononciations qui leur correspondent.
3) Les contenus de la méthode de lecture reposent sur le français écrit et sont déterminés par le mode de fonctionnement du cerveau et de la cognition.
II. Que disent les programmes établis par le Ministère de l’Education nationale en 2006 et 2008 ?
Conformément aux acquis actuels des recherches particulièrement en neurosciences, les instructions officielles précisent :
1) L’enseignement de la lecture doit être explicite, organisé et progressif.
2) L’apprentissage systématique des correspondances entre les lettres et les sons doit être mis en place.
3) La connaissance de la lecture des lettres, des syllabes et des mots simples doit être acquise à la sortie de l’école maternelle avant le passage en CP.
III. Quelle est la nature de la méthode de lecture adaptée aux objectifs ?
La méthode de lecture qui est adaptée aux fonctionnements du cerveau, de la pensée et du français écrit et qui répond aux objectifs assignés aux programmes de 2006 et 2008 par le Ministère de l’Education nationale est la méthode synthétique en termes descriptifs ou méthode linguistique en termes théoriques.
De cette façon, les données scientifiques conduisent au postulat d’une méthode de lecture de nature synthétique ou syllabique ou "linguistique", caractérisée par une démarche qui part du français écrit pour aller vers le français oral en cohérence avec le mode de fonctionnement cérébral.
IV. En quoi la méthode linguistique de lecture diffère-t-elle des autres méthodes ?
Les spécificités de la méthode linguistique de lecture peuvent se résumer :
1) La méthode linguistique de lecture diffère des autres méthodes de lecture par la conformité au fonctionnement du cerveau qui va du plus simple au plus complexe, des lettres aux textes, de l’image visuelle à l’image sonore ou de la graphie à la phonie.
2) L’objet du savoir est constitué par les catégories d’unités du français écrit et déterminé par les fonctionnements du cerveau, de la pensée et du français écrit.
3) La méthode linguistique de lecture diffère complètement des méthodes de lecture aujourd’hui disponibles : alors que d’ordinaire c’est les enfants qui doivent s’adapter aux méthodes de lecture, c’est la méthode linguistique de lecture qui est adaptée aux enfants.
4) La méthode linguistique de lecture se distingue fondamentalement par le fait que, contrairement aux autres méthodes de lecture, elle adapte l’objet de la connaissance aux fonctionnements du cerveau, de la cognition et du français écrit.
5) La méthode linguistique de lecture se démarque des méthodes de lecture en usage par son caractère réellement explicite, organisé et progressif qui découle d’une meilleure compréhension et application du principe du code alphabétique : la méthode linguistique de lecture effectue un travail gradué sur les propriétés structurelles et fonctionnelles des mots écrits conduisant à la connaissance, par la combinatoire, de la prononciation exacte et sûre des lettres et des syllabes suivant le contexte et la position dans les mots écrits, ce qui permet de déchiffrer ces mots avec rapidité et efficacité.
6) Les Livrets de la méthode linguistique de lecture forment un ensemble unifié marqué par des contenus matériels qui présentent de manière explicite et rigoureusement progressive une continuité de l’enseignement entre l’école maternelle et le cours préparatoire (CP).
V. Comment fonctionne la méthode linguistique de lecture ?
L’objectif général poursuivi par la méthode linguistique de lecture est une constante des programmes pédagogiques du Ministère de l’Education nationale pour l’école maternelle : assurer la préparation des élèves à la réussite des apprentissages fondamentaux essentiellement en lecture en CP. L’objectif spécifique et primordial à atteindre est d’acquérir les connaissances et les compétences en correspondances entre d’un côté les lettres et les syllabes des mots écrits et, de l’autre, les prononciations correspondantes (ce qui s'appelle le "principe alphabétique", conçu suivant la transcription de la langue française actuelle qui n'est pas phonologique).
Construite sur les catégories d’unités de la langue française écrite (lettre, syllabe, mot, phrase, texte) associées à la prononciation et au sens, la méthode linguistique de lecture ménage la continuité de l’enseignement entre l’école maternelle et le CP.
Le plus grand indicateur du faible potentiel d’adaptation des méthodes de lecture est incontestablement l’incapacité des lecteurs à expliquer les règles de prononciation des mots lus.
Devant un cas tel que celui de la Finlande qui n’a pas de problème particulier de réalisations phonétiques en raison du caractère phonologique de son système de notation, un défaut général des méthodes de lecture est qu’elles ne fournissent pas de règles, claires, de prononciation comme le préconise la méthode linguistique.
En comparaison avec la méthode linguistique de lecture, un exemple simple mais décisif de non-pertinence des méthodes de lecture est donné par les difficultés, y compris chez les lecteurs experts, à expliciter les règles générales et particulières de prononciation des mots comme « enseignement ». Pourtant, l’explicite est un concept qui revient fréquemment, à juste titre, dans les instructions officielles et les résultats des travaux scientifiques.
Or, pour ce faire, il faut considérer le mot sous la forme syllabique « en sei gne ment » qui correspond aux unités d’émission de voix et formuler les règles générales et particulières de prononciation, suivant le contexte et la position, de chacune des unités qui composent le mot. Le succès de l’opération passe, en termes de neurosciences et de sciences cognitives, par la construction mentale d’une combinatoire systématique en amont que ne pratique aucune méthode de lecture actuelle, et l’on comprend les difficultés de toutes les méthodes de lecture qui sont utilisées aujourd’hui. Ces difficultés sont inhérentes au principe de transcription non phonologique de la langue française, situation inconnue d’une langue comme le finnois dont la transcription est phonologique. Les difficultés viennent de ce que les méthodes de lecture n’enseignent pas à lire selon le contexte et la position des unités (aux comportements phonétiques changeants surtout pour les lettres) qui constituent les mots. Ce déficit d’explicite est un défaut rédhibitoire des méthodes de lecture comparées à celle qui est employée dans le système scolaire en Finlande ou à la méthode linguistique de lecture.
La science ne permet de construire qu’une méthode de lecture.
Chaque scientifique ne conçoit qu’une méthode de lecture (malgré la diversité des enfants en tant que personnes).
Tous les enfants ont le même mécanisme de fonctionnement cérébral.
Par conséquent, il existe une seule méthode de lecture pour l’ensemble de tous les enfants. Comme en Finlande.
En termes de fondements scientifiques, il n’est pas possible de défendre une méthode de lecture en dehors des mécanismes de fonctionnement du cerveau, de la pensée et de la langue française, c’est-à-dire en dehors des neurosciences, des sciences cognitives et de la linguistique, en prenant appui sur la science et la méthodologie de la recherche scientifique.
Bernard Wemague