L’alphabet
Sous
l'angle essentiellement sémiologique, l'alphabet est un ensemble fini d'éléments
graphiques conventionnels servant à représenter les éléments phoniques
pertinents d'une langue humaine particulière.
Cette notion de la plus haute importance pour la méthode de lecture des langues
naturelles a besoin néanmoins de précisions au vu du
destin qui lui a été réservé jusqu’à ce jour dans les résultats des
travaux de recherche pédagogique.
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Trois
types d’alphabet latin sont enregistrés, qui sont l’alphabet
traditionnel, l’alphabet phonétique et l’alphabet phonologique. |
Dans la terminologie scientifique courante, la définition de l’alphabet se réfère
surtout à la phonologie et
suppose des langues humaines à notation phonologique. Or, l’alphabet usuel de la langue française sur lequel s’opère l’enseignement de
la lecture ne répond pas à la définition de l’alphabet à base phonologique
(2). En conséquence, la phonologie n’est pas appropriée aujourd’hui pour la
définition de l’alphabet par rapport à la transcription de la langue française.
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L’alphabet et la
syllabe sont des catégories linguistiques qui ont connu un triste sort
dans la littérature sur la lecture : ils ont longtemps été mis à
l’index au motif de ne pas être porteurs de significations mais encore
victimes de l’erreur dont le corollaire est les méthodes à référence
phonologique construites sur la notion de sens. Pour résumer, au rôle de
socles joué par l’alphabet et la syllabe s’est substitué celui de
sens. |
Au
regard de la tradition d’écriture de la langue française comme de toutes les
langues humaines à système graphique de longue date, la notion
d’alphabet dont dérive l’épithète alphabétique dans les
concepts fondamentaux de principe alphabétique et de code alphabétique,
prête à équivoque.
En effet, l’analyse des données d’observation révèle que l’alphabet
et le qualificatif alphabétique peuvent être soit phonétiques soit non
phonétiques. A la différence du dernier cas, le premier est marqué par des
correspondances régulières entre les éléments graphiques et phoniques de la langue.
Au
centre du principe alphabétique, manière commune aux langues
humaines d'utiliser un ensemble fini de symboles graphiques conventionnels pour
désigner leurs éléments sonores, se trouve le concept de code
alphabétique qui donne lieu à deux définitions possibles et
contradictoires. Très schématiquement, l’une est la suivante : le code
alphabétique est l’ensemble fini des correspondances graphies-phonies. Voici
l’autre : le code alphabétique est l’ensemble fini des correspondances
phonies-graphies. Ce qui est particulièrement important à remarquer est que
dans un cas, on procède de ce qui est écrit (ou ce qui relève de la langue écrite)
vers la façon de le prononcer et, en conséquence, de la lettre de
l’alphabet ou signe graphique vers le son qui lui est conventionnellement attribué ;
dans l’autre, c’est l’inverse. Que choisir alors et sur la base de quelles
considérations ?
En somme, dans la mesure où l’alphabet ne concerne que les langues à système d'écriture et où le mot alphabet comme le mot lire est couvert par l'aire lexicale d'écriture, la graphie en tant qu’outil de représentation symbolique des langues écrites est centrale et c’est l’orientation graphies-phonies qui paraît logique dans l’activité d’apprentissage de la lecture. De plus, la langue française est une langue à système graphique non phonologique ; dans ces conditions, l’enseignement de la lecture se doit de partir du système graphique non phonologique actuel pour aller vers les sons correspondants (3). Les résultats de la recherche en neurosciences viennent confirmer la dialectique de la démarche.
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Lettre de l’alphabet Une grande
ambiguïté entoure l’expression lettre de l’alphabet par
rapport au principe de transcription contemporaine de la langue française. |
Bernard WEMAGUE
Juillet
2007
(1) Ce phénomène est un des plus marquants
de la langue française. Il est aussi un de ceux qui rendent difficile
l'enseignement de la lecture. Il est encore un de ceux qui sont les moins bien
traités et expliquent le caractère approximatif des méthodes de
lecture.
Bref, aspect déterminant de la pédagogie de la lecture, le phénomène
de changements de comportement phonétiques des lettres de l'alphabet au sein
des mots est mal conçu et sommairement construit dans les meilleurs cas, d'où
le scepticisme suscité par les méthodes de lecture quant à leur efficacité.
(2) L’alphabet phonétique, dont
s’inspire l’alphabet phonologique, est issu de l’alphabet phonétique
international (A.P.I.), grand répertoire de signes graphiques transcrivant les
principaux sons des différentes langues humaines, signes graphiques dans lesquels
chaque langue choisit un ensemble fini d’éléments pour les phonèmes
destinés à l’établissement de son système de notation. Mais, avant la création
de l’A.P.I. vers la fin du 19e siècle par l’Association phonétique
internationale, les langues humaines à système d’écriture disposaient
d’un alphabet usuel qui continue, malgré des modifications subies au cours du
temps, d’être utilisé encore de nos jours
comme dans la langue française. Ce qui paraît alors surprenant est que tout se
passe en matière pédagogique de la lecture comme si la langue française était
dotée d’un alphabet phonologique, ce qui n’est guère le cas. Cette
distorsion
constitue l’axe du problème posé aux méthodes de lecture à référence
phonologique.
(3) Pour des raisons de commodité
pratique, on peut user du terme alphabet traditionnel en opposition à alphabet
phonologique par rapport au système d’écriture actuel de la langue française.