D’un point de vue de la méthodologie de la recherche scientifique dans le domaine de la didactique, le concept de méthode de lecture implique par-dessus tout celui de démarche pédagogique.
La démarche pédagogique de la lecture est déterminée par trois disciplines de toute première importance qui sont les neurosciences, la psychologie et la linguistique.
Précisément parce que leur démarche pédagogique n’est pas déterminée par les neurosciences, la psychologie et la linguistique, les méthodes de lecture partent, dans une prolifération anarchique et contradictoire, soit des textes, soit des phrases, soit des mots, soit des phonèmes, ce qui entraîne deux séries de défauts lourds de conséquences qui sont les suivantes :
1) Les méthodes de lecture ne sont pas explicites, organisées, progressives et systématiques.
2) Les méthodes de lecture ne sont pas en phase avec le mode de fonctionnement du cerveau, de l’apprentissage et du français.
Dans leur approche pédagogique, les méthodes de lecture fondent le départ soit sur le sens en s’appuyant sur des phrases et des mots (les méthodes globales et les méthodes mixtes), soit sur des sons en s’appuyant sur des phonèmes (les méthodes phonémiques, les méthodes phonologiques et les méthodes phonétiques).
Elles ne sont pas validées scientifiquement.
La démarche pédagogique basée sur le sens et les sons a un traitement quasi inexistant de la notion capitale de règle impliquée par une autre tout aussi capitale et non traitée comme il se doit qui est celle de syllabe. En définitive, ce qui rend les méthodes de lecture non pertinentes pour l’enseignement et l’apprentissage de la lecture est la difficulté à intégrer les notions-clés de syllabe et de règle. En termes de combinatoire qui est le principe fondateur du code écrit en tant qu’objet propre de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture, la syllabe est l’unité de base de la formation des catégories linguistiques signifiantes qui sont celles de la communication écrite. La règle est constituée par l’ordre d’alignement obligatoire des lettres formant les syllabes des mots des phrases en corrélation avec leurs prononciations. C’est pourquoi l’élève ne peut savoir lire que s’il maîtrise la règle de lecture de la syllabe. En somme, l’élève ne peut acquérir la lecture d’un mot tel que « vendeuse » à forme syllabique implicite directement issue de « ven deu se » à forme syllabique explicite que dans la mesure où il s’est approprié l’ordre d’alignement obligatoire des lettres des syllabes du mot et les règles de prononciation qui correspondent à la suite ordonnée de lettres formant chaque syllabe. Or, les méthodes de lecture donnent peu d’importance aux notions essentielles évoquées. Dès lors, elles se trompent, d’où leurs difficultés inhérentes.
Les résultats actuels de la recherche scientifique sur la lecture conduisent à une conception de l’approche pédagogique qui est fondée sur les mécanismes de fonctionnement du cerveau, de l’apprentissage et du français et qui, sur ces bases, part des lettres alphabétiques usitées et de leurs combinaisons pour aller vers les prononciations correspondantes, lesquelles constituent le code écrit qui est l’objet de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture.
Bernard Wemague
Mars 2008