La conférence de consensus et l’enseignement de la lecture

 

Les recherches, les rapports et les nouveaux programmes officiels sur la lecture, son enseignement et son apprentissage ont tendance à être rejetés tout entiers et à tomber dans l’oubli.  Dans ce contexte, les motivations qui nous ont poussé à réagir aux recommandations du jury de la conférence de consensus qui s’est déroulée les 4 et 5 décembre 2003 à Paris sont les mêmes que celles qui nous avaient conduit à analyser les contenus des textes de réformes de 2002, 2003 et 2006 du Ministère de l’Éducation nationale : montrer que s’il existe des points discutables dans les différents rapports disponibles, en revanche, un examen attentif y révèle la présence d’éléments très positifs et importants. C’est ce que nous allons voir rapidement à travers les recommandations du jury de la conférence de consensus organisée à l’initiative du PIREF (Programme Incitatif de Recherche en Éducation et Formation), structure créée en 2002, dotée d’un Conseil scientifique et placée sous la tutelle du Ministère de l’Éducation nationale.

L’initiative du PIREF au regard du choix du thème de la conférence est courageuse, dans la mesure où en optant pour l’enseignement de la lecture comme sujet à traiter il va à l’encontre des pratiques extrêmement répandues dans les milieux pédagogiques de la lecture depuis plusieurs décennies. Dans cette logique, les recommandations à l’issue de la conférence posent d’entrée de jeu une distinction entre l’enseignement de la lecture et l’apprentissage de la lecture, tout en arguant par ailleurs du fait que les travaux de recherche se sont consacrés à ce jour presque uniquement à l’apprentissage de la lecture. Les nouveaux programmes officiels de 2006 prévoient et prônent, eux aussi, l’enseignement de la lecture. Notre position constante a toujours été que la lecture devait faire l’objet d’enseignement en tant que tel.

La question de fond est alors la suivante. Comment faut-il concevoir l’enseignement de la lecture ? Y répondre scientifiquement revient à construire la théorie et la méthode générales d’enseignement de la lecture, ce qui conduit dans le domaine de la didactique mentionnée par le PIREF parmi les spécialités qui ont vocation d’apporter des contributions à l’élaboration de l’enseignement de la lecture.
En raison de la complexité, des difficultés et des exigences de la tâche, la réponse n’est pas du ressort des enseignants ou praticiens mais des universitaires (qui sont scientifiques, enseignants et chercheurs) y prédisposés par le haut niveau de leur qualification et qui, en conséquence, doivent concevoir et construire la méthode d’enseignement de la lecture à la place des propositions à l’intention des institutrices et des instituteurs.

Cela dit et pour rester équilibré dans les analyses, les résultats de la recherche produits au cours de la conférence n’apportent pas de réponse pertinente à l’interrogation formulée, pas plus qu’à celles que se posent les praticiens et qui ont suscité la conférence, pour plusieurs raisons dont trois seulement seront soulignées. Les ressources linguistiques (les catégories telles que lettres, syllabes, mots, phrases, textes, sens, phonèmes), pourtant bien présentes dans les différentes contributions, ne sont pas formalisées. Dans le même ordre d’idées, l’expression identification des mots, une autre constante de la plupart des contributions, ne trouve pas de solution satisfaisante, à cause d’une conception déficitaire et inadaptée du processus d’installation du code alphabétique qui n’intègre pas la combinatoire qui est la composante centrale du code alphabétique. Enfin, le cheminement suivi mène de la langue orale à la langue écrite, ce qui empêche toute organisation et toute progression dignes de ces vocables.

Pour terminer, la conception de l’enseignement de la lecture justement ancrée sur la psychologie cognitive reste déficitaire dans les résultats de la recherche : la composante d’encodage fait défaut, celle-là même qui est un préalable indispensable à l’installation du décodage et, par suite, des autres composantes mobilisées dans l’apprentissage, et c’est l’absence de cette composante charnière précisément qui explique essentiellement les difficultés de la situation actuelle. Les composantes issues d’autres spécialités sont davantage moins développées et peu lisibles dans les contributions fournies par les chercheurs. La conception de l’enseignement de la lecture l’y est beaucoup moins encore.
Par contraste, la conception de l’apprentissage de la lecture axée sur la linguistique générale apporte la composante d’encodage. En ce qui concerne l’enseignement de la lecture, la méthode consiste fondamentalement, au plan scientifique, en connaissances formelles assises sur des règles de fonctionnement explicites simples et générales des catégories linguistiques ; et, au plan pédagogique, en un contenu structuré, gradué et complet.

Bernard Wemague
Octobre 2007

 

Le texte de la Conférence de consensus est mis en ligne à l'URL  http://www.bienlire.education.fr/.