Les problèmes de lecture
les plus souvent mis en avant sont le déchiffrage des mots, la compréhension,
l’orthographe, l’illettrisme, la dyslexie, avec pour conséquence la désaffection
pour la lecture.
Pour les uns, les difficultés proviennent des méthodes de lecture en usage tandis que selon les autres, leurs sources sont à rechercher ailleurs.
Pour comprendre la cause finale des problèmes de lecture dont l’un des plus flagrants est une multitude de méthodes existantes, ce qui n’est pas défendable d’un point de vue scientifique, il faut connaître un aspect essentiel qui est les mécanismes de la lecture des mots largement étudiés depuis des années par de nombreuses équipes de recherche avec des progrès remarquables au cours de la présente décennie.
Dans ce but, voici très brièvement ce que l’on sait en ce moment des processus cérébraux et mentaux qui sous-tendent la reconnaissance et l’identification des mots qui déterminent fondamentalement l’accès à la compétence en lecture.
Il est utile de préciser auparavant que compte tenu de la manière dont le cerveau et la pensée procèdent à la reconnaissance des mots écrits, l’ignorance du fonctionnement des mots écrits, et plus exactement celle des lettres et des syllabes qui les composent, rendent particulièrement délicate leur reconnaissance, ainsi qu’il ressort des lignes suivantes.
Par hypothèse, les mécanismes de base de l’apprentissage sont construits et la lecture est acquise.
L’activité de lecture commence par la perception des mots sur le support visuel (ceci implique qu’en matière d’apprentissage de la lecture, l’oral intervient seulement après l’écrit qui correspond au visuel).
La perception possède une instance parfaitement automatisée, très rapide et complètement inconsciente.
Lorsque le mot envisagé se présente à la perception, l’instance analyse les propriétés physiques des lettres qui le constituent et distingue ces lettres les unes des autres.
Ensuite, l’instance active les représentations mentales abstraites des lettres discriminées ; puis elle associe les représentations des séquences de lettres aux représentations des séquences de sons correspondantes (ce qui s’appelle principe alphabétique) ; les représentations des séquences de sons sont combinées pour donner lieu à la forme auditive du mot et, par là, parvenir à la forme phonique de ce dernier.
Le fonctionnement harmonieux du système et donc le succès de l’opération de lecture du mot requièrent la connaissance préalable des lettres et de leurs assemblages qui sont les syllabes. Or, dans la généralité des cas, les méthodes de lecture n’assurent pas l’enseignement-apprentissage des lettres et de leurs combinaisons en syllabes qui sont des invariantes distributives par rapport à la composition de l’ensemble de tous les mots de la langue française (et qui, à ce titre, se doivent d’être apprises et connues). On imagine alors aisément les difficultés du cerveau et de la pensée à effectuer au mieux le travail qui leur est demandé. Les informations pertinentes pour la lecture ne sont pas disponibles en mémoire et l’attention au cours de cette activité est mobilisée bien plus par ce qui est écrit que par la recherche de son sens.
Dans ces conditions, les problèmes de déchiffrage, de compréhension, d’illettrisme, d’orthographe, de dyslexie se comprennent. C’est ainsi que s’explique en particulier la désaffection des élèves pour la lecture dont on parle tant ; ils lisent péniblement les mots et conséquemment ne saisissent pas ce qui est écrit. La lecture est donc pour eux davantage une source de déplaisir que de plaisir. Les difficultés de décodage et le déplaisir qui en résulte suffisent à les démotiver pour la lecture. Les problèmes dont il est question ont pour cause l’inadaptation des méthodes de lecture mises en œuvre. Il faut donc agir principalement à ce niveau pour les traiter efficacement. Autrement dit, si on règle le problème de méthode de lecture, on règle du même coup ceux de déchiffrage, d’orthographe, de compréhension, d’illettrisme, de dyslexie, de désaffection pour la lecture et, pour une grande part, d’échec scolaire.
Il ressort de ces courtes considérations qu’un point de vue proprement scientifique ne saurait conduire qu’à une méthode de lecture. Comme cela peut se voir, il ne s’agit là que de l’aspect essentiel de la méthode de lecture, qui est la dimension purement pédagogique.
Par sa conception même fondée sur les structures cérébrales et mentales impliquées dans l’apprentissage de la lecture, la méthode linguistique de lecture remédie aux problèmes détectés.
La connaissance à l’heure actuelle des processus cérébraux, mentaux et langagiers sous-jacents à l’apprentissage de la lecture permet de mettre en évidence les fonctionnements (et les dysfonctionnements) de la méthode de lecture adaptée à la construction optimisée de cette compétence qui est un déterminant majeur de la réussite scolaire.
Bernard Wemague
8 juillet 2010