Les intentions personnelles

Problématique des méthodes de lecture

Qu'est-il advenu aux méthodes de lecture ? C'est par une très courte réponse à cette interrogation pertinente par rapport à la situation qui justifie la raison d'être de ce site Internet http://www.apprentissage-lecture.com que l'on commencera. Les méthodes de lecture ne s'accordent pas avec la théorie de l'enseignement et de l'apprentissage en matière éducative. Plus généralement, les méthodes de lecture ne se conforment pas aux mécanismes de fonctionnement du cerveau, des processus cognitifs et des langues humaines en l'occurrence la langue française (il s'ensuit que c'est les structures cérébrales, mentales et linguistiques qui doivent s'adapter aux méthodes de lecture au lieu du contraire !). A cet égard, suite à une erreur des applications de linguistique générale, les méthodes de lecture procèdent des "sons" par ailleurs confondus avec "phonèmes" pour aller vers les lettres de l'alphabet rebaptisées "graphèmes", ce qui les prive de toute possibilité d'explicite, d'organisation et de progression réels qui sont les valeurs fondatrices de la pédagogie. Dans cet ordre d'idées, par exemple, leur potentiel d'explicite est très faible : leur modèle de conception exclut l'enseignement et l'apprentissage des lettres de l'alphabet usuel et de leurs combinaisons et, au-delà, l'acquisition du principe d'organisation syllabique des mots et celle des règles qui gouvernent cette organisation.
Les fondamentaux de la méthode explicite de lecture, qui constituent le premier niveau majeur des structures des langues humaines à système d'écriture, sont les lettres de l'alphabet, le principe d'organisation des mots en syllabes et le mode de fonctionnement des syllabes au centre duquel se trouvent les règles de prononciation. Ces aspects essentiels sont les traits marquants de "l'enseignement explicite" et "systématique" prévu par les nouveaux programmes officiels de 2006.
Les méthodes actuelles sont dépourvues de ces fondamentaux, socles centraux de connaissances indispensables à la maîtrise de la lecture. Dès lors, les difficultés qu'elles rencontrent se comprennent, ainsi que les réformes entraînées par ces difficultés. 
En somme, les méthodes de lecture partent généralement des sons mais avec des différences notables qui sont les suivantes : les sons sont appuyés sur les textes ou les phrases pour les méthodes globales, sur les mots pour les méthodes mixtes et sur les phonèmes pour les méthodes phonémiques, les méthodes phonologiques et les méthodes phonétiques. Les neurosciences contestent cette orientation sur la base de la recherche expérimentale.


L'époque contemporaine subit des bouleversements sans précédent y compris dans le domaine scientifique, bouleversements perçus initialement comme une crise et qui sont en réalité une lame de fond du long fleuve de l'histoire humaine façonnée par essais et erreurs.
L'état actuel des connaissances scientifiques nous a conduit au postulat du concept pédagogique novateur de règle explicite simple et générale dans le domaine de l'apprentissage de la lecture, lequel concept s'avère applicable à l'ensemble du champ pédagogique tant scolaire qu'universitaire et constitue la cheville ouvrière de la réussite et l'antidote des échecs dans le système éducatif. Le concept correspond à la théorie contemporaine de l'apprentissage éducatif développée par les sciences cognitives.
Dans tous les combats comme celui de la lecture, la place des scientifiques se trouve en première ligne, parce qu'ils disposent des meilleurs outils pour affronter la complexité du réel.

Trois missions, dont l'enjeu est vital au destin de l'humanité et qui sont de toute première urgence à accomplir dans l'ordre, incombent aux scientifiques :
1) Refonder et construire la science.
2) Refonder et construire la société.
3) Refonder et construire le système d'éducation. 
C'est naturellement la science qui sert de cadre aux projets. C'est encore à la science qu'il appartient de déterminer le type de société propice au "vivre-ensemble", et surtout au "mieux vivre-ensemble", des communautés humaines. Le système éducatif doit se concevoir encore et davantage sur la base de ces données scientifique et sociétale.
Faute de quoi nous nous condamnons au tâtonnement à l'exemple de ce qui se passe à l'heure actuelle dans le domaine pédagogique de la lecture, lequel tâtonnement a souvent été à l'origine des tragédies qui ont jalonné le cours de l'histoire de l'humanité.

Le nombre impressionnant des méthodes de lecture aujourd'hui disponibles, y inclus les méthodes syllabiques, n'a pas empêché le Ministre de l'Éducation nationale d'en proposer une autre qui est, de surcroît, syllabique. Pour une rapide évaluation scientifique de ces méthodes, il suffit d'interroger et d'examiner les critères d'organisation et de progression de celles-ci. Ils sont généralement au nombre de deux : la fréquence des phonèmes et leur ordre d'apparition dans la cavité buccale. Que valent-ils ? Les méthodes de lecture étant au demeurant invalidées par les neurosciences justifiant ainsi les réformes du Ministre de l'Éducation nationale, les critères sous-jacents le sont de la même manière. Au reste, l'absence d'une véritable organisation entraînant le manque de progression des méthodes de lecture marque l'inappropriation des critères concernés.

C'est dans ces circonstances que l'on entend les plaintes des enseignants au sujet des difficultés de leur travail et les éloges appuyés des Ministres de l'Éducation nationale à leur égard. Nous avons pu prendre la mesure de la situation à travers une étude des méthodes de lecture. Effectivement, le caractère approximatif des méthodes de lecture ne pouvait que compliquer la tâche des enseignants et leur valoir des encouragements à la mener au mieux de leurs possibilités.
Par ailleurs, les réformes des méthodes de lecture engagées par le Ministère de l'Éducation nationale sont vivement critiquées par les uns, ignorées purement et simplement par les autres, rejetées en bloc par certains. En analysant les textes des réformes, nous y avons trouvé des aspects discutables et également des aspects positifs et défendables par rapport à la science et à la méthodologie de la recherche scientifique post-modernes. Nous avons alors pris la décision de tenter de construire la méthode d'enseignement de la lecture en nous occupant uniquement des éléments positifs des plus récents textes de réformes proposées et, bien entendu, en nous appuyant plus particulièrement sur l'état actuel de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique post-modernes. Deux objectifs principaux sont visés : premièrement, la démonstration de l'existence d'éléments intéressants et importants dans les réformes du Ministère de l'Éducation nationale ; deuxièmement, la refondation scientifique et pédagogique de la lecture.

La société a considérablement évolué au cours du quart de siècle écoulé et, avec elle, la science, comme bien des pratiques sociales.
La théorie de la pensée et de la connaissance scientifiques s'est fondamentalement renouvelée durant les trente dernières années. Le constat est observé dans les milieux anglo-saxons ; en Europe, par contre, c'est loin d'être le cas : très rares sont les scientifiques et, a fortiori, les non-scientifiques, qui le mentionnent dans leurs écrits. Les nôtres se situent résolument dans la perspective de cette évolution et c'est en vertu de celle-ci que nous avons tenté de soumettre à l'analyse les contenus des réformes éducatives du 20 février 2002, 17 avril 2003 et 3 janvier 2006.

Nos propos peuvent se résumer à cette idée simple : les profondes réformes méthodologiques et pédagogiques de l'apprentissage de la lecture opérées par le Ministère de l'Éducation nationale en 2002, 2003 et surtout 2006 étaient absolument indispensables et, à la lumière des nouvelles conceptions théoriques de la science, de telles réformes doivent se poursuivre et s'étendre à l'ensemble de toutes les disciplines scolaires et à tous les niveaux du système éducatif.

Le système éducatif, et la société, ne peuvent sortir des graves difficultés qu'ils traversent qu'à cette condition !

Il faut révolutionner le système éducatif et le système social, grâce à la science. Mais, quelle science ? Une science profondément rénovée dans son mode de pensée et de connaissance. Il s'agit essentiellement de répondre à cette question d'importance cruciale : Comment sais-je ce que je sais ? Y répondre revient à construire la théorie générale de la méthodologie de la recherche scientifique.

Les méthodes de lecture sont en butte à de grandes difficultés d'élaboration de contenu matériel. C'est un constat réel marqué par des débats interminables et passionnés dans le domaine. En conséquence, le problème n'était plus de savoir s'il fallait les réformer ou non. Il y avait nécessité absolue d'un travail de refondation de ces méthodes, impliquant naturellement celle de la science ainsi que de la méthodologie sous-jacentes (1).

A celles et ceux qui, intéressés par la problématique de la lecture, ont honoré ce portail de leurs visites, nous voudrions livrer nos réflexions critiques sur le sujet à travers des éléments de réponse à trois questions fondamentales qui sont les suivantes :
1)  Pourquoi les méthodes de lecture ont-elles rencontré autant d'oppositions ?
2)  Pourquoi le Ministre de l'Éducation nationale a-t-il procédé en 2006 à de profondes réformes dans le domaine ?
3)  Quelle est la valeur scientifique du contenu pédagogique des réformes du Ministre de l'Éducation nationale ?

Parallèlement, nous présenterons la nouvelle méthode de lecture, la méthode linguistique de lecture qui est la version scientifique de la méthode syllabique et fondée sur le principe novateur de règle explicite simple et générale, que nous avons construite et préconisée, et la situerons par rapport aux méthodes actuelles, aux réformes du Ministre de l'Éducation nationale et aux plus récents développements des conceptions théoriques de la pensée et de la connaissance scientifiques ainsi que de la théorie de l'apprentissage dans le domaine de l'éducation.

Nous présenterons également des Livrets d'apprentissage de la lecture destinés principalement aux enfants d'âge préscolaire, de maternelle et de CP et inspirés surtout des réformes du Ministre de l'Éducation nationale de 2002 et 2006 qui recommandent justement notamment de préparer les enfants de maternelle à mieux réussir à l'entrée en CP. Le caractère innovant des contributions apportées à travers les Livrets proposés est un enseignement explicite, structuré et progressif de la lecture inscrit dans la perspective de la pédagogie scientifique.

L'auteur, linguiste et méthodologue, a, également comme axe de réflexion, la théorie de la science. Comme toute facette de la réalité, c'est un champ disciplinaire vaste, exigeant et astreignant.
Les difficultés des méthodes de lecture sont d'origine scientifique. En matière d'élaboration de méthode de lecture, le travail scientifique commence véritablement avec la définition du statut des critères d'organisation et de progression du contenu pédagogique qui est une activité proprement scientifique et donc extrêmement sélective. Voilà pourquoi la quasi-totalité des concepteurs de méthodes de lecture n'intègre que quelques critères d'organisation et de progression au reste non pertinents (2). Conséquence : les méthodes de lecture se retrouvent dans un état de grandes difficultés (3).
Jusqu’en 2005, notre réfutation des méthodes de lecture était établie sur les bases théoriques de la linguistique générale, de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique post-modernes ; depuis 2006, les références scientifiques à l’appui des réformes du Ministre de l’Éducation nationale nous ont donné l’occasion de découvrir que les neurosciences ainsi que les sciences cognitives permettaient également de récuser les méthodes de lecture. La présentation précédemment en deux colonnes du menu principal de la page d’accueil de ce site Internet traduisait cette évolution. Ainsi, la réfutation des méthodes de lecture s’articule autour de la linguistique générale qui étudie la nature et le mode de fonctionnement du langage et des langues humaines, les neurosciences qui ont pour objet d’étude la spécificité et le mécanisme fonctionnel du cerveau notamment dans les processus d’apprentissage de la lecture, les sciences cognitives qui étudient entre autres les modalités de construction du savoir chez l'apprenant, la science qui a pour objet l'étude de la réalité, la méthodologie qui détermine la manière d'élaborer la connaissance. Cet ensemble de disciplines fondamentales permet de montrer, chacune à sa façon, l’inadéquation des méthodes de lecture et, par contraste, les éléments pertinents de la méthode de lecture.

La thèse défendue par rapport à la problématique de la lecture est la suivante. Au vu, d'une part, des résultats de la recherche théorique contemporaine sur l'apprentissage éducatif en général et l'apprentissage de la lecture en particulier et, d'autre part, de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique post-modernes, les méthodes de lecture sont, sous de nombreux aspects, antinomiques avec le mécanisme cérébral et cognitif d'apprentissage chez l'enfant ainsi qu'avec le mode de fonctionnement de la langue française et c'est le mécanisme cérébro-cognitif qui doit s'adapter aux méthodes de lecture au lieu du contraire.

NOTE : Trois mois après la mise en ligne de ce site, nous avions reçu, le 26 novembre 2003, un texte des réactions d'André Inizan, Inspecteur de l'Éducation nationale. L'intégralité du débat est publiée ici, accompagnée d'un certain nombre d'articles.
Un autre document important de pensée pédagogique et méthodologique fondamentalement identique à celle développée par André Inizan qu’il convient de signaler est le livret Lire au CP publié le 14 novembre 2002, qui est rédigé par un groupe d’experts du Ministère de l’Éducation nationale et que nous n’avions pu connaître et examiner qu’en juin 2004, raison pour laquelle il n’est pas cité dans les pages antérieures à cette date. Sa particularité est de supposer présenter aux enseignants les réformes du 20 février 2002 qui prévoient une approche pédagogique et méthodologique de type non global et, en fait et sans le dire, de les occulter en faveur du statu quo dont l’approche pédagogique et méthodologique est de type global, ce qui n’est qu’une marque des difficultés auxquelles le système scolaire se heurte et qui nécessitent des réformes analogues à celles des méthodes de lecture.

Bernard WEMAGUE

(1) L'analyse critique des oeuvres de l'esprit telles que les méthodes de lecture part logiquement de l'examen de la validité théorique de la science qui la sous-tend. Pour comprendre les difficultés auxquelles se heurtent les méthodes de lecture, il faut connaître principalement celles de la science sur laquelle elles prennent appui. En effet, les méthodes de lecture sont, à travers les faiblesses qui les rendent si controversées et le malaise persistant qu'elles créent, à l'image de la science dont elles se réclament.

(2) Aux yeux de l'observateur informé, le domaine des méthodes de lecture est marqué par une situation chaotique manifestée à travers les nombreux titres arbitraires des livres de méthodes de lecture et une défiance générale vis-à-vis de ces méthodes. Dans leur immense majorité, elles ne sont pas conçues par des scientifiques, d'où l'absence de spécification des critères d'organisation et de progression sinon la détermination de critères minimaux et inadéquats. Sur ce point, quatre critères classiques déterminent l'évaluation scientifique d'une méthode en l'occurrence la méthode de lecture, qui sont la forme, le contenu, l'organisation et la progression. Non seulement aucune méthode de lecture ne se définit soi-même par rapport à ces différents paramètres, mais encore elle ne satisfait pas à ces diverses variables. C'est parce qu'il s'agit de travail de scientifique et que la plupart des auteurs de méthodes de lecture ne sont pas scientifiques ; quant à ceux qui le sont, ils s'appuient sur la science moderne qui ouvre des perspectives d'analyse et de découverte assez limitées.
Lorsqu'on sait que beaucoup de livres de méthodes de lecture y inclus ceux qui sont employés dans les établissements scolaires sont rédigés par des auteurs qui ne sont ni scientifiques ni enseignants, on comprend le grand désordre et la défiance commune décrits.

(3) Il importe de le faire remarquer, sortie du modèle descriptif classique, la recherche scientifique devient ardue. L'état actuel fortement problématique des méthodes de lecture illustre parfaitement ce fait : elles demeurent très sommaires en termes essentiellement d'explicite, de simplicité, de généralité, d'organisation et de progression qui définissent la science et la pédagogie. De leur côté, les analyses critiques consacrées aux méthodes de lecture témoignent par elles-mêmes de l'extrême difficulté soulignée : elles ne revêtent même pas, le plus souvent, l'aspect de ce qui s'appelle scolairement "commentaire composé" et le résultat s'apparente plus à un travail artisanal qu'à un travail scientifique. La grille d'analyse elle-même reste assez artisanale alors qu'elle se doit d'être scientifique. C'est parce que, comme la science, la grille scientifique n'est guère aisée à élaborer et à remplir. Voilà pourquoi les débats autour des méthodes de lecture, y compris entre enseignants, tournent souvent aux polémiques, aux invectives et aux caricatures, bien éloignées du principe de construction argumentative enseignée dans les lycées.

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