Faiblesses de la science

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Depuis un demi-siècle à peine et grâce à des moyens colossaux, la science a tellement accumulé de connaissances sur nous-mêmes et sur notre planète qu'elle s'est lancée à la conquête des planètes lointaines dans laquelle de véritables exploits ont été et sont encore accomplis.
Depuis un quart de siècle et faute de moyens, à côté de nous, nos soeurs et nos frères humains meurent de faim, de froid, de maladie, de solitude ...
Aberrations absolues qui nous interpellent sur notre manière de penser la science ! Ses carences conceptuelles ne font guère de doute.
Nous vivons légitimement pour le bonheur. Consciemment ou inconsciemment, nous ne pouvons pas être heureux devant la détresse morale, matérielle ou physique de nos semblables. A moins d'un bonheur au goût amer, auquel cas le résultat demeure le même.

 

Dès qu'un thème est abordé entre interlocuteurs (profanes, scientifiques, experts), de nombreux points de désaccord ne tardent pas à surgir. Cela se voit, par exemple,  sur les plateaux de télévision. L'existence d'une multiplicité de partis politiques (généralement traversés par plusieurs courants à l'intérieur d'un même parti), de syndicats, de mouvements pédagogiques, etc., en sont d'autres exemples significatifs. Et si ces derniers sont la traduction d'une démocratie vivante, en revanche, ils sont tout autant la marque des défauts de la science. Quant à savoir si la science et la démocratie peuvent faire bon ménage, c'est un autre sujet de débat. Toutefois, la question préalable est de savoir quelle science et quelle démocratie.

Pour comprendre les divergences évoquées, il importe de se référer aux lacunes de la science aujourd'hui.
La science est un outil de pensée et de connaissance qui permet de commettre relativement moins d'erreurs. A condition qu'elle soit conçue comme il convient, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

La science est née à l'Antiquité et a grandi depuis lors ; sa croissance se poursuit et se poursuivra toujours, parce que la réalité, son objet d'étude, est extrêmement complexe.
De l'Antiquité à l'époque moderne, elle a connu de multiples ruptures, souvent profondes. La science moderne n'est pas comparable à tous points de vue à la science antique. Une constante demeure néanmoins, le schéma heuristique "observation - induction" dérivé du bon sens commun qui est essentiellement empirique. Le schéma est prévalent dans la science moderne.
Si le bon sens est le critère élémentaire de scientificité, c'est-à-dire une certaine rationalité ou une rationalité qui soit le moins reprochable possible (selon des paramètres implicitement admis), ce qui fait toute la différence, c'est le degré de bon sens ou de rationalité. C'est le trait distinctif entre un scientifique et un non-scientifique, voire entre un scientifique et un autre.

Le schéma heuristique "observation - induction" est ce qu'on peut nommer empirisme et définir en première approximation comme attitude consistant à fonder l'étude de la connaissance scientifique sur des données observables et mesurables. 
Ce schéma réducteur hérité de la méthode de la physique est, de nos jours, contesté comme méthode de connaissance scientifique par la physique elle-même dans le domaine de l'étude des particules. C'est le schéma classique. Il se révèle peu adéquat à son objet ainsi qu'il ressort de la situation actuelle de la société et du système éducatif.
Arrêtons-nous un instant sur l'exemple du système éducatif dont le marasme trahit bien les insuffisances de la science.

Pour beaucoup de gens, y compris parmi les enseignants, le système éducatif est en faillite. A cet égard, Luc Ferry, Ministre de l'Éducation nationale, parle lui-même d'une "refondation" du système dans le "Débat national sur l'avenir de l'École". 
Pour certains, au contraire, il ne souffre que de maux légers. Ce qui est communément appelé "bon sens" (ou logique, c'est-à-dire, en première approche, ordre ou relation rationnellement recevable entre des réalités) n'en est pas un pour quelques-uns et non des moindres puisqu'il s'agit en l'espèce de pédagogues, ceux-là mêmes qui produisent et transmettent les savoirs. Sous cet angle, un outil tel que le concept de règle que la plupart des gens, scientifiques ou simples profanes, comprennent comme fondamental à tous les apprentissages sans exception, n'est pas perçu comme tel par certains. Dans les deux camps pourtant, on se considère comme scientifique. C'est parce qu'en raison des défauts actuels de la science, on peut difficilement démontrer de façon convaincante qu'un point de vue est faux. 

Voilà pourquoi on trouve les opinions les plus opposées y compris dans les milieux scientifiques et pédagogiques sur un sujet donné, chacune s'arc-boutant sur ses positions. 
Les organismes compétents se contentent souvent de les enregistrer telles quelles, comme l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) qui recense une dizaine de mouvements pédagogiques sans la moindre remarque critique (ces divers courants représentent autant de conceptions pédagogiques et conséquemment scientifiques sensées les légitimer, ce qui est contradictoire et scientifiquement indéfendable). 
Le Ministre de l'Éducation nationale ne réagit pas à la situation, de la même manière qu'il n'intervient pas dans la publication des manuels scolaires mais les soumet à la critique dans des rapports officiels. Pareillement, tout en étant en désaccord avec les méthodes d'apprentissage de la lecture en vigueur, il n'a trouvé mieux que d'ignorer leur existence (la méthode globale exceptée) et a proposé (vraisemblablement convaincu de l'inefficacité des méthodes déjà existantes) ou plutôt suggéré une autre démarche pédagogique ! L'attitude qui est la sienne marque l'étroitesse de sa marge de manoeuvre certes (il n'y a qu'à voir à cet égard avec quelles précautions de langage sont rédigés les textes officiels tels que Les nouveaux programmes de 2002 ou Lettre à tous ceux qui aiment l'école de 2003, on est loin du langage scientifique qui est clarté et précision !), mais elle traduit surtout les lacunes de la science.

Bref, les insuffisances de la science moderne rendent compte de la situation actuelle du système éducatif.
Si la méthode globale de lecture n'avait pas été abandonnée dès le début de son développement, c'est simplement parce qu'aucun scientifique n'avait pu démontrer de façon crédible le caractère douteux de ses fondements ; autrement dit, les arguments défavorables n'étaient guère plus convaincants que les arguments favorables.
La science post-moderne en prouve les carences rédhibitoires qui déchaînent critiques et rejet depuis plusieurs décennies.
Conscients de ces faiblesses, des hommes de science ont orienté la réflexion vers un modèle plus adapté à la pensée et à la connaissance scientifiques.

Pour nous qui nous inscrivons dans cette dernière mouvance, l'urgence première est de construire la science afin d'en faire une discipline à part entière, à l'instar des autres disciplines qu'elle est supposée régir ...! Elle reste aujourd'hui étonnamment rudimentaire par comparaison avec les autres secteurs qui dépendent pourtant d'elle, ce qui est le comble de paradoxe !
C'est cette science, devenue une véritable discipline de pensée et de savoir, qui devra permettre la transformation du système éducatif d'abord et du système social ensuite, dans cet ordre impératif. 
Il est en effet totalement illogique de vouloir changer le système éducatif et le système social sans préalablement bâtir la science sur laquelle doit reposer cette entreprise ; ce serait placer la charrue avant les boeufs et aller à l'aventure. Il faut savoir où l'on va si l'on ne veut pas arriver quelque part. Ce n'est pas le cas du système éducatif ni de la société aujourd'hui !

Convenablement conçue, la science est facteur d'union, parce qu'elle prend alors appui sur le bon sens ou la justesse qui a valeur d'universalité ; par contre, mal conçue, elle est source de divisions, parce qu'elle repose sur le mauvais sens ou l'erreur, comme les méthodes à départ global d'apprentissage de la lecture qui opposent les parents aux enseignants à cause de leur rendement aléatoire et de leurs fondements conceptuels réfutables.

C'est par rapport à l'état sommaire de la science qu'il faut comprendre l'expansion, autour des années 1960 avec l'avènement de ce qui s'est appelé "Éducation Nouvelle", de la méthode globale de lecture inspirée au 18ème siècle par Nicolas Adam. En sa qualité de précepteur, cet initiateur avait conçu ce moyen pour faire apprendre à lire aux enfants et, ce faisant, ne travaillait qu'avec un enfant en même temps. Un ou deux siècles plus tard, le moyen avait été récupéré d'abord par le milieu médical puis par le milieu éducatif pour l'appliquer aux enfants. Alors qu'il avait été prévu pour un enfant à la fois, il devenait un outil de masse ; on en  connaît les résultats catastrophiques, très sévèrement critiqués notamment par un farouche partisan de la méthode globale, André Inizan dont parle l'auteur de ces lignes sur le présent portail et qui l'a décrite comme une "pratique en dépit du bon sens".
La récusation de la méthode globale tient objectivement et communément à ses résultats insolites, un très faible rendement et une nette tendance chez les enfants à deviner plutôt qu'à lire et les exemples fournis par André Inizan, lesquels sont "bagnole" pour "voiture" et "dégobillé" pour "vomi" sont loin d'être des caricatures. C'est parce que la méthode avait été détournée de son objectif et qu'elle est, de ce fait, inadéquate à son nouvel objet . 
Qu'en est-il de ses fondements ? A ce sujet, il est important de savoir que sa conception est psychologique et, la linguistique, bizarrement mise à l'index alors qu'elle est la science des langues et à ce titre, se doit d'intervenir dans tous les domaines qui ont trait aux langues tels que l'élaboration de l'approche pédagogique de la lecture ! En outre, le principe de transmission des connaissances est remis en question et, à travers lui, la notion de règle fondamentale en matière d'apprentissages scolaires. Par rapport à la pédagogie à mettre en pratique, la préférence va à la méthode dite "naturelle". Jetons un court regard sur quelques-uns de ces points.

1. Conception psychologique de la lecture
Le travail pédagogique s'effectue à partir des phrases et des mots perçus comme des "images" qui sont à "photographier" ou à "filmer". 
Or, par rapport à l'apprentissage de la lecture en tant qu'activité s'opérant sur la langue, en l'occurrence la langue française, la phrase et le mot sont bien autres choses que de simples images qu'il suffit d'enregistrer mentalement, c'est-à-dire sans rien comprendre de leur nature et de leur mode de fonctionnement.
La notion d'image ne recouvre qu'un aspect d'une réalité à facettes multiples. Voilà pourquoi une vision psychologique demeure partielle. Elle révèle les insuffisances conceptuelles de la science qui, face au réel qui est complexe par essence, impose une approche méthodologique forcément pluridisciplinaire.

2. Exclusion de la linguistique
C'est la plus grave erreur commise par les méthodes à départ global (méthode globale, méthodes mixtes ou semi-globales ...) en même temps qu'un paradoxe étrange. 

En fait, c'est toutes les méthodes d'apprentissage de la lecture qui tombent sous le coup de cette critique. Paradoxalement, leur contenu pédagogique ne s'inspire pas des acquis de la linguistique. A ce propos en effet, suite à la révolution qui s'est produite dans le domaine il y a une cinquantaine d'années, le contenu matériel de l'enseignement de la langue française dans l'ensemble de tous les cycles du système éducatif a été complètement remanié, à l'exception d'un seul aspect qui est la méthode d'apprentissage de la lecture. Pourquoi cette exception ? Elle n'a pas de raison légitime.
Comme l'enseignement de la langue française, la pédagogie de la lecture de celle-ci doit se rénover et se concevoir dans la perspective de la linguistique actuelle.

La linguistique est tenue à l'écart de leur élaboration alors même que les termes "phrase" et "mot" constamment employés par elles appartiennent à ce champ de discipline dont relève l'apprentissage de la lecture en tant qu'opération menée sur la langue. C'est comme si on traitait d'un problème de comportement en se passant de la psychologie. Ce n'est pas compatible avec une démarche qui se définit comme scientifique ; c'est complètement illogique.
Les méthodes de type global font fi de la nature et du fonctionnement d'une langue humaine et c'est cette attitude contraire à l'esprit scientifique qui laisse perplexe et semble relever plus d'une idéologie que d'une démarche logique.
D'un autre côté, même dans les manuels de lecture dans les introductions desquels les auteurs se réclament depuis un certain temps déjà du profond renouvellement de la pensée linguistique contemporaine, il ne s'agit que d'effet d'annonce pour autant que les nouvelles conceptions théoriques de la linguistique ne sont pas mises en oeuvre dans l'élaboration de leurs contenus. A preuve, ces manuels sont sans organisation et donc sans progression (alors que la présence de la linguistique conduit logiquement à l'indispensable organisation et progression en matière pédagogique qui sont soulignées), d'où les difficultés énormes qu'ils présentent pour l'apprentissage (puisqu'il n'est plus question d'enseignement dans l'"Éducation Nouvelle") chez les enfants. Ainsi, les principaux facteurs du très faible rendement en lecture au CP résident non seulement dans des errements doctrinaires mais encore dans l'absence d'organisation et de progression des contenus des connaissances, laquelle absence rend l'acquisition des connaissances particulièrement difficile à réaliser. Une matière pédagogique qui n'est ni structurée ni progressive ne peut mener qu'au rendement que nous déplorons tous dans le secteur de l'apprentissage de la lecture depuis de nombreuses années.
Ces erreurs proviennent des lacunes de la science.

3. Manque de transmission des connaissances
La procédure de savoir dénommée "méthode scientifique" qui est celle de la science à l'heure actuelle peut mener à des conclusions sidérantes pour le bon sens commun ou par rapport à la logique courante. C'est ainsi que partant de l'observation empirique qui révèle qu'un enfant acquiert le langage sans enseignement ni matériel spécifique, l'"Éducation Nouvelle" qui, rappelons-le, remonte aux années 1960, avait prévu une construction des connaissances par l'enfant lui-même et conséquemment sans enseignant ni exposé. 
Dans la mesure où il n'y a pas d'exposé, il n'y a pas non plus de transmission à contenu structuré sur des règles. Un exemple particulièrement illustratif est celui non seulement de la méthode globale (où l'usage de manuel est inexistant, ce qui signifie que l'enfant ne peut s'exercer que dans le cadre scolaire, ce qui est absurde !), mais aussi des méthodes de lecture en général dans les manuels desquelles la notion de règle est presque totalement absente. On imagine aisément ce que peut être une pédagogie dans laquelle la notion de règle est sinon laissée de côté, du moins reste implicite ! Comment cela est-il concevable dans des matières telles que la grammaire et la mathématique pour ne citer que deux exemples emblématiques ?
Un instant de réflexion conduit à un constat de fait, celui de la présence de la notion de règle dans tout phénomène d'apprentissage. La "méthode scientifique" ne se rend pas à cette évidence ou plutôt c'est sa conception qui est trop étroite et, son application, aberrante. C'est un signe manifeste des faiblesses de la science.

Beaucoup de parents manifestent de la défiance vis-à-vis de l'enseignement public. Elle se traduit par des cours de soutien scolaire à leurs enfants, voire les inscriptions de ceux-ci dans des établissements privés. Les organismes de soutien scolaire et l'enseignement privé assurent la transmission des connaissances aux élèves, ce qui creuse les inégalités (que l'Éducation Nouvelle, qui cherche au contraire à les supprimer, aggrave à l'insu de son gré) de réussite scolaire entre ces derniers et leurs camarades de l'enseignement public qui ne bénéficient pas du même régime. C'est ce qui se passe également pour l'apprentissage de la lecture où c'est les parents eux-mêmes qui, désormais, prennent souvent les choses en main. D'ailleurs, Xavier Darcos, Ministre délégué à l'Enseignement scolaire, a affirmé dans une émission télévisée du 11 janvier 2004 que la réussite scolaire dépendait plus du milieu familial que du système éducatif ; de façon étonnante, il ne s'est trouvé personne parmi ses interlocuteurs pour réagir à ses propos. C'est donc un fait acquis. Au cours de ladite émission, tous les invités s'étaient accordés à affirmer que les choses n'allaient pas si mal que cela dans le système éducatif, oubliant que l'émission en question s'inscrivait précisément dans le cadre du "Débat national sur l'avenir de l'École" en cours dont l'objectif affiché par le Ministre de l'Éducation nationale est bien de "refonder" l'institution ...
On peut le constater, les perdants sont les élèves qui suivent la pédagogie nouvelle et ne reçoivent pas de transmission des connaissances. En conséquence, la solution favorable pour eux est celle qui consiste à revenir à la transmission des connaissances, retour prévu en particulier par les réformes de 2003 du Ministre de l'Éducation nationale et surtout justifié d'un point de vue autant scientifique que logique et pédagogique.
De l'avis de certains invités à l'émission précitée, les inégalités en termes de réussite scolaire entre les élèves se sont considérablement accrues du fait que les uns recevaient une transmission des connaissances pendant que les autres en étaient privés. C'est une preuve supplémentaire indiscutable du bien-fondé du principe de transmission des connaissances dans le domaine des apprentissages scolaires. 
L'abandon du principe de transmission des connaissances paraît tout aussi surprenant que la promotion des méthodes de type global comme supports d'apprentissage de la lecture. Les résultats non concluants confirment la surprise dans les deux cas, ce qui s'inscrit dans l'ordre des choses.
La suppression de la transmission des connaissances et l'adoption des méthodes à point de départ global sont des exemples évidents d'errements graves auxquels les faiblesses de la science moderne peuvent mener.

L'exemple-type des faiblesses de la science est incontestablement celui de la méthode de lecture dite "naturelle", qui est la méthode globale en vigueur. Assimilant l'apprentissage de la lecture à l'apprentissage du langage chez l'enfant, l'"Éducation Nouvelle" a voulu procéder comme dans le dernier cas : de même que l'enfant acquiert le langage uniquement en étant plongé dans le bain linguistique que constitue le milieu familial, de même en étant entouré de différentes sortes d'écrits, il construit lui-même sa compétence en lecture. Ce raisonnement procède hélas d'une méconnaissance du statut et du fonctionnement d'une langue humaine surtout écrite ; en outre, la langue française se caractérise par d'innombrables irrégularités phonétiques, orthographiques et grammaticales qui sont autant de règles à s'approprier. Dans un mot comme "saucisson", il existe seize règles à maîtriser pour être à même de le lire de façon correcte.
En ne les présentant pas à l'enfant, les méthodes de type global le mènent tout droit à l'échec de l'apprentissage de la lecture, ce que l'on constate bien à l'heure actuelle.

Nous avons eu l'occasion, à maintes reprises, d'évoquer quelques-uns des aspects pour lesquels l'Éducation Nouvelle était passible de critiques. Toutefois, il ne serait pas exact de penser qu'il n'y a que du négatif dans cette forme de conception éducative ; en effet, on y trouve également des idéaux fort plausibles, qui fédèrent l'ensemble des mouvements pédagogiques dont l'objectif ultime présenté dans les chartes respectives est la transformation sociale grâce à une formation qui fasse des enfants d'aujourd'hui des adultes de demain conscients, autonomes, responsables, solidaires, dotés de sens civique ... Dans cette logique, les diverses chartes se montrent particulièrement soucieuses de la réussite de tous les enfants et revendiquent les mêmes droits et les mêmes chances pour tous.
D'un mouvement pédagogique à l'autre, l'idéal profondément humaniste est ce qu'on peut rêver de mieux pour la société. En résumé, l'idéal social véhiculé par l'Éducation Nouvelle est celui que tout le monde appelle de tous ses voeux. Il est incompatible avec la violence que connaît le milieu scolaire et social et l'on peut s'étonner qu'il n'y ait pas produit d'effet positif à ce jour et qu'au contraire la situation se soit nettement dégradée depuis une ou deux décennies. Les chartes des différents courants pédagogiques contiennent des éléments nécessaires et suffisants à l'établissement d'un programme d'éducation civique (dont on a beaucoup parlé ces dernières années face à la montée en puissance de la violence à l'école) grâce à l'enseignement duquel l'école aurait dû être mise à l'abri de la violence et c'est vraisemblablement, entre autres motifs, la redéfinition, discutable,  du rôle de l'enseignant et de l'élève par rapport aux savoirs qui ne l'a pas permis.
Bref, l'idéal social de l'Éducation Nouvelle ne souffre d'aucune discussion ; en revanche, le moyen requis pour le réaliser, ou plus précisément l'idéal pédagogique, l'est beaucoup moins, d'où les critiques et les réformes (notamment de 2002 et 2003) qu'il a entraînées nécessairement. L'origine s'en trouve dans les faiblesses de la science, preuve de l'exigence de bâtir celle-ci pour servir de socle aux projets de transformation éducative et sociale.

 

30 novembre 2003 / 27 janvier 2004

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