La problématique de la lecture peut s’articuler autour de deux pôles qui sont l’invalidation des méthodes disponibles et la validation de la méthode qui résulte des plus récents développements de la recherche scientifique et s’impose par là même à l’enseignement et à l’apprentissage.
1) L’invalidation des méthodes de lecture
Les carences de deux facteurs cruciaux liés au mode de fonctionnement du cerveau, du réseau mental et du français et méconnus sinon peu ou point valorisés des théoriciens, des concepteurs et des praticiens constituent un obstacle radical à l’impact positif des méthodes de lecture :
a) L’ordre des lettres dans les mots est aussi nécessaire et obligatoire que l’ordre des chiffres dans les nombres du système de numération, et c’est vraisemblablement la raison pour laquelle on parle de « déchiffrer » les mots pour signifier l’acte d’analyser les mots en unités constitutives afin de les reconnaître (l’analyse menant à la reconnaissance suppose la connaissance des propriétés structurelles et fonctionnelles des unités concernées).
b) Les mots sont composés de lettres et de syllabes et chaque lettre se prononce selon son contexte et sa position dans les syllabes, et c’est la combinatoire qui rend possible l’acquisition de la prononciation des lettres suivant le contexte et la position dans les configurations qui représentent des syllabes.
Les profonds déficits soulignés ont trait à l’aspect de la méthode de lecture appelé combinatoire grâce à laquelle peuvent s’opérer l’organisation et la progression du contenu matériel de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture.
2) La validation de la méthode de lecture
Scientifiquement, la méthode de lecture est construite sur la base du mode de fonctionnement du cerveau, du réseau mental et du français. Par voie de conséquence, elle s’adapte aux enfants. En ce sens, ce qui change désormais profondément pour la méthode de lecture, c’est que dans l’état actuel des connaissances scientifiques, on ne peut plus traiter de la question en occultant le mode de fonctionnement du cerveau, des schèmes mentaux et du français, si bien que le problème n’est plus de savoir si la méthode de lecture doit être syllabique, globale, mixte ou autre, mais d’établir le contenu pédagogique de la méthode d’après le mode de fonctionnement des circuits cérébraux, des facultés mentales et de la langue française, lequel mode de fonctionnement est mis en évidence par la recherche en neurosciences, en sciences cognitives et en linguistique, l’ensemble des données étant appuyées sur la science et la méthodologie de la recherche scientifique. Cette option amène à adapter la méthode de lecture aux enfants ; sur ce point, alors que c’est les enfants qui doivent s’adapter aux méthodes de lecture, c’est la méthode linguistique de lecture qui est adaptée aux enfants. Sous une formulation différente, la méthode linguistique de lecture est conçue selon la manière dont les mécanismes cérébraux et cognitifs des enfants fonctionnent.
Fondée sur ces données de la recherche scientifique, la méthode linguistique constitue une grande avancée pour l’enseignement et l’apprentissage de la lecture. Elles permettent d’optimiser l’efficacité de la méthode tout en réduisant au maximum le coût attentionnel de l’apprentissage à travers une approche pédagogique qui repose sur des savoirs et des savoir-faire explicites.
Une difficulté sérieuse pour les méthodes de lecture est la reconnaissance. Celle des mots écrits. Or, la connaissance est la condition de la reconnaissance et passe impérativement par la combinatoire, laquelle reste exceptionnelle et très rudimentaire et, en somme, très largement implicite ; en effet, lorsqu’elle existe, la combinatoire est à peine ébauchée dans les méthodes de lecture qui la revendiquent. La carence de la combinatoire compte parmi les facteurs rédhibitoires des méthodes de lecture. Au regard de la tentative visant à faire reconnaître les mots écrits, elle trahit une conception pédagogique de la lecture étayée sur des erreurs.
Peut-on déchiffrer les mots sans avoir appris la combinatoire ? La réponse est négative. Car savoir déchiffrer les mots revient encore à savoir prononcer leurs lettres suivant le contexte et la position, ce que ne permettent guère les méthodes de lecture du fait de ne pas enseigner la combinatoire. Au demeurant, les enfants ne peuvent pas savoir lire les mots s’ils ne sont pas capables de les analyser ou les décomposer en syllabes, dimension exclue par nombre de méthodes syllabiques et par la totalité des méthodes non syllabiques.
Bernard Wemague
Novembre 2008