Deux
clés de voûte de l’apprentissage de la lecture :
le
déchiffrage et la combinatoire
La partie centrale de l’apprentissage de la lecture est le déchiffrage.
Le déchiffrage des mots, c’est la décomposition des mots en syllabes et lettres par rapport aux unités de prononciation qu’elles permettent de représenter.
Les mots sont composés de lettres et syllabes qui correspondent à des unités de prononciation précises.
En matière d’apprentissage de la lecture, le cerveau traite progressivement les lettres puis les syllabes au regard des unités de prononciation qu’elles constituent.
Les mêmes lettres, les mêmes syllabes et les mêmes prononciations, appelées constantes distributives, reviennent dans la composition des mots connus et des mots inconnus de la langue.
En conséquence, il faut apprendre les lettres, les syllabes et les prononciations correspondantes pour être capable de déchiffrer les mots connus et les mots nouveaux de la langue.
Or, des analyses superficielles ont conclu (1), contre le principe même de fonctionnement des langues humaines, à l’inexistence de syllabe dans la langue française écrite, ce qui a amené la plupart des méthodes de lecture à faire l’impasse non seulement sur l’apprentissage des lettres de l’alphabet, mais aussi sur celui des syllabes, au nom de l’argument supplémentaire et léger selon lequel les deux catégories d’unités linguistiques de base ne possèdent pas de sens à l’instar des textes.
Faute de faire apprendre les lettres, les syllabes et les prononciations associées, les méthodes de lecture permettent difficilement de déchiffrer les mots.
L’exclusion des syllabes entraîne au moins trois conséquences sérieuses, qui sont les suivantes :
1) L’impossibilité d’organisation et de progression réelles des contenus matériels des méthodes de lecture.
2) Le déficit de connaissance de la composition et du fonctionnement internes des mots.
3) Les problèmes de déchiffrage, de compréhension, d’orthographe, d’illettrisme et de dyslexie.
L’acquisition de la capacité de déchiffrage des mots est subordonnée à l’acquisition de la combinatoire.
La syllabe implique la combinatoire qui en est le principe fondateur.
Les méthodes de lecture n’investissent pas la notion fondamentale de combinatoire. De ce fait, elles n’intègrent pas les propriétés phonétiques des lettres, lesquelles consistent en prononciations des lettres en fonction du contexte et de la position dans les syllabes des mots (comme par exemple ‘e’ et ‘t’ dans ‘respectueusement’ et ‘essentiellement’ présentés syllabiquement ‘res pec tu eu se ment’ et ‘es sen ti el le ment’).
La conjonction de ces facteurs affecte profondément les résultats de l’apprentissage de la lecture.
Savoir lire se construit sur deux compétences cardinales qui sont la combinatoire et le déchiffrage.
Les faiblesses des méthodes de lecture proviennent d’investissement non pertinent sinon insuffisant de ces domaines.
Bernard Wemague
28 mai 2011
(1) La conception courante
à l’origine de laquelle se trouvent celles d’Evelyne Charmeux et de Jean
Foucambert ne pose pas d’existence de syllabe à la langue française écrite.
Le Petit Larousse définit la catégorie d’entité des langues humaines en
l’espèce la langue française qui se désigne du nom de syllabe :
« Unité phonétique groupant des consonnes et des voyelles qui se
prononcent d’une seule émission de voix : "Paris" a deux
syllabes ».
L’exemple « "Paris" a deux syllabes » postule deux
« syllabes » dans le mot « Paris » réalisé [pari],
lesquelles sont « Pa » et « ris », qui peuvent être décrites
chacune comme étant une configuration de lettres ordonnées représentant
conventionnellement une « unité phonétique ».
Par conséquent, comme dans toutes les langues humaines pourvues de système
d’écriture alphabétique, la syllabe existe dans la langue française tant
orale qu’écrite.
Une syllabe de la langue écrite est une représentation graphique d’une
syllabe de la langue orale, qui est une unité phonétique ou une configuration
de sons de la parole.
Les configurations phonétiques et graphiques « pa », « Pa »,
« ri » et « ris » sont des constantes distributives des
mots de la langue française dont l’apprentissage et la connaissance sont
requis par la capacité de lecture.