Défauts rédhibitoires des
méthodes de lecture à départ global
b.wemague@wanadoo.fr
http://www.apprentissage-lecture.com
L'idée est désormais solidement ancrée dans tous les esprits depuis de
nombreuses années : les méthodes d'apprentissage de la lecture à point de départ
global (méthode globale, méthodes mixtes ou semi-globales ...) en vigueur au
CP ne donnent guère satisfaction.
Il ne se trouve personne pour soutenir le contraire, sauf dans les milieux
enseignants et cela se comprend. En tout état de cause, ce n'est pas les
parents qui peuvent apporter leur caution à ces méthodes et les résultats
chez les enfants sont là pour leur donner raison.
Ce qui vaut aux méthodes de lecture de type global scepticisme et rejet général,
c'est leurs résultats hasardeux, qui procèdent de constat immédiat.
Toutefois, les bases théoriques ne plaident pas non plus en leur faveur.
Regardons très rapidement ces deux aspects d'un peu plus près.
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Invalidation des méthodes à départ
global |
Il est vain de vouloir continuer à nier ce que tout le monde s'accorde à
reconnaître : les méthodes d'apprentissage de la lecture à départ global
sont sans efficacité réelle. En bref, leur rendement n'est pas concluant.
Selon une étude effectuée en 1997 par la Direction de l'Évaluation et de la
Prospective de l'Éducation nationale, 62 % des enfants entrant en 6ème n'étaient
pas capables de saisir les instructions d'un texte simple. Il n'y a pas de mystère
à ce constat : les méthodes de lecture à départ global apprises par les
enfants sont mauvaises ! Redisons-le, les méthodes à point de départ global
ne sont pas des méthodes d'apprentissage de la lecture. Elles n'ont pas été
conçues dans cet objectif. C'est des systèmes qui ont été transposés dans
le secteur.
Dans Les nouveaux programmes de 2002, le Ministre de l'Éducation
nationale écrit relativement au bilan de plus de quarante ans de pratique de
l'"éducation nouvelle" dans le cadre de laquelle s'exercent les méthodes
de type global : "Des années d'expérience ont montré ce qui est efficace
et ce qui ne l'est pas en matière de pédagogie. On sait par exemple depuis
longtemps que la fameuse méthode globale d'apprentissage de la lecture a eu des
conséquences catastrophiques ... Les nouveaux programmes l'écartent résolument."
Les réformes de 2003 poursuivent également un objectif qui est de réparer les
dégâts causés par la pédagogie de lecture à caractère global en prévenant
et en luttant contre l'illettrisme.
Comme il fallait s'y attendre, les résultats aléatoires en lecture au CP ont
eu des conséquences en aval sur l'ensemble des cycles du système éducatif et
c'est une observation notée dans l'opinion publique. André Inizan,
inspecteur de l'Éducation nationale, localise dans les mauvais résultats de
l'apprentissage de la lecture au CP la cause originelle de ceux du système éducatif
aujourd'hui. Le propos généralement enregistré est que le niveau des
connaissances a baissé.
Au fait, quelle est l'erreur qui est à l'origine des méthodes de lecture à
caractère global ? Elle se trouve dans les bases doctrinaires mal fondées.
Elles ont été conçues principalement dans le cadre de la science du
comportement, qui est la psychologie, plutôt que dans celui de la science des
langues, qui est la linguistique, ce qui sort de l'ordinaire ! En effet, les
concepts de phrase et de mot en particulier, qu'elles emploient constamment à
juste titre, appartiennent en propre à la linguistique, ce qui n'a pas empêché
de l'exclure et de l'ignorer purement et simplement par rapport à la méthode
de lecture ; c'est totalement illogique. De même que tout ce qui touche au
comportement doit être abordé surtout dans l'optique de ce domaine,
pareillement tout ce qui concerne la langue (tel que l'apprentissage de la
lecture qui porte sur une langue) doit être considéré en premier lieu dans la
perspective de cette discipline.
Le scandale des méthodes de lecture actuelles est d'avoir été conçues en
termes essentiellement psychologiques plutôt que linguistiques comme la logique
l'exige.
En réalité, la psychologie et la linguistique participent des disciplines qui
sont nécessaires au premier chef à la conception de la méthode
d'apprentissage de la lecture. La psychologie est utile surtout dans la manière
de s'y prendre concrètement avec l'apprenant et de lui transmettre les
connaissances (en cela, son intérêt importe aussi bien à l'enfant qu'à
l'adulte en situation d'apprentissage) ; la linguistique, quant à elle,
pourvoit au contenu matériel des connaissances (lequel contenu matériel est
constitué des catégories linguistiques et il se pose alors le problème de la
façon de concevoir sa présentation pour faciliter à la fois la transmission
et l'acquisition).
A la suite des changements radicaux survenus dans le domaine de la linguistique
au début de la deuxième moitié du 20ème siècle, l'enseignement de la langue
française avait été complètement modifié dans l'ensemble des cycles du système
éducatif, à l'exception d'un seul aspect, l'apprentissage de la lecture. La
raison plausible en est qu'on n'avait pas su comment y procéder.
La linguistique structurale, qui avait précédé la linguistique (ou grammaire)
générative, n'avait pas pu permettre d'envisager différemment l'enseignement
du français ni de concevoir autrement la méthode d'apprentissage de la
lecture. Le vide méthodologique de l'apprentissage de la lecture avait amené
Nicolas Adam à initier et Ovide Decroly à développer la méthode globale en
se tournant vers le moyen à disposition, la psychologie expérimentale (elle-même
méthodologiquement inspirée des sciences expérimentales) dont les résultats
actuels en lecture révèlent l'inadéquation. L'habitude avait fait le reste,
d'autant qu'il n'y avait guère mieux. C'est dire que les méthodes de lecture
à départ global d'aujourd'hui doivent leur long règne quasiment sans partage
autant à l'habitude qu'à l'absence d'alternative sérieuse.
Il est fondamental, comme on voit le mouvement s'amorcer depuis déjà bien des
années, de faire marche-arrière et de construire la méthode d'apprentissage
de la lecture autour de la linguistique, de la sémantique et de la psychologie
principalement.
Cela étant, le contenu de la méthode d'apprentissage de la lecture doit se
concevoir par rapport au statut et au fonctionnement de la langue française, ce
qui conduit à l'envisager dans le cadre de la syntaxe, au sens de la grammaire
générative du terme.
| La pédagogie
de la lecture est tirée par les cheveux ! On fait photographier des
phrases et des mots entiers ! La sanction en est connue de tout le monde !
Les enfants lisent mal sans comprendre ce qu'ils lisent ! C'est parce que
la mémorisation globale ne permet pas de maîtriser le fonctionnement du
code écrit. La pédagogie de la lecture doit être cohérente, structurée, progressive et systématique. En conséquence, elle doit reposer sur des règles et commencer par faire connaître la discrimination et la désignation des lettres de l'alphabet à l'enfant, c'est-à-dire des règles phonétiques que celles-ci représentent (cela ne signifie pas qu'il faille apprendre à l'enfant à réciter l'alphabet ..., parce que l'opération n'a aucun intérêt à ce stade et qu'elle s'avère difficile pour lui). Il faut donner des règles à l'enfant, ce qui implique un contenu pédagogique structuré et progressif comprenant, pour débuter, non seulement la connaissance des lettres de l'alphabet, mais encore la connaissance de la distinction des catégories des lettres de l'alphabet qui sont les voyelles, les consonnes et les semi-voyelles ou semi-consonnes qui sont des notions dont la distinction est nécessaire à l'énoncé des règles, de la même manière que l'enfant devra savoir distinguer dès l'école élémentaire les catégories du discours telles que le nom, le verbe, l'adjectif, etc., dont la connaissance s'impose dès ce cycle par rapport aux accords grammaticaux présents dans les textes de lecture. Si ces connaissances de base ne sont pas transmises aux enfants, comment s'étonner alors de leurs échecs en apprentissage de la lecture ? Et si la "pédagogie nouvelle" datant des années 1960 ne l'autorise pas, c'est ses fondements rationnels qui sont à remettre en cause et non la transmission des connaissances en tant que telle. |
19 janvier 2004 / 28 avril 2004