L’apprentissage
de la lecture par la méthode linguistique de lecture s’élabore sur
l’orthographe, l’organisation et le fonctionnement du mot au centre desquels
on trouve la combinatoire en tant que, d'une part, processus de génération des syllabes qui
sont des constantes distributives servant à composer les mots et, d'autre part,
connaissance et compétence indispensables à acquérir pour être à même de
reconnaître et d'identifier le mot.
Quels sont les outils nécessaires aux maîtres pour assurer l’enseignement d’un
apprentissage réussi de la lecture ?
Pour enseigner à lire avec succès aux élèves, les maîtres ont besoin
- d’une bonne méthode de lecture, ou méthode de lecture qui est pertinente et
découle de manière aussi irréprochable que possible de recherches scientifiques
(c’est-à-dire appuyées sans faille sur le fonctionnement du cerveau, de la
pensée et du langage) et pédagogiques (c’est-à-dire reposant sur un enseignement
aux contenus explicites, organisés et progressifs à base de règles rigoureuses
simples et générales) ;
- de livres : il convient que les maîtres fassent travailler les élèves avec des
manuels plutôt que des albums ;
- de bons livres : c’est-à-dire des manuels bien faits et, par
conséquent, explicites,
rigoureusement organisés et progressifs.
Les caractéristiques de la méthode linguistique de lecture et de ses
manuels s’efforcent de répondre à ces exigences.
La méthode linguistique de
lecture et ses manuels présentent de nombreuses caractéristiques.
En voici les
principales :
- ils sont inspirés des données des recherches scientifiques et universitaires
les plus en pointe sur l’enseignement et l’apprentissage de la lecture ;
- ils sont plus adaptés aux élèves et au fonctionnement de la langue française
écrite ;
- ils sont explicites, organisés et progressifs ;
- ils résolvent notamment les problèmes de déchiffrage, d’identification des mots écrits,
de compréhension, d’orthographe, d’illettrisme, de dyslexie ;
- ils mettent en place la combinatoire ;
- ils allient le code et le sens.
Elles méritent quelques précisions.
1) Les recherches
scientifiques et universitaires les plus en pointe
La méthode linguistique de
lecture et les manuels auxquels elle donne naissance sont issus des recherches
scientifiques et universitaires les plus récentes et les plus pointues dans les domaines de
l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture.
Les recherches sont celles de l’Observatoire national de la lecture (ONL) qui
est un relais du Ministère de l’Éducation nationale et de l’Académicien des
Sciences Stanislas Dehaene.
L’Observatoire national de la lecture centre finalement l’enseignement et
l’apprentissage de la lecture sur le traitement des mots écrits et plus
exactement sur l'identification des mots écrits, catégorie
linguistique douée de sens et unité sémantique minimale de la communication
écrite. Sous l’angle de la linguistique, de la neuroscience et de la
cogniscience, de l’analyse et de l’interprétation des résultats des travaux de
Stanislas Dehaene se dégage le postulat d’un enseignement et d’un apprentissage
de la lecture qui mobilisent les composantes des mots qui sont les lettres, les
syllabes et le sens. Dans les deux cas, il s’agit de catégories linguistiques en
l’occurrence les lettres, les syllabes, les mots et le sens, qui sont les
catégories essentielles de la langue en même temps que les constituants
fondamentaux du code écrit. Cela revient à dire que l’enseignement et
l’apprentissage de la lecture se fondent principalement sur la linguistique et
le code écrit. Ainsi, comme l’Observatoire national de la lecture le concède, la
linguistique occupe la position prépondérante parmi les disciplines de la science de la
lecture par rapport à
l’élaboration de l’enseignement et à la construction de l’apprentissage de la
lecture. En effet, elle fournit les catégories lettre, syllabe, mot et sens qui
représentent les objets de la connaissance de base à maîtriser pour savoir lire.
On conclut de ces considérations relatives aux acquis des travaux de
l’Observatoire national de la lecture et de Stanislas Dehaene que le code écrit,
ou la langue écrite, est le fondement de l’enseignement et de l’apprentissage de
la lecture. Ce fait suggère que la démarche pédagogique procède de la
langue écrite pour aller vers la langue parlée.
2) L’adaptation aux élèves et
au fonctionnement de la langue écrite
La méthode linguistique de
lecture et ses manuels sont adaptés aux élèves parce que leurs contenus
pédagogiques sont déterminés par le mécanisme de fonctionnement du cerveau par rapport à l’apprentissage de la lecture. D'après les conclusions
des travaux de Stanislas Dehaene, le cerveau élabore peu à peu les éléments
simples, qui sont les lettres de l’alphabet ; ensuite les éléments
complexes, qui sont les combinaisons des éléments simples, c’est-à-dire les
syllabes. Il est à noter que les éléments simples et complexes, ou lettres et
syllabes qui sont des constantes distributives, sont des unités graphiques de la langue écrite qui correspondent à la
représentation des unités phoniques de la langue parlée décrites comme sons et
syllabes. Lettres, sons et syllabes s’avèrent être des constantes distributives
destinées à composer les mots, ceux de la langue orale et de la langue écrite,
lesquels permettent de construire les phrases et les textes. Les enfants
apprennent les sons et les syllabes pour former les mots et les phrases et
savoir parler ; pareillement, ils doivent apprendre les lettres et les syllabes
pour former les mots et les phrases et savoir lire. L’apprentissage des
syllabes, c’est l’apprentissage des associations des lettres pour obtenir des
groupes de lettres ordonnées, en lien avec les unités phonétiques des mots
porteurs de sens. Comme chaque unité phonétique de la composition des mots
oraux, chaque groupe de lettres ordonnées, ou invariante distributive, se
réemploie dans la composition des mots écrits. Les lettres et les syllabes sont
des unités graphiques de construction de la langue écrite.
En somme, le français écrit fonctionne avec des élément simples et complexes ou
lettres et syllabes, en conformité avec les contraintes du cerveau.
La connaissance des lettres et des syllabes qui façonnent l'orthographe détermine celle de l’organisation et
du fonctionnement des mots. Elle assure le traitement des mots, c’est-à-dire
l'accès à la représentation graphique ou l'orthographe correspondant aux
mots, à travers la
reconnaissance et l’identification des mots.
3) L’explicite,
l’organisation et la progression
Les qualités
pédagogiques particulières de la méthode linguistique de lecture et des manuels sont
l’explicite, l’organisation et la progression.
L’explicite : contrairement à ce qui s’observe dans la plupart des méthodes de
lecture actuelles tant synthétiques que non synthétiques, l’alphabet est
enseigné ; les sortes de lettres (consonnes, voyelles, semi-consonnes ou
semi-voyelles) sont enseignées ; les notions spatiales de début, milieu, entre,
fin, avant, après concernant les lettres dans les syllabes et les syllabes dans
les mots le sont aussi ; les positions des lettres (en début de syllabe, en
milieu de syllabe, en fin de syllabe) le sont également dans les syllabes et les
mots ; l’ordre exact des lettres dans les syllabes déterminant la prononciation
est nettement souligné ; la prononciation des lettres non seulement selon
leur ordre de succession mais encore selon le contexte et la
position dans les syllabes et finalement dans les mots, qui est une
caractéristique très marquante de la langue française, est encore enseignée ; les
lettres, les syllabes, les mots et les phrases sont distingués, etc. Ces
connaissances bien établies, claires et précises assurent un apprentissage de la
lecture rigoureux et solide qui écarte en soi tout risque d’erreurs, tout
problème de déchiffrage, d’identification des mots, de compréhension, d’orthographe,
d’illettrisme, de dyslexie.
L’organisation : les manuels
correspondent, de manière rigoureuse et cohérente, à des aspects successifs et
complémentaires de l’apprentissage de la lecture ; dans l’ensemble, chaque
manuel structure de façon stricte et logique son contenu en chapitres
(présentation à laquelle ne se prêtent pas les livres d’apprentissage de la
lecture en raison des conceptions théoriques sous-jacentes non pertinentes pour
autant qu’elles prônent une pédagogie qui démarre l’activité d’apprentissage
soit par des textes, soit par des phrases, soit par des mots complets, soit par des sons,
à l’opposé du mode de fonctionnement du cerveau mis en évidence par des
données scientifiques).
La progression : en
adéquation avec le mode de fonctionnement du cerveau au cours de l’apprentissage
de la lecture, la méthode linguistique de lecture procède graduellement des
éléments simples qui sont les lettres pour aller vers les éléments complexes qui
sont les phrases et les textes en passant par les syllabes et les mots.
En dépit des déclarations,
la progressivité n’est pas possible dans les méthodes de lecture actuelles,
parce que les conceptions théoriques qui les sous-tendent ne sont pas en phase
avec le mode de fonctionnement du cerveau commandant une approche qui commence
d'abord par l’élément simple qui
est la lettre et s’y prend progressivement et passe ensuite à la combinaison des
éléments simples pour former l’élément complexe qui est la syllabe ;
dans l'histoire de l'évolution des espèces, le sens
n’intervient que postérieurement et se rattache conventionnellement à des séquences
particulières de lettres et de syllabes qui constituent le mot, d’où l’exigence
de maîtriser les lettres et les syllabes pour reconnaître et identifier correctement le mot,
capacité qui est la base essentielle de l’apprentissage de la lecture et qui
représente l’obstacle majeur des méthodes de lecture à l’heure actuelle et rend compte de
leurs problèmes de déchiffrage, d'identification des mots écrits, de compréhension de ce qui est lu,
d’orthographe, etc.
4) Résolution du problème
d’identification des mots écrits
Les contenus de la méthode linguistique de lecture et des manuels apportent la
solution appropriée au problème fondamental d’identification des mots écrits, ce
qui, du même coup, remédie à bien d’autres problèmes tels que la compréhension,
l’orthographe, l’illettrisme, la dyslexie.
Identification, par laquelle passe nécessairement la lecture des mots, est un
terme technique qui recouvre trois objets de la connaissance
complémentaires qui suivent :
a) la manière permise (dite orthographe) dont le mot s’écrit, c’est-à-dire, d’une part, les séquences de
groupes distincts de lettres ordonnées (exemple : en traî ne ment) et, d’autre part,
l’ensemble des séquences de groupes réunis de lettres ordonnées (exemple : e n t r a
î n e m e n t), qui composent le mot (exemple : "entraînement") ;
b) la façon dont le mot se prononce ;
c) la signification qui est habituellement rattachée au mot.
La prononciation du mot dépend de son orthographe et, plus spécialement, des
syllabes qui le forment et représentent des règles de réalisations
phonétiques, c’est-à-dire de ses constantes distributives (qui sont
des séquences de groupes de lettres ordonnées pour ce qui concerne les
syllabes).
L’identification du mot comporte une étape en amont appelée reconnaissance (ou décodage
ou encore déchiffrage) consistant à analyser celui-ci, c’est-à-dire à
a) repérer et distinguer les syllabes qui composent le mot ;
b) discriminer les lettres qui constituent chaque syllabe du mot.
En somme, la reconnaissance du mot se résume à le décomposer en syllabes puis en
lettres. C’est la décomposition interne du mot, ou analyse du mot en
constituants, lesquels engendrent l’orthographe et déterminent la prononciation et la
signification permettant l’identification du mot.
Par rapport aux notions de reconnaissance et d’identification des mots, les
méthodes de lecture ne traitent pas les mots comme il convient : en particulier,
elles délaissent les syllabes des mots écrits. Conséquence : les élèves
peinent à lire les mots, puisque l'organisation et le fonctionnement
des mots impliquant l'incontournable combinatoire leur échappent. La compréhension pâtit de cette lacune ; le déficit de
travail sur l’organisation et le fonctionnement internes des mots écrits induit
les difficultés d’orthographe, etc.
Les contenus pédagogiques de la méthode linguistique de lecture et des manuels
assurent le traitement efficace de l’identification des mots écrits grâce à
deux compétences installées en amont qui sont l’encodage et la reconnaissance ou
décodage. L’encodage est un processus qui met en place les lettres et leurs
combinaisons, les syllabes. Il se construit à partir du principe alphabétique
réactualisé.
Les syllabes sont les produits de la composition des lettres installées au
travers des opérations de combinatoire. L’apprentissage de la
combinatoire, c’est l’apprentissage de la composition des lettres pour former
les syllabes sur la base de la relation de correspondance lettre-son représentée
par la formule générale graphie-phonie sur laquelle repose profondément le
principe d’organisation et de fonctionnement des mots et, au-delà, de la langue
écrite et de la langue orale.
L’acquisition de l’encodage conditionne celles de la reconnaissance et de
l’identification. La reconnaissance est la capacité d’analyser la composition
des mots en syllabes et en lettres. L’identification est la capacité de lire les
mots en prenant appui sur leur composition syllabique et alphabétique,
c’est-à-dire leur composition interne. Comme on peut le voir, le traitement
efficace des mots repose, pour l’essentiel, sur la compétence d’encodage qui met
en place des constantes distributives de lettres et de syllabes des mots. Par
suite, le déficit d’encodage est une carence qui voue les méthodes de
lecture à l’échec ou à une insuffisance d’efficacité. Leurs problèmes de
reconnaissance des mots, d’identification des mots, de compréhension,
d’orthographe, d’illettrisme, etc., ont leur origine dans l’absence d’encodage
dont la composante-clé est la combinatoire qui mobilise essentiellement les
lettres et les syllabes (et voilà pourquoi l’absence d’encodage et celle de
combinatoire condamnent les méthodes de lecture sinon à l’échec, du moins à des
résultats relativement modestes). Une lettre de l’alphabet français se prononce
en fonction de son contexte et de sa position au sein de la syllabe qui la
contient, et c’est par la combinatoire que s'acquiert la prononciation des syllabes à
travers la construction des règles de réalisations phonétiques qui les
régissent. En l’absence d’apprentissage de la combinatoire, l’acquisition de la
capacité de lecture devient aléatoire, ce qui impacte fortement les résultats
escomptés. Le déficit d’encodage et de combinatoire est un handicap majeur auquel toutes les méthodes de
lecture se trouvent confrontées.
5) La valorisation de la combinatoire
La combinatoire est l'opération qui permet de former les syllabes et de
prononcer les lettres selon le contexte et la position dans les syllabes. Elle
est caractéristique de la méthode de lecture synthétique dite syllabique. La
méthode de lecture syllabique est une démarche dont le principe consiste à
assembler des lettres pour constituer des groupes de lettres ordonnées qui
représentent des unités phoniques du langage parlé.
La combinatoire est la connaissance et la compétence à s’approprier pour savoir
reconnaître et identifier les mots écrits, ou pour être capable de lire les mots
écrits. Elle est mobilisée par l'encodage.
En effet, lire, c’est d’abord reconnaître et identifier les mots écrits,
c’est-à-dire discriminer les syllabes et les lettres, prendre conscience de la
composition de la chaîne graphique concernée, réaliser la prononciation
correspondante, retrouver la signification associée.
La capacité de reconnaissance et d’identification des mots dépend de
l’acquisition de la combinatoire. L’objet de la combinatoire, c’est les lettres.
Le résultat de la combinatoire, c’est les syllabes. La connaissance des
constantes distributives que sont les lettres et les syllabes induit celle de
l’organisation et du fonctionnement des mots et mène à l’acquisition de
l’orthographe. Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire
en CP sont réservés à la combinatoire à mettre en place pour acquérir les
bases indispensables de la lecture et de l’orthographe.
Dans la conception pédagogique étayée par les données de neuroscience, de
cogniscience et de linguistique, l’apprentissage de la lecture et
l’apprentissage de l’orthographe s’avèrent profondément imbriqués. En
somme, l’apprentissage de la lecture se construit sur l’orthographe des mots
qui mobilise les constantes distributives que sont les lettres et les syllabes.
6) L’articulation du code et
du sens
Dans le respect d’une
rigoureuse progression allant des données les plus simples aux plus complexes
suivant le fonctionnement du cerveau, le code et le sens sont associés à travers
une présence permanente des mots voire de petites phrases ou de courts textes.
Le code est construit à l’aide de lettres, de sons, de syllabes, de mots, de
phrases, de textes et de sens. Au cours de la phase décisive d’encodage, le code
mobilise essentiellement les lettres, les sons, les syllabes, les mots et le
sens.
L’apprentissage réussi de la lecture s’appuie sur les acquis de l’encodage qui
confèrent les habiletés de reconnaissance et d’identification des mots.
La méthode linguistique de
lecture, qui fonde l’apprentissage principalement sur la langue écrite
et la progression du simple au complexe conformément non seulement à la logique tout court, mais en plus au mode de
fonctionnement cérébral, s’attache à conjuguer (comme les travaux scientifiques
et pédagogiques de pointe dans le domaine) le code et le sens dans son approche
pédagogique.
Il en résulte un apprentissage rigoureux et solide et donc efficace de la
lecture.
Au contraire de la méthode
linguistique de lecture, les méthodes de lecture ne se préoccupent pas de
l’organisation et du fonctionnement internes des mots écrits et spécialement de
la combinatoire.
C’est la différence fondamentale entre les deux types de méthodes et les conceptions scientifiques et
pédagogiques corrélatives.
Le problème qui se pose avec le plus d’acuité aux méthodes
de lecture est l’identification des mots écrits et il tire sa source de la
méconnaissance qu’une lettre de l’alphabet de la langue française se prononce
suivant le contexte et la position. Dans la mesure où les lettres de l’alphabet
du français se prononcent suivant le contexte et la position (un exemple simple
et édifiant est la prononciation de la lettre "a" du mot lampadaire), la combinatoire,
méthodique et systématique, assure la maîtrise de l’organisation et du
fonctionnement internes des mots écrits et, en même temps, l’acquisition de
l’orthographe.
La méthode linguistique de lecture résout efficacement le problème
d’identification des mots écrits en intégrant dans ses contenus le traitement
du mode d’organisation et de fonctionnement internes du mot écrit au centre desquels se trouve la combinatoire. Pour ce faire, elle s’appuie sur les résultats
des recherches les plus en pointe de neuroscience, de cogniscience et de linguistique qui portent
sur le fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage.
Bernard Wemague
10 octobre 2010