Aspects essentiels de la méthode de lecture
avec copie à
S. Dehaene, A. Giordan, F. Ramus et R. Goigoux
Il s’agit de quelques points fondamentaux de la méthode pertinente de lecture par rapport à l’acquisition de la capacité à lire les mots écrits. Voici le sommaire :
- Les fondements scientifiques de la méthode de lecture
- Les fondements linguistiques et neurophysiologiques
- Le concept-clé de lettre
- Les axes de fonctionnement de la lettre
- La combinatoire
- L’impératif d’apprentissage des lettres et des syllabes
- La définition de la méthode syllabique
1) Les fondements scientifiques
de la méthode de lecture
Par méconnaissance de la nature et du fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage, on a tenté pendant des décennies d’accréditer l’idée que faire acquérir les lettres de l’alphabet et les syllabes dans le cadre du processus d’apprentissage de la lecture était une horreur pédagogique. Il faut aujourd’hui se détromper.
Des résultats scientifiquement établis permettent désormais de déterminer la méthode de lecture la mieux adaptée à l’apprentissage. Ils sont issus des travaux de recherche précisément sur la nature et le fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage. C’est principalement les résultats des travaux de Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et membre de l’Académie des Sciences, lesquels portent sur les mécanismes du cerveau par rapport à l’apprentissage de la lecture. A ces résultats s’ajoutent ceux, sur la théorie de l’apprentissage en matière d’éducation, d’André Giordan, professeur à l’Université de Genève. Ceux qui sont issus de l’étude des mécanismes du langage dont le français viennent s’additionner aux précédents.
L’idée-force de ces résultats non contestés par la communauté scientifique dans le domaine de la recherche sur la lecture peut ainsi se résumer : conformément au mode de fonctionnement du cerveau, l’apprentissage de la lecture part progressivement des lettres pour aller vers les syllabes, c’est-à-dire des données visuelles simples pour aller vers les données visuelles complexes. C’est la démarche de bon sens commun, semblable à celle qui nécessite d’engager le processus d’apprentissage de la lecture successivement par les lettres de l’alphabet et leurs combinaisons qui sont les syllabes. Ce bon sens commun est manifesté chez tous les parents qui enseignent à lire à leurs enfants. La démarche correspond à ce qui s’appelle méthode syllabique, laquelle se pratique en Finlande depuis des décennies avec d’excellents succès chez les enfants ainsi qu’il ressort des enquêtes internationales de l’OCDE.
Le succès de la méthode syllabique bien conçue tient fondamentalement à l’enseignement des lettres et des syllabes qui sont les assemblages des lettres, ce qui est en phase avec le principe de fonctionnement du cerveau, de l’apprentissage et de la langue en l’occurrence le français.
Les deux classes d’unités de base de formation des catégories de la langue sont les lettres et les syllabes ; il faut apprendre les syllabes autant que les lettres pour savoir lire. Qui songerait raisonnablement apprendre à lire une langue quelconque sans commencer par le système alphabétique ? La même exigence s’impose pour les syllabes qui, comme les lettres, entrent dans la composition des mots. Il est utile de préciser qu’il s’agit de syllabes des mots de la langue. Ceux des mots du français écrit, puisque c’est le français écrit que les élèves apprennent à lire.
Les parents qui désirent faire apprendre à lire à leurs enfants commencent à juste titre par les lettres. Mais, les syllabes leur font défaut. C’est ce qu’apporte la méthode linguistique de lecture (cf. Livret 1b. Assemblage des lettres et Apprendre à lire en CP).
Certains chercheurs se sont trompés en prônant des méthodes de lecture qui, contre le principe de fonctionnement cérébral et mental, font apprendre des textes ou des mots entiers voire entament l’activité par des sons. Voilà pourquoi la plupart des méthodes de lecture, y compris des méthodes dites syllabiques, ne font apprendre ni les lettres ni les syllabes. Elles sont inadaptées à l’apprentissage de la lecture, d’où les difficultés enregistrées chez les enfants auxquels elles sont enseignées.
La méthode de lecture qui est appropriée parce qu’elle répond au mode de fonctionnement du cerveau, de l’apprentissage et du français, c’est une méthode syllabique.
Les syllabes sont une classe d’unité de base de formation des mots de la langue au même titre que les lettres de l’alphabet, et c’est pour cela qu’elles méritent un apprentissage minutieux et rigoureux.
2) Les fondements linguistiques et neurophysiologiques
Scientifiquement, la méthode de lecture se construit sur deux entités de fond qui sont les deux premières catégories d’unités de base de formation des langues alphabétiques, ou langues écrites, appelées lettre et syllabe.
Le système de l’alphabet du français moderne est une liste restreinte de vingt-six lettres qui constituent la première catégorie fondatrice d’unités de la langue. Les lettres se combinent les unes avec les autres dans les limites d’un certain nombre de contraintes linguistiques et neurophysiologiques pour former le premier niveau de données complexes dénommées syllabes qui constituent la deuxième catégorie fondatrice d’unités de la langue.
Voici le système alphabétique du français moderne : a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z. Les lettres de l’alphabet représentent autant d’aires cérébrales qui sont des postes de pilotage de l’appareil de production des sons du langage. Les associations des lettres donnent les syllabes, lettres et syllabes qui composent les mots permettant la formation des autres catégories du français. Une lettre et une syllabe telles que a, b, ba, ab, se retrouvent dans un grand nombre de mots du français comme bateau, abricot, baobab, abdomen.
Des définitions rigoureuses et cohérentes livrent des connaissances extrêmement riches et fécondes pour l’apprentissage et la méthode de lecture.
Une lettre est un programme moteur de production de son du langage. Une lettre est une spécialisation et une activation potentielle d’aires du cerveau et des organes de la parole corrélatifs. Une lettre est une capacité acquise d’activation de zones cérébrales et d’organes phonateurs spécialisés. En somme, une lettre est des aires du cerveau et des organes phonateurs spécialisés et prêts à activer. Pareil pour une syllabe. Par suite, hors de spécialisation d’aires cérébrales et d’organes phonateurs, point de lecture possible.
La connaissance de lettre et l’apprentissage dont la connaissance est le résultat impliquent une spécialisation de régions cérébrales et des organes phonateurs connectés à celles-ci (ceci montre l’existence de lien étroit entre le cerveau et le langage, les neurosciences et la linguistique, l’apprentissage de la lecture et l’oralisation).
L’absence de connaissance et donc d’apprentissage des lettres équivaut à un déficit de spécialisation de zones cérébrales et d’organes phonateurs. Cela s’avère particulièrement pénalisant pour l’acquisition de la capacité de lecture.
Les méthodes de lecture ne font pas apprendre les lettres ; en l’absence de spécialisation de zones cérébrales et d’organes phonateurs, les enfants sont incapables de lire. Car la capacité à lire passe d’abord par la capacité à lire les lettres et ensuite les syllabes.
En excluant de l’élaboration de leur contenu les lettres et les syllabes, les méthodes de lecture se sont rendues peu compatibles avec le mode de fonctionnement cérébral et langagier.
Une lettre et une syllabe correspondent à une unité phonatoire du langage parlé. Elles s’ajustent au fonctionnement cérébral et langagier ; elles sont éligibles à la spécialisation de zones du cerveau et d’organes vocaux.
D’après les résultats des travaux de Stanislas Dehaene, le cerveau apprend peu à peu à connaître et à reconnaître les lettres et leurs combinaisons ou syllabes.
Cela veut dire que des aires du cerveau se spécialisent en la connaissance et en la reconnaissance des lettres et des syllabes.
C’est les lettres et les syllabes des mots écrits du français. En outre, c’est les mêmes lettres et les mêmes syllabes que l’on retrouve dans tous les mots écrits. D’où la nécessité de se les approprier.
Pour identifier les mots écrits, le cerveau les analyse en lettres et en syllabes qu’il stocke en mémoire suite à l’apprentissage.
Finalement, par rapport à la capacité de lire, la mémoire restitue ce qu’elle a appris, stocké et conservé.
Or, rappelons-le, la plupart des méthodes de lecture telles que les méthodes globales, mixtes, phonologiques, phonétiques, phonémiques, phoniques, interactives, intégratives, ne comportent pas d’enseignement des lettres et des syllabes (des mots écrits). Ne s’étant pas spécialisé pour la lecture de ces catégories du langage, c’est péniblement que le cerveau peut parvenir à les lire. Voilà pourquoi elles donnent des résultats qui sont peu satisfaisants. Avec la mise à l’écart des lettres et des syllabes, c’est les aspects neuroscientifiques et linguistiques de la lecture qui se trouvent délaissés. Ces carences sont nuisibles au succès des méthodes de lecture ainsi privées de fondements scientifiques réels. La différence très significative d’efficacité de l’enseignement de la lecture entre la Finlande et la France se résume principalement à la présence de bases cérébrales et linguistiques dans un cas et leur absence dans l’autre. Elle est donc d’ordre scientifique et pédagogique.
3) Le concept-clé de lettre
Parce que
l’apprentissage de la lecture porte essentiellement sur la langue écrite, ses
processus cérébraux et cognitifs de construction commencent par la perception
visuelle qu’est la lettre. Perception visuelle en même temps qu’unité graphique
minimale de la langue écrite.
Le concept linguistique général
de lettre s’applique à chacune des unités graphiques indivisibles du langage
écrit qui constituent l’alphabet du français, par opposition au concept de
syllabe qui est employé pour désigner chacune des unités graphiques divisibles
qui représente son association et correspond, comme la lettre, à une unité
d’acte phonique du langage oral.
La méthode de lecture s’appréhende comme il se doit en termes de nature et de contenu à partir d’une interrogation de fond sur le concept cardinal de lettre, qui fait référence à la linguistique.
La lecture concerne par-dessus tout la forme écrite du langage humain, dit langage écrit ou langue écrite, par opposition à langage oral (ou parlé) ou langue orale.
Les différentes catégories d’unités de la langue écrite se construisent sur la base de la notion de lettre.
L’ensemble fini des lettres utilisées par la transcription du français moderne comprend 26 signes dont les réalisations phonétiques dépendent des contextes et des positions dans les syllabes, ce qui constitue une contrainte pédagogique majeure généralement méconnue sinon traitée de manière inappropriée.
Il intéresse et importe particulièrement de questionner le signifié de lettre, c’est-à-dire la réalité qui se trouve derrière le terme dit signifiant. La définition dépend du point de vue où l’on situe l’interrogation. Le terme recouvre donc plusieurs sens, qui ne seront pas passés en revue afin d’éviter de longs développements. La préoccupation sera bornée à celui qui tient un rôle de tout premier plan dans la conception pédagogique de la méthode de lecture adéquate.
Dans cette perspective, une lettre représente l’exécution d’un programme d’activités motrices d’organes de la parole, de laquelle résulte un signal sonore au timbre spécifique indispensable à la communication verbale. Le signal sonore est une unité de production de mouvements par un ensemble déterminé d’organes de l’appareil phonatoire. Il s’agit là d’une très rapide évocation des mécanismes neurophysiologiques de la production du son qui réalise une lettre. L’élaboration progressive de la lettre par le cerveau repose sur ces mécanismes. La connaissance de la lettre, fruit de l’apprentissage, suppose la création de zones du cerveau qui construisent une spécialisation débouchant sur cette compétence.
Ainsi, l’apprentissage d’une lettre de l’alphabet équivaut à une spécialisation d’aires cérébrales en vue de l’opération.
Voilà pourquoi la transmission des lettres de l’alphabet dans le cadre de l’enseignement pertinent de la lecture est scientifiquement une exigence absolue. Il en est de même des combinaisons des lettres de l’alphabet qui donnent naissance à une catégorie d’entité linguistique dénommée syllabe.
Au bout du compte, la bonne méthode de lecture se doit de faire acquérir les lettres et les syllabes des mots écrits du français, deux catégories d’unités de la langue dont la particularité spécifique est qu’elles représentent, en termes de code, une unité de production des sons du langage.
Il ressort de ces considérations que l’acquisition des lettres et des syllabes des mots écrits du français, objet de connaissance et de compétence en matière de lecture, est l’étape décisive qui conduit sûrement à la maîtrise de la lecture.
La méthode impliquée est dite synthétique, ou alphabétique ou syllabique, qualificatifs qui relèvent d’un point de vue descriptif de l’étude des phénomènes ; dans une conception scientifique, elle est dite très commodément, pour l’essentiel, méthode linguistique de lecture (cf. http://www.methode-linguistique.com ). La méthode linguistique de lecture est une méthode fondée sur les mécanismes du langage, du cerveau et de l’apprentissage.
Une tendance commune, durant ces dernières décennies, aux méthodes de lecture, toutes orientations confondues, est de s’abstenir de l’enseignement des lettres et des syllabes. On réalise à présent la gravité de l’erreur confortée par les difficultés actuelles en comparaison avec la situation diamétralement opposée qui est l’excellence des résultats de la Finlande dont le système d’enseignement emploie la méthode synthétique ou syllabique. Le cerveau ne construisant pas les bases fondamentales de la lecture qui sont les lettres et les syllabes ainsi que leurs propriétés structurelles et fonctionnelles, les méthodes de lecture sont condamnées aux difficultés évoquées. La méthode linguistique de lecture se propose de relever le défi !
4) Les axes de fonctionnement de la lettre
L’ordre des unités simples, et le premier ordre des unités complexes qu’elles forment par leurs combinaisons, structurent la langue sur deux plans qui sont le vertical dit l’axe paradigmatique et l’horizontal dit l’axe syntagmatique correspondant aux deux sous-ensembles de moyens de communication humaine qui sont le sens et le code respectivement.
L’apprentissage de la lecture s’édifie sur la catégorie des unités graphiques simples dénommées lettres, qui notent les unités phoniques simples appelées sons. Les lettres et les sons sont les éléments minimaux de construction des langues naturelles. Chacune des deux catégories assemble ces éléments pour engendrer une autre catégorie de base de construction de la langue nommée syllabe.
La productivité des lettres et des syllabes en nombre fini et leur caractère contrastif permettent de former les mots qui, à leur tour, permettent de construire les phrases et les textes. Une convention assigne du sens aux différentes catégories et c’est pourquoi il faut distinguer le code et le sens. Il convient donc de ne pas mélanger le code et le sens. L’un et l’autre doivent faire l’objet d’enseignement et d’apprentissage rigoureux.
L’apprentissage de la lecture est celui d’une forme particulière de la langue humaine. Celle-ci a en effet deux formes, orale et écrite. L’apprentissage de la lecture porte sur la forme écrite. La forme orale est le miroir de la forme écrite ; la forme écrite s’élabore à partir de la forme orale. L’une et l’autre reposent fondamentalement sur des signes minimaux interprétables neurophysiologiquement et linguistiquement au regard des processus d’apprentissage.
Les signes minimaux ont des fonctions oppositoire et combinatoire. La fonction oppositoire permet la distinction du sens tandis que la fonction combinatoire permet la construction d’associations pour représenter du sens. La fonction oppositoire est de nature phonique en termes neurophysiologiques et de nature graphique en termes linguistiques. L’apprentissage de la lecture autant que de la parole se met en place sur la base de la fonction oppositoire corrélée avec l’unité phonatoire minimale (son) notée par un signe graphique minimal (lettre) qu'élaborent des aires cérébrales spécialisées.
Une fois les activités d’opposition terminées, le cerveau passe aux activités de combinaison, lesquelles donnent naissance à une catégorie d’unité de niveau supérieur à celle des sons et des lettres, qui est les syllabes, groupes d’éléments formant chacun une unité dans les mots.
Scientifiquement, l’installation de la combinatoire est la base indispensable de l’apprentissage de la lecture.
5) La combinatoire
Les langues humaines en l’occurrence la langue française fonctionnent profondément, pour l’essentiel, sur le principe des oppositions et des combinaisons de leurs unités minimales, les sons simples que transcrivent les signes élémentaires.
Les unités minimales s’assemblent entre elles pour constituer des groupes d’un premier niveau appelés syllabes dites phoniques par rapport à la langue parlée et graphiques par rapport à la langue écrite.
Les liens qu’entretiennent les unités minimales (lettre et son ou graphie et phonie) sont des relations d’opposition tandis que ceux des syllabes comme ceux des autres catégories d’unités sont des relations de contraste.
L’apprentissage de la langue écrite en l’espèce l’apprentissage de la lecture des langues alphabétiques aboutit en première phase à opposer et à combiner les lettres qui codent les unités phonatoires de la parole (voir l’exemple de Livret 1b. Assemblage des lettres).
L’apprentissage de la lecture se construit essentiellement sur ce qui représente l’unité phonatoire et qui est les lettres et les syllabes (lesquelles fonctionnent selon deux axes, celui des oppositions dit l’axe des paradigmes et celui des combinaisons dit l’axe des syntagmes).
Le principe de fonctionnement de la langue et de l’apprentissage de la lecture peut se résumer par le concept de combinatoire en liaison évidente avec combinaison.
La combinatoire prend en considération les phénomènes linguistiques du français liés aux notions de contexte et de position et, ce faisant, incorpore les contraintes qui s’exercent sur les réalisations phonétiques des deux catégories d’unités de base de formation de la langue que sont les lettres et les syllabes notant l’unité phonatoire et fonctionnant suivant deux axes qui sont l’axe paradigmatique (celui des oppositions des lettres entre elles ou des sons entre eux) et l’axe syntagmatique (celui des assemblages des autres unités linguistiques).
A cause, entre autres, de leurs conceptions d’inspiration phonologique non pertinentes, les méthodes de lecture ne s’intéressent pas à la combinatoire sinon de façon cérébro-cognitivement et linguistiquement inappropriée et/ou très rudimentaire. Les difficultés qui sont leur lot commun en témoignent. Bref, aucune méthode de lecture ne fournit de connaissances explicites pour l’apprentissage de la lecture des lettres et des syllabes, surtout en fonction des contextes et des positions dans les mots écrits (1). Il n’y a donc pas de mystère ni de fatalité aux difficultés que subissent les méthodes de lecture. Elles sont d’origine scientifique. Les meilleurs succès du modèle finlandais d’enseignement de la lecture prouvent par eux-mêmes l’existence de la véritable solution à la crise de l’apprentissage de la lecture que traverse le modèle français.
Conformément au mode de fonctionnement cérébral et aux résultats scientifiques qui vérifient la bonne méthode synthétique, la méthode de lecture pertinente part du visuel à l’auditif et du plus simple au plus complexe, c’est-à-dire des lettres aux textes pour aller vers les sons ou prononciations.
6) L’impératif d’apprentissage des lettres et des syllabes
Il est tout aussi essentiel d’apprendre et de connaître les syllabes que les lettres pour savoir lire une langue. Ce fait vaut pour l’apprentissage de toutes les langues alphabétiques et se justifie par le mode de fonctionnement des réseaux cérébraux, des structures mentales et de la langue écrite. Démontrons-le très brièvement au travers des observations et des analyses qui suivent dans le cas du français qui nous intéresse.
L’alphabet du français est a, b, c, d, e,
f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z. Un trait
caractéristique du système alphabétique est que les lettres se prononcent selon
les contextes et les positions comme dans les mots suivants :
intentionnellement, consciencieux, existence, entretien, occurrence, consonne, voyelle,
lettre, attribut, apprentissage, connaissance, possession, opposition,
vraisemblance, maisonnette, bienfaisance, dix, prix, deuxième, xylophone. La
solution pertinente réside dans la combinatoire dont l’enseignement doit être
explicite (impliquant nécessairement la décomposition syllabique des mots
écrits), progressif et systématique conformément au fonctionnement cérébro-cognitif.
Un exemple va illustrer les difficultés liées à la prononciation des lettres de
la langue française imposant le modèle d’enseignement préconisé. La lettre
considérée est c dont les occurrences sont comparables dans la forme non
syllabique et syllabique des mots. Soit le petit corpus lexical qui suit :
commencer, cerceau, écorce, carence, cuisse, efficacité, succès, spectacle, croc, sec, tic,
tactile, porc, parc, ticket, cécité, coccinelle, électricité, cochon,
technicité, chlore, respect, direct, chacun, chorale, chocolat, échec,
conducteur, construction, viaduc, conscience, donc, fonction ; com men cer, cer ceau, é cor
ce, ca ren ce, cu is se, ef fi ca ci té, suc cès, spec ta cle, croc, sec, tic,
tac ti le, porc, parc, tic ket, cé ci té, coc ci nel le, é lec tri ci té, co
chon, tech ni ci té, chlo re, res pect, di rect, cha cun, cho ra le, cho co lat, é
chec, con duc teur, cons truc ti on, vi a duc, con sci en ce, donc, fonc ti on.
Voici les différents schémas syllabiques dégagés qui intègrent la lettre c : ca,
cer, ce, ceau, cé, cès, ci, co, coc, con, cons, cor, cu, cun, donc, fonc, duc,
suc, truc, cle, lec, sec, spec, pect, croc, parc, porc, rect, sci, tac, tic,
tech, cha, chec, cho, chon, chlo. Comme les lettres, les syllabes sont des
unités de base de formation des mots et doivent être apprises et connues : la
présence de chaque syllabe dans de nombreux mots implique l’impératif de son
élaboration mentale en tant qu’objet de la connaissance, au regard de la
reconnaissance et de l’identification des mots écrits. Il faut se souvenir que
les lettres et les syllabes sont les catégories d’unités qui servent à former
les mots écrits et que le cerveau apprend à lire pour parvenir à lire les mots
écrits.
Une étude de la distribution de la lettre c dans les mots concernés par rapport
à ses prononciations suivant les contextes et les positions révèle la nécessité
de formuler rigoureusement ses règles de réalisations phonétiques. Il en va de
même des autres lettres du système alphabétique. Cela conduit à connaître, pour
chaque mot, ses lettres, ses syllabes, son identité, sa prononciation et sa
signification. Dans ces conditions, entrer dans l’apprentissage de la lecture
par des textes ou des mots globaux est inadapté. D’un autre côté, faire
apprendre à lire à partir des sons est également inapproprié. Voilà pourquoi les
méthodes globales, mixtes et orales voire certaines méthodes dites syllabiques
qui partent des sons ne conviennent pas à un bon apprentissage de la lecture.
Les élèves doivent acquérir les diverses formes syllabiques mises en évidence,
en s’appuyant sur un procédé qui n’est rien d’autre que des règles à retenir, la
combinatoire (Livret 1b. Assemblage des lettres, Apprendre à lire en
CP) en tant que système de signes conventionnels. Système auquel est
arbitrairement attribué du sens, d’où la difficulté à construire et à enseigner
la sémantique.
Si les élèves ne maîtrisent pas la lecture de toutes les formes syllabiques
qu’ils doivent commencer par savoir reconnaître et identifier dans les mots
écrits, la
reconnaissance des mots en est incertaine et, l’attention, absorbée par
l’opération de déchiffrage avec diminution de la possibilité d’accéder au sens.
A ce moment-là, ils ne saisissent pas bien le sens de ce qu’ils lisent. Pour
qu’ils puissent accéder instantanément au sens de la lecture, la reconnaissance
des lettres, des syllabes et des mots et leurs prononciations doivent être sues
et automatisées. Ce résultat se travaille au moyen de support pédagogique bien
conçu, c’est-à-dire respectueux du mode de fonctionnement cérébral, cognitif et
linguistique.
Symbole graphique
conventionnel et élément visuel de base de transcription des langues naturelles,
une lettre sert en réalité à représenter un programme neuronal et moteur à
installer chez le sujet dans le cadre de l’apprentissage de la communication
écrite.
On comprend qu’il soit indispensable de mettre en place le programme (et donc le
système alphabétique et syllabique), accompagné de ceux des autres catégories linguistiques
qu’il permet de construire et qui doivent être apprises de manière graduelle, en
relation avec le sens.
En première approche du point de vue des
neurosciences, apprendre à lire, c’est spécialiser des aires cérébrales se
traduisant par la construction des connaissances et des compétences dans le
domaine de la langue écrite.
Apprendre à lire les lettres et les syllabes, c’est acquérir la capacité
permettant de connaître présentement et de reconnaître postérieurement les
lettres et les syllabes et, par-delà, acquérir la capacité à analyser et à
identifier les mots écrits.
Livret 1a. Lettres de l’alphabet, Livret 1b. Assemblage des lettres, Apprendre à lire en CP correspondent à ces définitions.
7) La définition de la méthode syllabique
Sur la base des données précédentes, une définition de la notion de méthode
syllabique ou méthode alphabétique peut être esquissée sous l’angle de vue des
neurosciences.
La méthode syllabique est une méthode de lecture qui se distingue par la spécialisation de régions du cerveau activées sur présentation d’image graphique simple ou complexe correspondant à une unité phonique du langage parlé appelée lettre ou syllabe qui constituent l'objet premier de la connaissance.
C’est la méthode syllabique pertinente : elle est déterminée par la manière dont les réseaux neuronaux se mobilisent pour la construction de l’apprentissage de la lecture.
La méthode syllabique pertinente va de la langue écrite à
la langue orale ou de l'image visuelle à l'image auditive conformément au mode
de fonctionnement du cerveau, tandis que les méthodes non syllabiques procèdent
à l’opposé. Les conséquences de cette différence d’approche pédagogique sont
fondamentales : au contraire des méthodes non syllabiques, la méthode syllabique
adaptée se singularise par une spécialisation d’aires cérébrales qui correspond
à l’élaboration mentale des lettres et des syllabes des mots écrits aboutissant
à l’habileté d’analyse et d’identification de ces mots. Dans le cas des méthodes
non syllabiques, pour des raisons scientifiques évidentes, les élèves ont de la
peine à reconnaître et à identifier les mots écrits ; à l’inverse, de par sa
démarche pédagogique même, la méthode syllabique adéquate se met à l’abri des
difficultés de reconnaissance et d’identification des mots écrits.
L’appropriation des lettres et des syllabes équivaut à la spécialisation de
circuits cérébraux et à la capacité de reconnaissance et d’identification des
mots écrits, qui sont la condition essentielle de la maîtrise de la lecture et
de la compréhension des textes et, en sous-jacence, de l’acquisition de
l’orthographe.
Contrairement aux autres méthodes de lecture, la méthode syllabique adaptée se caractérise par une spécialisation de zones du cerveau qui assure aux élèves une lecture efficace.
Bernard Wemague
15 juin 2009
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(1) Combien d’élèves maîtrisent la lecture de mots tels que consciencieusement, effervescence, exercice, initiation, enseignement, essentiellement, assaisonnement, impatiemment, moyennement, au collège alors qu’ils devraient savoir les lire en sortant de CP ? Très peu. Et si l’on y regarde de près, on constatera que ceux qui y parviennent ont, pour la plupart, appris à lire avec une méthode plus ou moins syllabique. C’est donc un problème de méthode qui se pose et, par-delà, celui des bases scientifiques.
Dans l’approche organisée et progressive qui est celle de la combinatoire, la méthode linguistique de lecture s’offre en modèle qui assure un apprentissage exact et sûr.