Monsieur Luc CHATEL

Ministre de l’Education Nationale

110, Rue de Grenelle

75357  PARIS

 

Monsieur le Ministre,

 

Les méthodes de lecture ne répondent pas aux critères de scientificité qui existent aujourd’hui et résident dans les fonctionnements des circuits du cerveau, des mécanismes de la pensée et des structures du langage, d’où le bilan globalement négatif qui en est tiré et la récurrence des débats auxquels on assiste.

Un facteur nécessaire et suffisant d’invalidation des méthodes de lecture est l’impasse sur les prononciations des lettres de l’alphabet suivant le contexte et la position dans les mots écrits du français moderne, laquelle est la cause des problèmes de déchiffrage, d’identification des mots écrits, de compréhension, d’illettrisme, de dyslexie et d’orthographe .

Par voie de conséquence, les connaissances scientifiques actuelles sur l’apprentissage de la lecture ne valident pas les méthodes de lecture en usage.

En résumé, le système scolaire utilise une multiplicité et une diversité de méthodes de lecture dont l’efficacité n’a pas été testée et validée.

C’est la raison pour laquelle de nombreux scientifiques spécialistes reconnus de la recherche sur l’apprentissage de la lecture tels que Stanislas Dehaene, Jean-Emile Gombert, Franck Ramus, Roland Goigoux ont exprimé, depuis quelque temps déjà, le souhait de voir soumettre les méthodes en vigueur à l’expérimentation à des fins d’évaluation.

A la suite des scientifiques mentionnés et de mes travaux, je me permets de vous proposer d’expérimenter la méthode linguistique de lecture qui est une méthode syllabique innovante dont les manuels avaient été adressés il y a deux ans au Ministère de l’Education nationale désormais favorable à la restauration de la méthode syllabique dans l’enseignement de la lecture à l’école.

Après des décennies de mise au ban de la pédagogie de la lecture par les méthodes globales et assimilées en situation de quasi-monopole dans les établissements scolaires, la méthode syllabique y a été rétablie en 2006 par le Ministère de l’Education nationale inspiré par l’excellence des résultats de la Finlande qui a une longue tradition pédagogique de la méthode syllabique validée scientifiquement par les travaux en particulier de Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et membre  de l’Académie des Sciences.

 

La méthode de lecture syllabique innovante, c’est celle construite essentiellement sur la maîtrise du système alphabétique et du système syllabique du français écrit. Ou, mieux, la méthode de lecture construite principalement à partir du système alphabétique et du système syllabique en liaison avec le sens, ceux de la langue française contemporaine écrite.

En somme, c’est la méthode de lecture conçue et bâtie sur le code écrit et le sens.

Le cœur de cible du système syllabique est le principe alphabétique réactualisé, c’est-à-dire qui est adapté à la langue française écrite et consiste en règles de correspondance entre d’un côté les associations des lettres de l’alphabet actuel et de l’autre les prononciations habituelles en lien avec le sens, ce qui exclut les difficultés de déchiffrage, d’identification des mots écrits, de compréhension, d’illettrisme, de dyslexie et d’orthographe.

 

Contrairement à celles évoquées, la méthode linguistique de lecture, ou méthode de lecture syllabique innovante, est édifiée sur trois principaux domaines de recherche présents dans quasiment tous les travaux théoriques, à savoir les neurosciences, les sciences cognitives et la linguistique qui étudient respectivement les mécanismes fonctionnels sous-jacents au cerveau, à la cognition et au langage.

La méthode linguistique de lecture, c’est l’apprentissage de la lecture conçue fondamentalement, en aval, sur le système alphabétique et le système syllabique du français écrit, en cohérence avec les fonctionnements du cerveau, de la cognition et du français écrit et, en amont, sur la science et la méthodologie de la recherche scientifique.

 

Voici, sous l’angle de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique, un aperçu très succinct de la méthode linguistique de lecture à travers ses manuels au regard des principaux champs de recherche sur la didactique de la lecture qui sont les fonctionnements du cerveau, de la pensée et du langage.

Par rapport au mode de fonctionnement du cerveau : l’objet de la connaissance dans les manuels de la méthode linguistique de lecture va du plus simple au plus compliqué ou des lettres de l’alphabet aux textes en passant par les syllabes, les mots et les phrases.

Par rapport au mode de fonctionnement de la cognition : respectueux des principes pédagogiques d’explicite, d’organisation, de progression, de facilité et de simplicité qui entraînent un effort intellectuel minimal, les contenus matériels des manuels de la méthode linguistique de lecture s’adaptent aux processus d’apprentissage appliqué à l’éducation qui sont la perception sensorielle de l’objet de la connaissance, la représentation mentale de l’objet de la connaissance, la compréhension de l’objet de la connaissance, la mémorisation, la rétention, la restitution, etc.

Par rapport au mode de fonctionnement du français écrit : les manuels de la méthode linguistique de lecture effectuent un travail explicite, structuré et gradué d’acquisition des changements de prononciation des lettres de l’alphabet selon le contexte et la position dans les mots écrits, laquelle acquisition supprime en elle-même les problèmes de déchiffrage, d’identification des mots, de compréhension, d’illettrisme, de dyslexie et d’orthographe.

 

Il se pose un problème-clé aux méthodes de lecture, celui de la reconnaissance et de l’identification des mots écrits, couramment appelé « déchiffrage », lequel passe nécessairement, en termes de neurosciences, par la connaissance du système alphabétique et du système syllabique du français mobilisés par la formation des mots écrits issus de la combinatoire. Le problème se pose du fait que les méthodes de lecture, dans leur  presque totalité, font l’impasse sur l’enseignement des lettres de l’alphabet et leurs combinaisons et surtout sur celui de leurs prononciations selon le contexte et la position au sein des mots écrits impliquant la combinatoire, et, pour ces raisons, elles se trompent clairement par rapport à la nature et aux fonctionnements du cerveau, de la cognition et du français écrit. En bref, malgré certaines affirmations, les méthodes de lecture ne correspondent pas à l’état des connaissances scientifiques aujourd’hui disponibles sur l’apprentissage de la lecture, d’où les modestes classements des jeunes élèves français dans les études comparatives internationales faites par l’OCDE et corroborées par celles de la DEPP.

En l’absence de bases scientifiques sérieuses des méthodes de lecture, l’apprentissage est forcément approximatif et marqué par un gros déficit d’acquisition du code écrit induisant de faibles habiletés de déchiffrage et d’identification des mots écrits ainsi que de compréhension de la lecture de textes.

 

 A l’heure actuelle, de nombreuses méthodes, contradictoires par définition et sous-tendues par une grille de conceptions théoriques et méthodologiques sujettes à caution, se disputent le champ pédagogique de la lecture, ce qui est scientifiquement inacceptable. Au nom du principe de non-contradiction, la science et la méthodologie de la recherche scientifique ne peuvent permettre de construire qu’une méthode dans un domaine, et l’exemple incontestable en est donné par le système scolaire finlandais qui ne dispose que d’une méthode de lecture syllabique réputée pour l’efficacité qui en fait un modèle suivi par de nombreux autres systèmes scolaires à travers le monde. Au-delà de l’exemple cité, il y a les résultats des travaux de Stanislas Dehaene, la plus grande figure du milieu scientifique de la recherche sur l’apprentissage de la lecture, qui apportent la démonstration que le mécanisme de l’apprentissage de la lecture est universel. La théorie de l’apprentissage appliqué à l’éducation confirme cette universalité. Il s’ensuit que, d’un point de vue scientifique, il ne peut y avoir qu’une méthode de lecture et une seule. Stanislas Dehaene, dont les travaux de recherche fondent scientifiquement la méthode syllabique, déclare d’ailleurs à cet égard qu’il n’existe pas cent manières différentes d’enseigner à lire. Cela équivaut à dire qu’il ne se justifie pas, sous un angle scientifique, que ce qui est donné à savoir, ou l’objet de la connaissance (lequel se doit d’être adapté au mode de fonctionnement cérébral et mental), varie d’un contenu pédagogique à l’autre, dans la mesure où les mécanismes neuro-cognitifs qui sous-tendent l’apprentissage de la lecture restent identiques chez l’ensemble de tous les individus dans le temps et dans l’espace.

 

Telle apparaît très brièvement en ce moment la situation de la lecture et de son apprentissage sur lesquels porte l’article ci-joint intitulé « Méthodes de lecture et effets indésirables » qui est un petit compte rendu à votre attention.

C’est désormais bien prouvé sur des fondements scientifiques, le mauvais bilan de l’apprentissage de la lecture tient aux méthodes mises en œuvre. Il n’y a donc pas de fatalité aux difficultés en lecture que les enfants rencontrent et qui alimentent les controverses depuis des décennies. Par conséquent, la cause du problème est établie et connue et c’est pour la traiter de manière rationnelle et efficace qu’un projet vous est soumis.

Il n’est plus possible de dire qu’on ne sait pas pourquoi les enfants enregistrent des résultats peu satisfaisants en lecture et, les jeunes élèves, des classements peu honorables au niveau international alors même que les enseignants donnent le meilleur d’eux-mêmes pour assurer à leurs élèves une réussite totale. Ils peuvent y parvenir comme leurs collègues finlandais, pourvu qu’on leur en donne les moyens appropriés en l’occurrence la méthode de lecture répondant aux critères de scientificité qui résident dans les fonctionnements du cerveau, de la cognition et du français écrit. La proposition suggérée s’inscrit dans cette perspective.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mon plus profond respect.

 

 

 

B. WEMAGUE

 

Nota : Ce courrier adressé au Ministre de l'Education nationale est daté du 12 octobre 2009.