Monsieur Luc CHATEL
Ministre de l’Education Nationale
110, Rue de Grenelle
75357 PARIS
Monsieur le Ministre,
En dépit des instructions officielles de ces dernières années relatives à l’enseignement de la lecture et des résultats scientifiques à disposition, le problème de la méthode à mettre en œuvre reste d’actualité.
Pour information, il m’est agréable de vous transmettre les contributions ci-jointes intitulées :
1) La méthode syllabique ou la méthode non syllabique : la vérité scientifique.
2) La méthode de lecture.
Elles démontrent, en conformité avec les plus récentes directives du Ministère de l’Education nationale et en s’appuyant sur les acquis des recherches scientifiques disponibles en neuroscience, en science cognitive et en linguistique de la lecture, que la méthode syllabique est la mieux adaptée à l’enseignement de la lecture des langues humaines écrites en l’occurrence la langue française écrite. Laquelle précisément ? Celle qui est appelée la "méthode linguistique de lecture", conçue selon le mode de fonctionnement de la langue française écrite et cohérente avec les fonctionnements cérébraux et cognitifs.
Dans le contexte actuel des débats récurrents autour de l’enseignement de la lecture, les travaux de deux scientifiques s’imposent de façon incontournable, ceux de Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et membre de l’Académie des Sciences et ceux d’André Giordan, professeur à l’Université de Genève en Suisse. Ces travaux ont un point commun essentiel qui est d’être centrés sur les mécanismes de l’apprentissage et donc sur la théorie de l’apprentissage. Ils sont des références majeures pour leur pertinence et leur complémentarité. Non seulement ils reposent sur la théorie générale de l’apprentissage, mais encore ils se complètent par leur exploration approfondie des mécanismes de fonctionnement du cerveau et de la cognition dans les domaines des neurosciences et des sciences cognitives ou cognisciences.
A l’examen, ils conduisent à la thèse d’universalité des processus cérébraux et cognitifs autant que linguistiques et, partant, à celle d’unicité de la méthode d’enseignement de la lecture que montre l’exemple de la Finlande dont les performances impressionnantes des élèves en lecture devenues un modèle pour de nombreux pays sont dues à une seule méthode, laquelle est syllabique. En effet, les modes de fonctionnement du cerveau, de la cognition et du français écrit impliquent la méthode syllabique. Par conséquent, la méthode syllabique est celle à laquelle répondent (au sens de la théorie de l’apprentissage du terme !) le cerveau, la cognition et le français écrit.
Stanislas Dehaene et André Giordan ont souvent été cités, pour les produits de leurs recherches qui font autorité, à juste titre. Toutefois, on est obligé de constater qu’ils ont été lus un peu hâtivement. Si on les lit attentivement, alors on ne pourra, en toute logique, défendre que l’existence d’une seule méthode de lecture, qualifiée de « syllabique » ou « synthétique » en termes descriptifs ou « linguistique » en termes théoriques.
Les difficultés des méthodes de lecture proviennent de deux sources principales qui relèvent de la science du langage (linguistique) et de la science de l’apprentissage (neuroscience et cogniscience).
Par rapport à la science du langage dont la linguistique, les travaux ne s’intéressent pas aux fonctionnements des langues humaines écrites en général et de la langue française écrite en particulier.
Pour ce qui est de la science de l’apprentissage dont la neuroscience et la cogniscience, beaucoup de travaux ne prennent pas appui sur les fonctionnements de l’apprentissage en général et de l’apprentissage de la lecture en particulier qui repose sur les fonctionnements du cerveau et de la cognition. L’étude des théorisations et celle des champs lexicaux et sémantiques situent les travaux de Stanislas Dehaene et d’André Giordan dans la science de l’apprentissage. Une méthode d’enseignement, et a fortiori une méthode d’enseignement de la lecture, ne peut ignorer les apports de ces disciplines fondamentales de la pédagogie et c’est précisément un des reproches de fond que l’on peut faire aux méthodes de lecture.
Dans cette configuration, le sens, qui sert généralement de référentiel déterminant dans les constructions des méthodes de lecture, n’est pas occulté ; il s’intègre harmonieusement dans la méthode linguistique de lecture, en faisant corps avec le code écrit du français.
La méthode de lecture pertinente s’enracine profondément dans la science du langage reposant sur la linguistique et la science de l’apprentissage comprenant la neuroscience et la cogniscience, ce qui fait l’originalité de la méthode linguistique de lecture.
Il s’ensuit que la multiplicité et la diversité actuelles des méthodes et surtout des supports de lecture n’ont pas lieu d’être face aux acquis cruciaux des travaux de Stanislas Dehaene et d’André Giordan, à l’exemple de la Finlande et à la décision du Ministère de l’Education nationale en 2006 de restaurer dans les établissements scolaires l’enseignement de la lecture par la méthode syllabique.
A cet égard, les résultats scientifiques de Stanislas Dehaene et d’André Giordan d’un côté et la thèse de la méthode syllabique suggérée par l’exemple de la Finlande de l’autre côté se confortent. Sous une formulation différente, les résultats scientifiques de Stanislas Dehaene et d’André Giordan valident la méthode syllabique et les résultats optimaux de l’apprentissage de la lecture par la méthode syllabique en Finlande vérifient la validité théorique et pratique des résultats des travaux des deux auteurs en neuroscience et en cogniscience.
Ainsi s’expliquent les difficultés que connaît l’enseignement de la lecture, lesquelles sont à l’origine des taux non négligeables d’échecs enregistrés dans le système scolaire pour autant que l’apprentissage de la lecture est le premier facteur-clé de réussite de la scolarité.
La présente correspondance n’a pas d’intention autre que de porter votre attention sur un problème réel, parfaitement identifié et soluble, l’efficacité contestée des méthodes d’enseignement de la lecture en vigueur.
La solution devient d’une urgence absolue lorsqu’on prend toute la mesure du coût cérébral et cognitif des méthodes de lecture, de surcroît non syllabiques, chez les enfants, indépendamment des résultats de l’apprentissage de la lecture qui demeurent insatisfaisants et débattus comparativement à l’ exemple emblématique de la Finlande fourni par les indicateurs de l’OCDE à l’échelle internationale.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
B. WEMAGUE