Monsieur Luc CHATEL
Ministre de l’Education Nationale
110, Rue de Grenelle
Monsieur le Ministre,
Le système français d’enseignement alimente les débats depuis plusieurs dizaines d’années déjà, dont l’objet central est les résultats scolaires jugés peu satisfaisants, surtout comparativement à ceux d’un pays tel que la Finlande qui fait figure de modèle dans le domaine avec pour particularité l’emploi de l’unique méthode syllabique pour enseigner à lire.
Voici un bref compte rendu de l’origine de la situation, à toute fin utile.
Question préliminaire : y a-t-il une relation de cause à effet entre les résultats controversés du système français d’enseignement et la manière dont la discipline fondatrice que représente la lecture est enseignée ? La réponse est positive.
Le lien s’établit, d’une part, scientifiquement à travers les connaissances actuelles notamment en neurosciences, en sciences cognitives, en science et en méthodologie de la recherche scientifique et, d’autre part, empiriquement à travers l’exemple de la Finlande qui utilise une seule méthode de lecture contrairement à la France où de nombreuses méthodes antagonistes sont dispensées et auxquelles les élèves doivent s’adapter tant bien que mal. En somme, c’est des méthodes de lecture aux fondements scientifiques discutables à la différence de celle de la Finlande devenue, en raison de son efficacité incontestable due au fait qu’elle est ajustée aux mécanismes cérébraux et cognitifs chez les élèves, un modèle à suivre pour de nombreux pays de par le monde.
C’est sur les bases des disciplines mentionnées que peuvent se défendre les principes pédagogiques généraux des textes officiels dont certains parmi les plus récents ont réhabilité fort justement la méthode syllabique. C’est sur les mêmes bases que peut se construire la méthode syllabique seulement en étudiant les champs lexicaux et sémantiques des textes officiels ou des travaux scientifiques, ce que n’a pas pu et ne peut permettre de faire la science moderne.
Un point de la réflexion en matière de recherche scientifique et pédagogique sur la lecture paraît utile à l’enseignement confronté aux trois grandes catégories de méthodes qui sont, par ordre chronologique d’apparition, la méthode syllabique, la méthode globale et la méthode mixte, sans citer leurs différentes variantes respectives ni la méthode phonologique et ses dérivées présentes dans le champ méthodologique de la lecture depuis relativement peu de temps.
Les deux plus grandes méthodes traditionnelles sont la méthode syllabique et la méthode globale. La méthode mixte, qui s’insère entre elles, se révèle plus proche de la méthode globale par son approche pédagogique marquée par une mémorisation des mots entiers dans une première phase d’activités, raison pour laquelle son synonyme est méthode semi-globale.
Dépourvue de soubassement théorique et de scientifique référent, la méthode mixte sera laissée de côté surtout du fait qu’elle n’est pas, avec la méthode phonologique, en phase avec les mécanismes cérébro-cognitifs et linguistiques de la lecture.
La méthode globale dite analytique, quant à elle, est réfutée autant pour son incompatibilité avec les mécanismes cérébro-cognitifs et linguistiques de la lecture que pour ses résultats décevants.
La méthode syllabique dite synthétique offre un grand intérêt à triple titre : d’abord, elle est plébiscitée par les parents et une partie du corps enseignant pour son rendement très apprécié, sans parler de la centaine de milliers de livrets de méthode syllabique qui sont vendus chaque année, chiffre confirmé par un texte émanant du ministère de l’Education nationale il y a quelques années ; ensuite, les excellents résultats obtenus par la méthode syllabique en Finlande qui l’utilise en exclusivité dans son système d’enseignement apportent la preuve de son bien-fondé ; enfin, ses arrière-fonds scientifiques sont établis par l’imagerie cérébrale en neurosciences lui permettant de s’adapter aux mécanismes cérébro-cognitifs et linguistiques de la lecture.
Dans ces conditions, on n’est plus justifié à employer n’importe quelle méthode de lecture pour enseigner à lire. La méthode scientifiquement requise pour l’enseignement de la lecture est la méthode syllabique.
Mais, quelle méthode syllabique en termes d’objet de la connaissance, ou en termes de ce qui est donné à savoir pour être capable de lire ? En clair, il s’agit de la méthode syllabique au contenu pédagogique déterminé par le mode de fonctionnement du français écrit, des réseaux cérébraux et des structures mentales et, au-delà, par la science et la méthodologie de la recherche scientifique.
Les contenus pédagogiques des programmes de lecture pour l’école maternelle et le cours préparatoire doivent se définir en fonction de ces données scientifiques.
L’objectif majeur visé est que les élèves sachent lire les mots écrits à la sortie de l’école maternelle, résultats atteints par bien des parents en famille comme en Finlande, lesquels se servent de livrets de méthode syllabique pour y parvenir. La notation non phonologique de la langue française ne rend pas aisée la construction de son apprentissage ; ce dernier s’avère beaucoup plus difficile encore s’il débute véritablement en même temps que les autres apprentissages fondamentaux en cours préparatoire.
Pour résumer, avec un démarrage de l’apprentissage systématique de la lecture en cours préparatoire, le programme devient très lourd et cet inconvénient a des répercussions sur les résultats finaux attendus.
L’idéal serait de réorganiser les programmes de l’école maternelle, de recentrer les activités sur le langage en général et l’apprentissage de la lecture en particulier de sorte que les élèves aient acquis la lecture des mots écrits avant d’entrer en cours préparatoire, ce qui, d’une part, allège la charge de travail de cours préparatoire et, d’autre part, facilite les apprentissages fondamentaux. Ces versants sont développés sur le site http://www.apprentissage-lecture.com.
Les trois documents informatifs ci-inclus intitulés « L’apprentissage de la lecture à l’école maternelle », « Aspects essentiels de la méthode de lecture » et « Méthode de lecture et approche pédagogique » constituent un aperçu de la réflexion scientifique et pédagogique qui mène au postulat de la méthode syllabique d’enseignement de la lecture.
L’ampleur des difficultés pédagogiques actuelles du système scolaire a sa source première dans l’apprentissage de la lecture qui n’est pas convenablement maîtrisé à cause des méthodes mises en œuvre et peu adaptées à leur finalité.
C’est donc le problème qu’il faut commencer par résoudre.
Dans cette optique, une conception des manuels scolaires fondée sur la théorie de l’apprentissage appliqué à l’éducation dans le secteur des sciences cognitives permettra d’améliorer très nettement les résultats à tous les niveaux de la scolarité, voire de faire mieux que la Finlande en ce moment.
Enfin, comme précédemment, la réflexion est circonscrite au domaine de la recherche scientifique et pédagogique sur la lecture, à l’exclusion des dimensions anthropologique et sociologique. Elle a fait le choix de privilégier la transmission des connaissances et des compétences. Choix justifié par l’état actuel des savoirs en épistémologie.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
B. WEMAGUE
Documents joints :
1) L’apprentissage de la lecture à l’école maternelle
2) Aspects essentiels de la méthode de lecture
3) Méthode de lecture et approche pédagogique