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L’unité de la recherche et de la réflexion entreprises se réalise
autour de l’aspect scientifique et pédagogique de l’apprentissage de la
lecture. Une particularité spécifique majeure est la grille d’analyse
scientifique sous-jacente.
Les questions les plus pertinentes pour l’étude de la lecture en
apprentissage sont les suivantes, dont les réponses sont apportées par
la science du cerveau ou la neuroscience, la science de la pensée ou la
cogniscience et la science du langage ou la linguistique devenues les
disciplines de base de la science de la lecture. Comment fonctionne le
cerveau qui apprend à lire ? Comment fonctionne le mécanisme de
l’apprentissage de la lecture ? Comment fonctionne le langage en
l'occurrence la langue française écrite ? L’articulation de
toutes les réponses permet de répondre avec rigueur à une autre
interrogation de la plus haute importance qui se dégage des principes
pédagogiques de l’arrêté de 2006 pris par le Ministère de l’Education
nationale, décision dont la validité scientifique ne peut pas
sérieusement être remise en cause. Comment se met en place
l’automatisation du déchiffrage (ou décodage ou encore reconnaissance)
des mots écrits grâce à des exercices structurés, gradués et
systématiques des correspondances entre la graphie et la phonie ?
La méthode de lecture résulte
des explications et des théorisations développées, en toute logique. A cet égard, un premier constat fondamental
dans le domaine de la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage de
la lecture est un manque d’attention suffisante portée non seulement au
cadre scientifique et méthodologique général des travaux menés, mais
encore aux questions formulées, ce qui rend compte des divergences entre
les différentes contributions fournies et de la multiplication des
méthodes et des pratiques de lecture dont les rendements donnent matière à
controverse. Toutefois, autour du prérequis indispensable qui est la
capacité à lire les mots de la langue écrite dans la conquête de la
lecture se dessine une convergence entre les scientifiques dans trois
domaines essentiels de recherche abordés aux Etats-Unis et en Europe :
l’enseignement systématique du déchiffrage, concept forgé par le Comité
scientifique américain du National Reading Panel ; le traitement des mots écrits
dont l'une des modalités est la reconnaissance et l'identification des
mots écrits, par
l’Observatoire national français de la lecture ; le fonctionnement du
cerveau dans l’apprentissage de la lecture. La recherche scientifique et
pédagogique contemporaine sur la compréhension des processus
d’apprentissage de la lecture ne peut plus laisser dans l’oubli, d’une
part, les acquis réalisés sur le fonctionnement des mécanismes du
cerveau, de la pensée et du langage et, d’autre part, l’étude américaine
du Comité du National Reading Panel (1998-1999), l’étude française de
l’Observatoire national de la lecture (2004), les contributions en
particulier de l’académicien français des Sciences Stanislas Dehaene
(2003) et l’exemple fort démonstratif de réussite scolaire considéré
comme le modèle notamment en lecture de la Finlande depuis un
demi-siècle, sans mentionner une centaine de milliers de parents qui
réussissent à
faire apprendre à lire à leurs enfants en famille avant l’entrée au
cours préparatoire et plusieurs milliers d'enseignants qui ne pratiquent pas les méthodes
pédagogiques non syllabiques en vigueur et obtiennent pourtant des résultats
indéniables. La liaison transversale entre le Comité du National Reading
Panel, l’Observatoire national de la lecture, Stanislas Dehaene, la
Finlande, les parents qui enseignent à lire à leurs enfants et les
enseignants qui n’emploient pas les méthodes non syllabiques en usage dans les
établissements scolaires est la prévalence de l’entité graphique dans
l’enseignement et l’apprentissage de la lecture, laquelle est en
cohérence avec le fonctionnement du cerveau, de la pensée et du
langage écrit et implique une approche connue habituellement sous le nom de méthode
synthétique (ou syllabique dite encore alphabétique) en termes descriptifs
et inductifs et devenue méthode neuro-cogni-linguistique ou simplement
méthode linguistique de lecture sous un angle explicatif et théorique.
La réflexion s'appuie principalement sur les
données de la recherche de l’Observatoire national de la lecture,
organisme scientifique placé auprès du Ministère de l'Education
nationale, sur celles de Stanislas Dehaene, professeur au Collège de
France et membre de l’Académie des Sciences ainsi que sur l’étude
américaine du Comité scientifique du National Reading Panel commandée par le Congrès
des Etats-Unis, lesquelles données inspirent en partie les programmes
d’enseignement du Ministère de l’Education nationale et découlent de
l’étude de l’activation du cerveau et de la pensée au cours de
l’apprentissage de la lecture. L’Observatoire national de la lecture a
développé le concept-clé de traitement des mots écrits qui évoque
celui tout aussi capital de déchiffrage dans l’étude du Comité du
National Reading Panel. Les découvertes scientifiques de Stanislas
Dehaene ont apporté un éclairage décisif sur le mécanisme cérébral de la
lecture des mots écrits à travers la mise en évidence des processus
d’élaboration neurocognitive de leurs unités constitutives au moyen d’un
outil dénommé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) qui
permet de visualiser le cerveau en activité d’apprentissage de la
lecture. Les résultats des travaux de recherche de Stanislas Dehaene
montrent que le cerveau fonctionne d’abord pour les lettres et ensuite
pour les séquences de lettres, également dénommées unités graphiques des
mots du français écrit,
lesquelles correspondent chacune, en principe, à une unité phonique du
français parlé (il s’agit, à ce moment-là, notamment en termes de
recherche de linguistique théorique, de phonétique acoustique et de
phonétique physiologique, de construire le système de règles de
relations entre, d’un côté, les unités graphiques (les lettres et les
syllabes des mots écrits présentées comme des invariants
distributionnels sur les mots du corpus lexical de la langue) et, de l’autre, les unités phoniques
qu’elles servent à représenter, ce qui s’appelle mettre en place le
principe alphabétique réactualisé). Les implications profondes des
découvertes de Stanislas Dehaene sont les dimensions fondamentales et
fondatrices de l'enseignement et de l'apprentissage de la lecture qui
sont les suivantes : le domaine propre de l’enseignement et de
l'apprentissage de la lecture, qui est la langue écrite ; le socle des
connaissances et des compétences nécessaires au traitement des mots
écrits, qui est les invariants distributionnels des mots écrits, dits
encore les
lettres et les syllabes ; la méthode de lecture employée, qui est la
méthode synthétique. Le mécanisme de fonctionnement cérébral de la
lecture brillamment élucidé par Stanislas Dehaene coïncide avec le
mécanisme de fonctionnement du langage. Le cerveau et le langage sont en
interconnexion. Le fonctionnement du cerveau va de pair avec le
fonctionnement de la pensée, champ exploré en profondeur par André Giordan, professeur des Universités à Genève en Suisse, biologiste,
didacticien et épistémologue des Sciences, qui en a élaboré une théorie
remarquable de l’apprentissage appliqué à l’acquisition des
connaissances et des compétences en matière d’éducation. Le langage,
objet de l’apprentissage de la lecture, est le reflet du cerveau et de
la pensée.
Le traitement des mots écrits commence par la phase décisive d'encodage
dont l'objet premier est constitué par les invariants alphabétiques et
syllabiques et qui représente la connaissance fondamentale qui compose
la compétence majeure visée appelée, en termes de modalité de procédure,
déchiffrage par le Comité scientifique du National Reading Panel ou reconnaissance et identification par l’Observatoire national de la
lecture. La connaissance, à laquelle sont suspendus le déchiffrage ou la
reconnaissance et l’identification, procède de l’élaboration mentale des
unités constitutives des mots écrits dont Stanislas Dehaene a établi le
mécanisme et dont le système finlandais d’enseignement illustre
l’efficacité incontestée (sans parler des enseignants et des parents qui
parviennent, eux aussi, à des résultats admirables d’apprentissage de la
lecture chez les enfants).
La méthode de lecture se conçoit selon trois axes centraux qui sont le
cerveau, la pensée et le langage. Pour construire la méthode de lecture,
il n'y a pas besoin de la phonologie, induite dans la conception
pédagogique par des hypothèses théoriques cognitives discutables et
marquée par une démarche d’apprentissage qui prend pour point de départ
la langue orale à l’encontre du fonctionnement cérébral.
Il est particulièrement important de savoir qu’il s’agit de la langue
écrite en l’occurrence le français écrit ; c’est le mode de communication
qui détermine la voie d’approche pédagogique et, par-delà, le
contenu matériel de la méthode de lecture. Sous cet angle de vue, les
méthodes de lecture qui partent de la langue orale sont, comme les
méthodes globales et assimilées, disqualifiées pédagogiquement du fait
qu'elles ne sont pas en accord avec le fonctionnement cérébral et cognitif. Un point
pédagogique capital est la présentation des mots écrits qui doit faire
apparaître clairement et nettement les invariants syllabiques graphiques
correspondant aux invariants syllabiques phoniques : d’abord, pour des
raisons pédagogiques qui sont un enseignement explicite, structuré et systématique
et un apprentissage explicite conséquent, parce que les élèves
s’approprient l’organisation et le fonctionnement des mots écrits
(conformément aux recommandations du programme de 2002) ; ensuite, pour
des raisons pratiques et d’efficacité car la transmission des savoirs et
des savoir-faire est rigoureuse et solide et les élèves construisent
plus facilement y compris par eux-mêmes la combinatoire et les relations
entre la graphie et la phonie qui l’accompagnent. En somme,
contrairement à la tendance générale observable dans les méthodes de
lecture, l’exigence du fonctionnement cérébral et cognitif commande la
décomposition des mots écrits en syllabes par rapport aux activités
d’enseignement et d’apprentissage. D’ailleurs, les données scientifiques
dont notamment celles de Stanislas Dehaene ont montré que le lecteur a
du mal à reconnaître à la fois (et donc à retenir) les séquences de
lettres de plus de sept à neuf éléments constitutifs. C'est le lieu ici
de préciser le paragraphe qui suit.
L’arrêté ministériel de 2006 perçoit pertinemment le nœud central du
problème de l’apprentissage de la lecture qui est la mise en place de la
reconnaissance automatisée des mots écrits construite par un
enseignement explicite, structuré, progressif et systématique sur les associations
entre les invariants graphiques et les invariants phoniques qui leur
correspondent. Le problème de fond posé par l’installation de la
reconnaissance des mots écrits et auquel se trouve confronté le
traitement des mots écrits est non seulement la modalité mais encore la
nature phonologique ou non de la modalité d'installation de cette
reconnaissance. En résumé, l'approche adoptée est celle de l’observation du
lecteur adulte expérimenté et repose sur l’idée que le mot à lire est
déjà connu pour avoir été rencontré auparavant au cours des différentes
lectures (d’où l’intérêt accordé chez l’enfant à l’extension du
vocabulaire, à la fréquentation des textes, à la production d’écrits,
etc.). Ce faisant, l’hypothèse admet implicitement qu’un mot écrit
rencontré est mémorisé dans sa globalité, ce qui n’est pas le cas compte
tenu de sa nature et de son fonctionnement. Elle n’est pas vraie surtout
pour de jeunes enfants débutants en lecture ou en phase d'apprentissage
de la lecture. En revanche, le principe de mise
en place de la
reconnaissance des mots écrits cadre avec les propriétés caractéristiques des éléments
du système d’invariants alphabétiques et syllabiques de la langue en
raison de la productivité de leur distribution sur les mots du stock
lexical ; de là l’utilité de la décomposition syllabique des mots pour
l’apprentissage de la lecture. Un mot est reconnaissable aux invariants
syllabiques, en tant qu’ensemble formé de sous-ensembles de lettres dont
chacun contient un certain nombre d’éléments qui constituent une suite
unique distincte de toutes les autres appartenant au système syllabique
de la langue.
Au total,
ce qui permet de reconnaître et d’identifier un mot écrit, c’est ses
syllabes déjà connues d’abord par l’apprentissage et ensuite par les
rencontres dans d’autres mots écrits et non le fait de connaître le mot
pour l’avoir déjà rencontré au moins une fois (au demeurant, la
rencontre antérieure n’est pas un critère pertinent de reconnaissance et
d’identification de mot écrit …, pas plus que ne le sont la construction
du sens du texte, le
contexte de la phrase renfermant le mot, la recherche d’indices, la
recherche d’analogies entre les mots, les hypothèses anticipatrices …,
les connaissances morphologiques, syntaxiques …, etc.).
En conséquence, il
apparaît nécessaire de décomposer les mots en syllabes afin de réduire
la quantité de lettres à capter par la fovéa et permettre à l'œil, au
cerveau et à la mémoire de saisir, de traiter, de retenir, de stocker et
de restituer plus aisément les
différentes suites ordonnées de lettres ou invariants syllabiques qui
entrent dans la composition des mots. Or, rares sont les
méthodes de lecture qui opèrent une segmentation des mots écrits en
invariants syllabiques, a fortiori les méthodes globales et apparentées
ou les méthodes orales et dérivées : les unes, plus inspirées par la
sémantique, partent des textes ou des mots entiers tandis que les
autres, plus axées sur la phonologie au reste confondue avec la
phonétique, partent du langage parlé qui les écarte de la dimension
syllabique des mots écrits, laquelle est placée au centre de l'intérêt
du point de vue du fonctionnement cérébral quant à l'apprentissage de la
lecture. Les fragmentations des mots écrits offertes par quelques
pratiques restent embryonnaires et influencées par la conception
phonologique de la pédagogie de la lecture (cela se remarque
principalement au niveau de la présentation des consonnes doubles). En
somme, comme la conception globale, la conception phonologique de la
méthode de lecture ne permet pas de travailler la discrimination des
syllabes dans les mots écrits. Par leurs principes conceptuels peu
adaptés, les méthodes de lecture permettent difficilement de maîtriser
complètement le code écrit de manière à libérer l’attention quant à cet
aspect au cours de l’activité de lecture ; comme corollaire, la peine
des enfants à se détacher du code écrit pour se concentrer sur la
construction de la signification affecte la coordination des activités
et entame la compréhension de ce qui se lit (les difficultés de
compréhension de textes lus par les jeunes Français testés sont
soulignées dans les rapports de l'OCDE).
Le fonctionnement cérébral et le traitement des
mots écrits appartiennent aux principaux thèmes de recherche sur
l’apprentissage de la lecture ; ils en constituent les pistes de
recherche les plus sérieuses. Eu égard à la maîtrise de l’expression
écrite qui conditionne fondamentalement la réussite de la scolarité, il
y a des enjeux majeurs de pouvoir déchiffrer les mots écrits dans le
parcours d’apprentissage de la lecture qui est la première des matières
du programme du français au cours préparatoire (CP). Les découvertes et
les apports de Stanislas Dehaene dans la compréhension des processus
neurocognitifs d’apprentissage de la lecture permettent de fonder et
d’aborder au mieux le traitement des mots écrits qui est une compétence
cruciale, dite encodage qui est le moteur du déchiffrage, de l’accès à
la maîtrise de la lecture. Dans ce contexte, c’est une erreur de
rationalité qui a entraîné la phonologie dans l’enseignement de la
lecture, observation corroborée par les pratiques des parents et des
enseignants en France comme dans d'autres pays qui, avec un succès
incontestable, font apprendre aux enfants à lire hors de toute référence
à ce domaine. Dans le même ordre d’idées, la science des relations en
mathématiques offre la possibilité d’argumenter contre les
correspondances, à référence phonologique, entre les unités de la langue
française orale et celles de la langue française écrite et, par
ricochet, contre la présence de la phonologie dans l’enseignement de la
lecture. Aux résultats des travaux du Comité du National Reading Panel
et de l’Observatoire national de la lecture, il manque cependant, par rapport aux
processus neurocognitifs, l’encodage (qui construit la connaissance des
invariants alphabétiques et syllabiques perçue en tant que déterminant
essentiel du déchiffrage), compétence dont les connaissances sont
exclues de manière inhérente par la phonologie mobilisée dans les études
réalisées par les deux organismes scientifiques. C’est l’encodage dont
les composantes fondamentales par rapport à l’enseignement de la lecture
mises au jour à travers les conclusions des travaux de Stanislas Dehaene
sont les unités graphiques (lettres et syllabes) de base de formation de
la langue écrite qui servent à noter les unités phoniques (sons et
syllabes) de la langue parlée et permettent de construire les
correspondances graphie-phonie ou lettre-son du principe alphabétique
dont la maîtrise est un préalable absolu à l’accès à la capacité de
lecture. Les découvertes scientifiques de Stanislas Dehaene apportent
les essentiels des modalités de conception et de construction de l’encodage. Au
terme d’une analyse poussée de l’ensemble des recherches évoquées de
surcroît débarrassées de la phonologie, la méthode synthétique s’impose,
bien adaptée aux mécanismes neurocognitifs de la lecture chez les élèves
et à la nature et au fonctionnement de la langue en l’occurrence la
langue française écrite. La pertinence de la méthode de lecture est
subordonnée à l’abandon de la phonologie par l’enseignement et
l’apprentissage de la lecture.
Le premier défi désormais lancé à la recherche
scientifique et pédagogique sur l’apprentissage de la lecture est de
construire la modalité pertinente et efficace de l’enseignement de la
compétence à lire les mots écrits. Le relever mobilise des connaissances
impliquées par le mode de fonctionnement du cerveau, de la pensée et du
langage écrit en l’espèce le français écrit et requiert un cadre
scientifique et méthodologique général approprié.
La compétence-clé nécessaire pour réussir à acquérir et à maîtriser la
lecture est la capacité à lire les mots écrits, donnée sur laquelle
repose le nouveau programme de 2008. A ce propos, un très large
consensus est constaté chez les scientifiques spécialisés dans la
recherche pédagogique sur l’apprentissage de la lecture. L’étude et la
théorisation des champs lexicaux et sémantiques des discours
scientifiques fondée sur les conceptions théoriques de la science et de
la méthodologie de la recherche scientifique émergentes le révèlent.
Pour terminer ces propos liminaires, voici venant d’un auteur canadien un intéressant extrait
de texte qui est révélateur de l'intérêt légitime et croissant désormais porté à la méthode
synthétique et s’intitule « Lire : pas simple » et dont on peut prendre
connaissance de l’intégralité sur la page
carnets.opossum.ca/LeNeuf/archives/.../lire-pas-simple.html :
« Que je lise le
National Inquiry into the teaching of Literacy, commandé par le
gouvernement australien,
l'Independent Review of the Teaching of Early Reading, commandé par
le gouvernement britannique, le
National Reading Panel Report, commandé par le Congrès des
États-Unis ou, plus près de chez nous, le
Rapport de la Table Ronde des Experts en Lecture, commandé par le
gouvernement ontarien, à très peu de nuances près, tous recommandent un
retour nécessaire des approches syllabiques systématiques et bien
structurées en début d'apprentissage en pointant du doigt les
déficiences des approches globales ou semi-globales. » ; les différentes
enquêtes comparatives de l’OCDE réalisées dans les Etats membres se
bornent à enregistrer les meilleurs résultats scolaires des élèves
finlandais y compris en lecture et en compréhension de textes par la
méthode syllabique d’enseignement de la lecture. Dans la même
perspective, suite à un rapport resté confidentiel, commandé par le
gouvernement français et produit par l’Observatoire national de la
lecture et l’Inspection générale de l’Education nationale, qui avait
conclu à l’efficacité supérieure de la méthode de lecture syllabique
comparée à celle des autres méthodes de lecture, la réhabilitation et le retour de la méthode
syllabique dans les écoles en France avaient été décidés. C’est dans ce
contexte que s’inscrit la circulaire ministérielle du 3 janvier 2006 qui restaure
l’enseignement de la méthode de lecture syllabique dans les
établissements scolaires français, en prenant la décision selon des
critères scientifiques étayés sur l’état actuel des savoirs dont les
résultats scientifiques de Stanislas Dehaene qui éclairent la
compréhension des mécanismes cérébraux et établissent la pertinence de
la méthode de lecture syllabique pour l’apprentissage de la lecture. La
validité scientifique de la décision de la France de
remettre en vigueur dans le système scolaire l’enseignement de la
lecture par la méthode syllabique ne fait guère de doute malgré les
réticences d'une partie du corps enseignant.
Le choix exclusif de la méthode syllabique depuis une dizaine d’années
par de nombreux pays à travers le monde s’inspire de l’exemple
de la Finlande dont les excellentes performances scolaires y compris en
apprentissage de la lecture par la méthode syllabique font le meilleur
élève de la classe dans les résultats d’évaluations internationales en
lecture effectuées par l’OCDE. Dans ces conditions, le défi à l’heure
actuelle consiste à élaborer la méthode de lecture syllabique sur la
base des apports disponibles de la recherche scientifique. La méthode
linguistique de lecture est une contribution.
Il n’est guère possible de lire et de comprendre une langue, fût-elle la
langue maternelle, sans connaître son principe d’organisation et de
fonctionnement (ce que souligne le programme de 2002), en commençant par celui des mots en général et des mots
écrits en particulier. C’est l’erreur commune que la méthode
linguistique de lecture a le mérite d’avoir évité de commettre. La
méthode linguistique de lecture construit l’apprentissage de la lecture
principalement à travers le mode d’organisation et de fonctionnement des
mots écrits des langues humaines en l'espèce la langue française. Et si
l’on en est arrivé aux difficultés de l’apprentissage de la lecture qui
fait débat et entraîne des réformes en France comme ailleurs, c’est
parce que le lien établi entre le contenu pédagogique des méthodes de
lecture et le fonctionnement de la langue, du cerveau et de la pensée
est le plus souvent intuitif et ténu, à l’image de ce qui s’observe,
dans les hypothèses explicatives présentées et développées dans les
travaux, entre les méthodes d’enseignement de la lecture et la
linguistique, la neuroscience et la cogniscience. A la source des
difficultés auxquelles se trouve confronté l'apprentissage de la lecture, il y a les faiblesses des conceptions théoriques de la science
et de la méthodologie de la recherche scientifique qui sous-tendent les
recherches (voilà pourquoi partisans et adversaires invoquent la science
pour se contredire les-uns les autres). La modalité de procédure en
œuvre dans la science moderne sous-jacente à la quasi-totalité des
résultats de la recherche sur la lecture en apprentissage se résume en
observations, en statistiques, en descriptions et en inductions qui
demeurent empiristes et insuffisantes et reflètent une vision très
limitée aujourd’hui dépassée de l’étude de la pensée et de la
connaissance scientifiques. L’évolution de la pensée et de la
connaissance scientifiques contemporaines est marquée par un passage du
stade empirique et descriptif au stade hypothético-déductif et
théorique. La dimension théorique est caractéristique de la science
postmoderne. Elle s'appuie en amont sur des explications à valeur
générale et universelle. La science fonde son activité sur l'explication et la
théorisation. En théorisant, sur des bases méthodologiques et
scientifiques plus affinées, l’ensemble des méthodes et des pratiques à
disposition sur l’apprentissage de la lecture, on aboutit, au nom du
principe de non-contradiction de l’esprit scientifique, à un outil
unique, la méthode de lecture, déterminée essentiellement par le
fonctionnement du cerveau, de la pensée et du langage et donc issue
principalement de la neuroscience, de la cogniscience et de la
linguistique. Dans le même registre, parce que la science est une à
l’image de la réalité qu’elle étudie, il n’existe qu’une méthode de
lecture pour une langue donnée, et parce que, comme le cerveau et la
pensée humains, les langues humaines obéissent aux mêmes principes
généraux et universels d’organisation et de fonctionnement, leurs
méthodes de lecture respectives reposent sur les mêmes principes
généraux et universels de conception et de construction et c'est la
raison pour laquelle la méthode linguistique de lecture du français est,
moyennant les adaptations nécessaires, applicable à toutes les langues
naturelles dont l’anglais qui, comme lui et les autres langues à longue tradition
écrite, comporte de grosses difficultés d’apprentissage de la lecture à
cause des grandes et nombreuses irrégularités de transcription de son
système d’écriture orthographique.
La méthode
d’enseignement de la lecture des langues humaines pourvues ou non de
système d’écriture phonologique doit s’élaborer sur les bases
essentielles du déchiffrage qui sont les invariants alphabétiques et
syllabiques des mots écrits, suivant les exigences du fonctionnement du
cerveau, de la pensée et de la langue écrite. Les propriétés
distributionnelles font des invariants syllabiques, juste derrière les
invariants alphabétiques et selon une rigoureuse progression structurée,
la deuxième base essentielle des connaissances indispensables à l’accès
à la maîtrise de la lecture.
Du point de vue scientifique, le principal problème de l’apprentissage
de la lecture demeure la mise en place de l'aptitude à la lecture des mots écrits dite déchiffrage ou
décodage. Il revient à poser celui de la modalité de procédure susceptible d’assurer
le succès du traitement des mots écrits. La voie qui permet la mise en place de
l'habileté à lire
les mots écrits est celle qui a pour objet de la connaissance les
catégories d’unités qui forment les mots écrits qui sont les lettres et
les syllabes. La méthode de lecture efficace procède essentiellement à
un travail méthodique et systématique sur l'installation de la capacité
de lecture des lettres et des
syllabes menant à la reconnaissance et à l'identification des mots écrits. En définitive, l’acquisition du déchiffrage,
condition première déterminante de la maîtrise de la lecture,
repose sur l’appropriation des particularités distributionnelles des
lettres et des syllabes sur les mots du vocabulaire de la langue. La
méthode impliquée est syllabique, en termes descriptifs.
L’état des connaissances scientifiques sur l’apprentissage de la lecture
permet de définir le statut de la méthode d’enseignement : il est
syllabique. La méthode syllabique a prouvé son efficacité et sa
fiabilité par les excellents résultats de la Finlande dans
l’apprentissage de la lecture.
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